Le corps et l'ombre

1836, Victor Hugo, accompagné de sa maîtresse, s’arrête à Barfleur (Normandie) et y loue une barque pour admirer le coucher de soleil sur l’océan. Las, le maire Barfleur s’y oppose.

Dans une lettre à sa femme datée du 6 juillet 1836, il conclut :

« En général, en France, on abandonne trop volontiers la liberté, qui est la réalité, pour courir après l’égalité, qui est la chimère. C’est assez la manie française de lâcher le corps pour l’ombre. »

Comme quoi, plus ça change…

Chacun pour soi

« Pour donner 1 euro à la Croix-Rouge française, envoyez HAITI au 80 222 ; pour donner 1 euro Secours Populaire, envoyez HAITI au 80 333 ; pour donner 1 euro au Secours Catholique, envoyez HAITI au 80 444. »

15 janvier 2010, trois jours après le séisme meurtrier qui avait ravagé Haïti, les opérateurs de téléphonie mobile français s’était inspirés de l’opération organisée aux États-Unis par mGive et la Croix Rouge (« Text HAITI to 90999 ») qui permettait aux américains de donner $10 avec un simple SMS. Alors que nos opérateurs nationaux lançaient leur propre collecte à raison d’un euro le SMS, mGive annonçait sur son blog avoir déjà franchit le cap des $8,5 millions de donations.

J’ai envoyé quelques SMS.

Oh, n’allez pas croire que je m’en vante. Au regard de mes revenus de l’époque, ces quelques euros ne représentaient pas grand chose. C’était une petite somme ; une goutte d’eau qui ne tarderait pas à rejoindre le fleuve des dons privés qui se déversait du monde entier sur l’île meurtrie. Si tout le monde fait comme moi, me disais-je, ce seront des millions d’euros qui viendront de France. Je n’ai aucun mérite ; j’ai fais ce qu’il fallait ; assez pour ne pas avoir honte de moi, trop peu pour en éprouver une quelconque fierté. Là n’est donc pas mon propos.

Ce qui m’a marqué ce jour-là, c’est la réaction d’une de mes voisines, nous l’appellerons Caroline, quand je lui ai fait part de l’opération. « Avec les impôts qu’on paye, me dit-elle, c’est à l’État de faire des dons. »

Les bras m’en sont tombés. Il faut que je précise ici que Caroline est réellement une femme formidable ; le cœur sur la main, toujours prête à donner un coup de main et à se plier en quatre pour distribuer du bonheur autour d’elle. Caroline elle a une âme d’enfant ; c’est une épouse aimante, une mère extraordinaire et – ma femme en est témoin – une amie des plus fidèles. C’est vraiment quelqu’un de bien. Mais ce jour-là, à ma plus grande surprise, elle estimait que le montant des impôts qu’on lui réclamait au titre, notamment, de la solidarité la dégageait de tout devoir moral vis-à-vis des haïtiens.

Dans les jours qui ont suivit, j’ai tendu l’oreille. Alors que la presse internationale célébrait ce gigantesque mouvement de générosité qui, de Tiger Woods (3 millions à lui seul) à Starbucks, avait permit de collecter des centaines de millions de dollars en quelques jours, il y avait, dans notre presse hexagonale et dans les commentaires que l’on pouvait lire sur internet, une sorte de mépris arrogant teinté de méfiance ; on fustigeait l’hégémonie américaine dans les opérations de secours, on suspectait les ONG de malversations, on accusait les gros donateurs de vouloir se donner bonne conscience.

En fait, on se cherchait une bonne raison pour ne surtout pas donner de sa propre poche : c’est à l’État de s’occuper de solidarité, c’est à l’État de distribuer des dons et, de préférence, en faisant payer ceux qui en ont les moyens, c'est-à-dire les autres. De fait, quelques semaines après le séisme, l’opération française avait permit de collecter un peu plus d’un million d’euros… là où celle de mGive dépassait allègrement les 37 millions de dollars : rapportés au nombre d’habitants, les dons américains se sont finalement révélés cinq fois et demi plus élevés que ceux des français.

Et voilà, au-delà des grands discours et des mots ronflants, le véritable visage de ce que nous appelons solidarité. La triste vérité, c’est qu’à force de collectivisme, nous sommes devenus un peuple profondément égoïste ; un peuple qui a remplacé l’empathie, la générosité et la solidarité véritable par un simulacre sordide de justice sociale qui n’a pas d’autre objet que d’organiser le pillage de ceux qui produisent au profit de ceux qui réclament.

Esprit de Noël

Si vous lisez ces mots, c’est que la fin du monde n’a finalement pas eut lieu et que vous êtes désormais entièrement absorbés par l’affaire la plus urgente du moment : dans quelques jours, ce sera Noël.

Comme chaque année, vous aller donc vous trimbaler un sapin et passer des heures à ramasser ses aiguilles. Comme chaque année, vous allez vous farcir quelques heures de cuisine pour préparer ces figures culinaires imposées que vous mettrez plusieurs semaines à digérer. Comme chaque année, vous allez courir les magasins pour tenter de dégoter in extremis ce cadeau absolument indispensable que vous réclame votre petit dernier.

Comme chaque année, enfin, vous allez devoir vous cogner le discours sentencieux du mauvais coucheur familial qui vous expliquera des heures durant que ces traditions païennes souillent la commémoration de la naissance du Christ ; que ces cadeaux ne sont que le signe de l’abject mercantilisme dans lequel baigne notre époque ; qu’en sacrifiant à ses coutumes factices, vous jouez le jeu du grand capital (mondialisé et néolibéral).

En cette (presque) veille de Noël, je vous propose donc quelques petits éléments de mise au point.

Ce fameux 25 décembre

Ce 25 décembre, donc, toute la chrétienté fêtera la naissance de Jésus Christ de Nazareth. Pourtant, il n’en fût pas toujours ainsi : Noël n’a été intégré au calendrier liturgique que tardivement, probablement entre l’édit de Milan (313) par lequel Constantin accordait la liberté de culte à ses sujets et 354, sous le pontificat de Libère, date à laquelle une première célébration de la nativité est attestée.

Naturellement, le 25 décembre n’a que très peu de chance (1 sur 365) d’être la véritable date d’anniversaire du Christ puisque rien, ni dans les écritures ni ailleurs, ne nous permet de dater précisément, fusse à un an près, cet évènement. Néanmoins, si cette date n’est que pure convention, elle ne doit rien au hasard : avant de devenir la date de naissance symbolique du Christ [1], le 25 décembre c’était le dies natalis solis invicti, le jour de naissance de Sol Invictus, le soleil invaincu devenu sous le règne d’Aurélien la divinité principale de l’empire. Désormais autorisée et même activement soutenue par le pouvoir impérial, la jeune Église n’avait de cesse que concurrencer les cultes païens ; c’est probablement [2] pour cette raison que le dies natalis de Sol Invictus est devenu le dies natalis du Christ ; le Natale italien.

Mais si la date de Noël s’impose si facilement dans l’empire, ce n’est pas tant grâce au dieu de synthèse d’Aurélien [3] car le 25 décembre, dans le calendrier julien [4], c’est le lendemain du solstice d’hiver, le moment où les jours recommencent à rallonger, un évènement déjà fêté depuis la nuit des temps dans de nombreuses cultures et notamment celles de l’Europe préchrétienne comme les celtes et les peuples germaniques qui célébraient ce même jour la fête de Yule. Notre Noël dérive ainsi très probablement du neue helle germanique, la « nouvelle lumière », le moment où le soleil gagne sur les ténèbres, la promesse d’une nouvelle année, de nouvelles récoltes, la vie qui poursuit son cours.

Noël est une extraordinaire collection de symboles païens. L’habitude de se réunir en famille autour d’un bon repas, les chants et les histoires que l’on raconte aux enfants sont des traditions bien antérieures à la christianisation de l’Europe. Ce sapin qui trône dans votre salon a très probablement des origines celtiques ; c’était autrefois un épicéa que nos lointains ancêtres décoraient de pommes, de blé, de guirlandes de gui et couronnes de houx. De même, bien avant qu’elle ne devienne un dessert, on avait coutume, ici comme en Scandinavie, de faire brûler une grosse bûche durant toute la veillée du solstice d’hivers. Enfin, bien sûr, on ne peut pas évoquer Noël sans parler de ce sympathique barbu qui, pour on ne sait quelle obscure raison, s’obstine à gâter nos têtes blondes.

De qui Père Noël est-il le nom ?

On ne sait pas qui il est celui-là. La seule chose dont on soit à peu près sûr, c’est qu’il est le résultat de la fusion, opérée au début du XIXe siècle aux États-Unis [5], entre le Father Christmas anglais et Saint Nicolas européen. Le premier, s’il a donné son nom à notre Père Noël, n’a eut que très tardivement pour fonction d’offrir des cadeaux aux enfants ; il est apparu au début du XVIIe siècle, vieux bonhomme bien nourri et vêtu d’une houppelande verte, et n’était rien de plus qu’une personnification de l’esprit festif de Noël. Les origines de Saint Nicolas, en revanche, sont mieux connues : c’est Nicolas de Myre, un évêque de l’actuelle Turquie, qui fût convoqué par l’Église pour devenir le protecteur des enfants et, accessoirement, le distributeur officiel de cadeaux du 6 décembre. Son nom, Sinter Klaas en vieil hollandais, est devenu Santa Claus aux États-Unis avant de fusionner complètement avec Father Christmas.

Or voilà : si, lors de la christianisation des peuples germaniques et scandinaves, l’Église a ressenti le besoin d’invoquer Nicolas de Myre, ce n’est sans doute pas sans raison. C’est certainement qu’il y avait, là aussi, une tradition païenne à christianiser ; une tradition qui impliquait qu’un personnage aussi invisible que mythique distribue des cadeaux aux enfants. Nous entrons ici dans le domaine de la conjecture et, n’ayant aucune prétention en matière historique, je vais me contenter de vous raconter un conte ; un conte de Noël, cela va de soi.

Il y a bien longtemps, avant que l’Europe ne devienne chrétienne, les mortels comme les dieux d’Ásgard avaient coutume de célébrer dignement la nuit du solstice d’hivers, la fête de Yule. C’est cette nuit qu’Odin, « père de Yule », choisissait pour traverser le Bifröst et, chevauchant Sleipnir, son fier destrier à huit pattes, il parcourait le ciel en chassant. Naturellement, les prouesses de l’animal – qui pouvait voler et parcourir d’immenses distances en un rien de temps – avaient vite fait de l’épuiser ; il fallait donc le nourrir. Sachant cela, les enfants avaient pris l’habitude de remplir leurs chausses de carottes et de blé à l’attention Sleipnir et de les déposer près de l’âtre avant d’aller se coucher. Toujours selon la légende, Odin, sensible à cette délicate attention, ne manquait jamais de les remercier en remplaçant ces victuailles par des friandises et des cadeaux.

Qu’avons-nous là ? Un vénérable barbu (« longue barbe » est un des nombreux noms d’Odin), manifestement d’origine nordique (vous admettrez avec moi que le traineau de notre Père Noël et sa houppelande y font penser au moins un peu), qui chevauche un cheval (comme Saint Nicolas) à huit pattes (comme les huit rênes du Père Noël) qui a la faculté de voler et qui passe la nuit de Noël à distribuer des cadeaux (comme le Père Noël) aux enfants qui ont eut la gentillesse de nourrir sa monture (comme Saint Nicolas). Le moins que l’on puisse dire c’est que notre sympathique petit papa Noël entretient quelques similitudes frappantes avec le maître d’Ásgard.

L’esprit de Noël

Quoiqu’il en soit – et ça c’est une certitude – cette habitude qui veut que nous offrions des cadeaux à nos enfants le jour du solstice d’hivers n’a rien d’une déformation mercantiliste de Noël ; elle lui est, de loin, antérieure. Ce faisant, à l’image de nos sapins et de nos bûches de Noël, nous ne faisons que perpétuer les traditions séculaires de notre vieille Europe. Pensez-y quand vos monstres surexcités ouvriront leurs cadeaux : même si vous n’êtes pas chrétien, même si vous ne vénérez aucun dieu, ce que vous célèbrerez ce soir là, en famille et au travers de la joie de vos enfants, c’est la vie qui continue.

Joyeux Noël à toutes et à tous !

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NB : J’ai évoqué plus haut Odin, Ásgard et le Bifröst sans vraiment vous en dire plus : si vous ne connaissez pas ces choses là, demandez à n’importe quel gamin de 10 ans et il vous l’expliquera. Par ailleurs, si vous demandez comment un gamin à peine vieux d’une décennie peut connaître aussi bien la mythologie scandinave, c’est très simple : c’est grâce aux comics de Marvel et à Hollywood qui les a remit au goût du jour ces dernières années (i.e. ravages du capitalisme, édition culturelle).
NB (2) : Celles et ceux qui utilisent un autre calendrier que celui de Rome – notamment nos amis orthodoxes – voudront bien me pardonner : ce texte est déjà trop long.
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[1] Pour ce qui est de l’année, Denys le Petit s’est sans doute trompé de quelques années – même Benoît XVI l’admet volontiers.
[2] Il n’existe aucune certitude à ce propos ; bien que probable, cette interprétation reste sujette à débats.
[3] Sol Invictus a été créé de toute pièce en reprenant des attributs d’Apollon et du dieu indo-iranien Mithra à qui il doit notamment sa date de naissance.
[4] Dans notre calendrier actuel, le solstice d’hivers a habituellement lieu entre le 21 et le 22 décembre.
[5] Profitons-en pour tordre le coup à une idée reçue : ce n’est pas Coca-Cola qui a inventé le Père Noël ni même la couleur rouge de sa houppelande. La firme d’Atlanta, dans sa campagne publicitaire de 1931, n’a fait qu’utiliser à son profit une iconographie déjà existante en privilégiant la couleur qui l’arrangeait le mieux.

Ça chauffe, ça chauffe…

En janvier 2006, la très vénérable BBC organise un séminaire regroupant 28 personnalités qui, pour reprendre les termes du communiqué de la BBC, figurent parmi « les meilleurs experts scientifiques » en matière de réchauffement climatique. À l’issue dudit séminaire, les 28 concluent d’une voix unanime que « le poids des preuves ne justifie plus que l’on accorde un temps d’antenne égal à ceux qui s’opposent au consensus » sur le réchauffement climatique d’origine anthropique.

Ci fait, à partir de cette date la grille des programmes de la BBC va devenir la tribune officielle, permanente et sans contradicteurs de celles et ceux qui estiment (i) qu’il y a bel et bien un réchauffement climatique, (ii) que ce phénomène est du aux activités humaines et (iii) que c’est très grave, nous courrons à la catastrophe, il faut absolument une intervention massive des pouvoirs publics pour éviter le pire.

Las, depuis quelques années, la thèse du réchauffement climatique d’origine anthropique connait quelques aléas. Il y a d’abord eut le fameux Climategate, où l’on a découvert que les chiffres du GIEC avaient été sciemment bidonnés (notamment la non-moins fameuse courbe en crosse hockey qui était parvenue à faire disparaitre l’optimum climatique médiéval), que les voix dissidentes étaient systématiquement muselées et que les pontes du GIEC faisaient rapidement disparaître les preuves de leurs turpitudes.

Comme un malheur ne vient jamais seul, certains scientifiques à qui l’universalité du consensus avaient sans doute échappé ont élaboré des théories concurrentes qui, en plus d’être théoriquement robustes sont en plus corroborées par les faits et reproductibles en laboratoire. En substance, il semble que l’évolution du climat planétaire serait principalement du à cette grosse boule de feu qui se lève chaque matin à l’est et se couche le soir à l’ouest ; les curieux se reporteront, notamment, aux travaux d’Henrik Svensmark sur les effets du rayonnement cosmique.

Enfin et pour couronner le tout, il semblerait bien que le réchauffement climatique, quel qu’ait put être sa cause, soit fini. Plus précisément : il n’existe, sur la dernière quinzaine d’années, aucune preuve solide d’un réchauffement climatique à l’échelle globale et, pire encore, ce résultat est en contradiction totale avec les modèles du GIEC… et il colle parfaitement à l’hypothèse de Svensmark. Alors évidemment, le réchauffement climatique d’origine anthropique en prend un tel coup que même le GIEC commence à faire machine arrière.

Bref, ce beau consensus que l’on nous avait si bien vendu s’effrite doucement mais sûrement et les pétitions de scientifiques reconnus qui contestent la certitude des politiciens s’accumulent.

C’est alors qu’un certain nombre de blogueur de l’internet sauvage et dérégulé ont eut l’idée saugrenue de chercher à savoir qui pouvaient bien être les fameux 28 experts scientifiques de la BBC. Le premier à tirer, c’est un certain Tony Newbery (Harmless Sky) qui, au nom du Freedom of Information Act britannique, va demander à en obtenir la liste. Seulement voilà : la BBC, manifestement, ne l’entend pas de cette oreille et embauche même une petite armée d’avocats de haut vol pour obtenir qu’une cours de justice l’autorise à garder son secret.

Il n’en fallait pas moins pour exciter la curiosité d’un autre blogueur, Maurizio Morabito (Omnologos) qui va réussir, en fouillant dans les archives d’internet, à trouver cette information que la BBC voulait tant garder secrète et à la publier, le 12 novembre 2012, sur le blog d’Anthony Watts (Watts Up With That?).

C’est là qu’à défaut du climat planétaire, ce sont les affaires de la BBC qui commencent à sentir le roussi.

En effet, on comprend alors enfin pourquoi cette liste devait rester secrète : les 28 experts scientifiques n’étaient en réalité pas plus de deux – sélectionnés parmi les fervents défenseurs de la thèse du réchauffement climatique d’origine anthropique ; les 26 autres étaient des activistes (dont deux représentants de Greenpeace), des journalistes (notoirement acquis à la cause du GIEC) et des gens qui, pour des raisons sonnantes et trébuchantes, avaient tout intérêt à ce que les pouvoirs publics continuent, à coup de subventions et de lois liberticides, à soutenir les énergies renouvelables.

C’est le début du « 28Gate » qui, depuis un peu plus d’un mois maintenant, fait prendre conscience aux sujets de Sa Gracieuse Majesté de la grande opération de manipulation dont ils ont été victimes. L’affaire est même jugée suffisamment grave pour que Lord Lawson (conservateurs), Lord Donoughue (travaillistes) et la Baroness Nicholson (libéraux-démocrates), les trois administrateurs de la très officielle Global Warming Policy Foundation, se fendent d’une missive à l’attention de Lord Hall, le nouveau directeur de la BBC, dans laquelle ils rappellent très clairement à la vénérable institutions ses obligations en matière d’objectivité.

« Dans recherche scientifique libre, disait l’autre, le troisième mot est redondant. » C’est sans doute la première leçon que nous devront retenir du « 28Gate » et, par extension, de la confusion entre science et activisme politique qui émaille toute l’histoire de la théorie du réchauffement climatique d’origine humaine. De la structure de notre système solaire à la dérive des continents, la vérité scientifique ne s’est jamais décidée à la majorité et encore moins dans les couloirs des ministères. Nous avons besoin d’une recherche scientifique libre – c’est-à-dire privée – et d’un débat scientifique ouvert – c'est-à-dire d’une véritable concurrence entre les théories.

Nous sommes peut-être en train d’assister à l’épilogue de ce qui pourrait bien être la plus grande opération de manipulation de l’opinion publique de tout les temps ; une opération mise en œuvre par des politiciens sans scrupule, crédibilisée par des scientifiques sous influence et relayée par des médias complaisants. Et c’est là notre deuxième leçon : se sont des blogueurs indépendants, loin des circuits officiels de la presse subventionnée, qui ont découvert le pot-au-roses et qui se sont battu pendant des années pour faire triompher la vérité. Ils sont nos nouveaux contrepouvoirs ; plaise à Dieu qu’internet reste pour toujours un espace de liberté.

Lettre à Cyrano

Mon cher Cyrano,

Bon Dieu ! Ils ne t’ont pas épargné ! Je sais bien que l’attaque en meute, à dix contre un, est une de leurs sales habitudes mais là, ils n’y sont pas allés de main morte.

Tu as eu droit à la longue litanie des signes de ta prétendue « déchéance personnelle ». Ils t’ont accusé d’être querelleur, bagarreur même parfois, de trop aimer la bonne chaire et de ne pas boire avec suffisamment de modération. Aidons les à compléter la liste veux-tu ? Tu aimes aussi les femmes – surtout les plus belles –, tu es un ami fidèle, un père aimant qui protège son enfant envers et contre tout, un créateur et un poète dans l’âme, un entrepreneur audacieux et – pour parfaire le tableau – tu es un homme libre. En somme, tu es un français selon notre cœur ; c’est pour ça qu’ils te détestent et c’est pour ça que nous, tes compatriotes, nous t’aimons.

Mais le pire, sans doute, c’est qu’ils t’ont accusé de trahir ton pays. J’enrage ! Toi, Cyrano, un traitre ? Toi qui as su si bien faire rimer notre belle langue ? Toi qui as si magnifiquement incarné notre histoire ? Toi qui as tant donné, sans même évoquer les impôts qu’ils te soutirent depuis tant d’années, à notre beau pays ? Je fulmine ! Il est vrai que tu aurais pu, à l’image de la meute des journalistes qui s’acharne contre toi, monnayer subsides et avantages fiscaux contre quelques mots de soutient à l’équipe en place. Mais tu n’es pas de ces hommes qu’on achète ; tu es trop libre, trop fier, trop droit pour t’abaisser à des manœuvres de larbin. Alors, quand la situation t’est devenue insupportable, tu en as tiré la seule conclusion qui s’imposait : la mort dans l’âme, tu as choisi l’exil.

L’exil. Mon Dieu ! Comment ne pas mesurer ce qu’une telle décision a du te coûter mon vieux Cyrano ? Toi qui aime tant ce pays et qui, comme nous autres, crève de le voir chaque jour s’enfoncer un peu plus dans la fange. Quand tu as annoncé ton départ, pas un seul de ces imbéciles n’a même imaginé que le choix d’un pays cousin et, plus encore, d’un village situé à quelques encablures de nos frontières était avant tout la marque de ton amour pour cette terre qui t’a vu naître : l’exil oui, mais pas trop loin. Faut-il qu’ils se moquent de leur pays pour ne pas comprendre le déchirement, le déracinement de celui qui fait un tel choix ?

Mais le summum de l’infamie a été atteint quand ils ont voulu te déchoir de ta nationalité. La peste soit du fat qui a osé ! Qui est donc ce fâcheux qui se croit autorisé à manier de telles menaces ? Ont-ils oublié que le dernier à l’avoir fait n’était autre que le sinistre Pétain ? Ont-ils oublié qu’à l’époque, les « traites » étaient ces hommes courageux qui pensaient que l’honneur était à Londres ? Ah les rats ! Les parasites ! Ils sentent que le bateau coule et, plutôt que de cesser de ronger la coque, ils préfèrent jeter le capitaine en pâture aux requins.

Maintenant, je dois bien te l’avouer, j’ai bien cru que tu allais te laisser faire. J’ai cru, un traite instant, que tu subirais l’affront sans mot dire ; que comme un vieux lion trop fatigué, tu partirais la queue entre les jambes. Mais quel démenti ! Quel panache ! Ce dimanche matin, j’ai retrouvé mon Cyrano ; chargeant sabre au clair ; à un contre cent – que dis-je cent – ils étaient mille !

Mais aujourd’hui, tu dois te sentir bien seul mon vieux Cyrano. Je ne sais pas si cette lettre te trouvera mais je devine d’ici le vide béant qui s’est ouvert dans ton cœur, la boule qui te noue l’estomac. Aussi, même si ça ne suffira sans doute pas à te remonter le moral, il est deux ou trois petites choses que je veux te dire.

La première chose, c’est que du dois partir la tête haute. Tu n’a pas démérité ; bien au contraire. Chaque centime que tu as gagné, au cours de ces quarante-cinq longues années de carrière, tu l’as mérité. C’est nous, tes compatriotes, qui te le disons : cet argent est le tien, c’est le fruit de ton travail, de ton talent et des risques que tu as pris ; c’est la mesure exacte du bonheur que tu nous as donné pendant toutes ces années ; tu ne nous dois rien, nous sommes quittes, mille fois quittes. Ils instruisent contre toi un procès en immoralité parce que tu refuses que l’on te vole plus que tu ne l’as déjà été ? La belle affaire ! Qu’ils nous expliquent quelle sorte de moralité il y a à vouloir vivre aux dépens d’un autre homme.

Aussi, tu dois savoir que ton départ est pour nous tous une bonne chose. Oh, bien sûr, tu vas nous manquer et je sais bien que, toi parti, c’est nous qu’ils vont essayer de tondre. Mais rappelle toi ce que je te disais plus haut : c’est gens là sont des parasites, des sangsues qui ne vivent est prospèrent qu’en suçant notre sang. En les privant de subsistance – et Dieu sait qu’ils ont faim, les bougres ! – tu hâtes leur déclin et, à terme, tu nous auras finalement rendu un fier service. Aussi, je t’en conjure Cyrano : ne leur laisse pas une miette, nettoie tout derrière toi et tiens-toi hors de porté. Laisse donc les matons agiter leurs sébiles et vouer aux gémonies les évadés fiscaux de leur prison fiscale ; profite de la vie et ne t’inquiète pas pour nous.

Enfin, si le sort t’a désigné pour être le symbole de notre colère, saches que tu n’es pas seul. Quoiqu’ils disent et quoiqu’ils fassent, tu es et tu resteras l’un des nôtres et nous reconnaitrons en toi l’un de nos compatriotes. « Où réside la Liberté, écrivait Benjamin Franklin, là est mon pays. » Voilà notre patrie mon cher Cyrano ! C’est de cette France là que nous – toi, moi et tant d’autres – sommes les citoyens ; cette France de 1789, une nation d’hommes libres qui goûtent fort peu les abus du pouvoir – notamment en matière fiscale. Peu importe ces bouts de papiers dont ils menacent de te priver et que tu te proposes de leur jeter au visage : tu es, je le répète, et tu resteras notre compatriote.

Allons mon vieux Cyrano, j’en ai déjà trop dit. Haut les cœurs ! Disons nous adieu, au sens que ce mot revêtait autrefois, en espérant que nous n’aurons pas à attendre jusque là pour pouvoir revivre ensemble dans le pays de nos pères. D’ici là, porte toi bien, fais donc un régime et n’oublie pas ceux qui sont restés. À ta santé !

Minable, vous avez dit "minable" ?

« Minable, vous avez dit "minable" ? Comme c'est minable.

« Je suis né en 1948, j'ai commencé à travailler à l'âge de 14 ans comme imprimeur, comme manutentionnaire puis comme artiste dramatique. J'ai toujours payé mes taxes et impôts quelqu'en soit le taux sous tous les gouvernements en place.

« À aucun moment, je n'ai failli à mes devoirs. Les films historiques auxquels j'ai participé témoignent de mon amour de la France et de son histoire.

« Des personnages plus illustres que moi ont été expatriés ou ont quitté notre pays.

« Je n'ai malheureusement plus rien à faire ici, mais je continuerai à aimer les français et de public avec lequel j'ai partagé tant d'émotion !

« Je pars parce que vous considérez que le succès, la création, le talent, en fait, la différence, doivent être sanctionnés.

« Je ne demande pas à être approuvé, je pourrais au moins être respecté.

« Tous ceux qui ont quitté la France n'ont pas été injuriés comme je le suis.

« Je n'ai pas à justifier les raisons de mon choix, qui sont nombreuses et intimes.

« Je pars, après avoir payé en 2012, 85% d'impôt sur mes revenus. Mais je conserve l'esprit de cette France qui était belle et qui j'espère, le restera.

« Je vous rends mon passeport et ma Sécurité Sociale, dont je ne me suis jamais servi. Nous n'avons plus la même patrie, je suis un vrai Européen, un citoyen du monde, comme mon père me l'a toujours inculqué.

« Je trouve minable l'acharnement de la justice contre mon fils Guillaume jugé par des juges qui l'ont condamné tout gosse à 3 ans de prison ferme pour 2 grammes d'héroïne, quand tant d'autres échappaient à la prison pour des faits autrement plus graves.

« Je ne jette pas la pierre à tous ceux qui ont du cholestérol, de l'hypertension, du diabète ou trop d'alcool ou ceux qui s'endorment sur leur scooter, je suis un des leurs, comme vos chers médias aiment tant à le répéter.

« Je n'ai jamais tué personne, je ne pense pas avoir démérité, j'ai payé 145 millions d'euros d'impôts en 45 ans, je fais travailler 80 personnes dans des entreprises qui ont été créées pour eux et qui sont gérées par eux.

« Je ne suis ni à plaindre ni à vanter mais je refuse le mot "minable".

« Qui êtes-vous pour me juger ainsi, je vous le demande M. Ayrault, Premier ministre de M. Hollande, je vous le demande, qui êtes-vous ?

« Malgré mes excès, mon appétit et mon amour de la vie, je suis un être libre, Monsieur, et je vais rester poli. »

-- Gérard Depardieu

Si Monsieur Depardieu venait à passer par ici, je veux lui dire ceci : peu importe les bouts de papiers ; je crois bien, Monsieur, que nous sommes et resterons vous et moi citoyens du même pays, de cette France là, celle de 1789, la notre, pas la leur. On me reproche assez de ne pas être « solidaire » comme ils disent. Eh bien avec vous, Monsieur Depardieu, je le suis.

Mises avait raison

J’étais encore un gamin mais j’étais suffisamment grand pour comprendre l’importance des évènements qui, par tubes cathodiques interposés, se déroulaient sous mes yeux. C’était en novembre 1989 et le mur le Berlin – le « mur de protection antifasciste » selon les uns, le « mur de la honte » selon les autres – s’effondrait entrainant avec lui toute l’Union soviétique, le Léviathan de l’est, une des plus grandes et des plus longues expériences socialistes jamais menées. Cette superpuissance nucléaire qui, quelques mois plus tôt, semblait encore invincible à la plupart des commentateurs s’est effondrée comme par magie, presque instantanément, comme un gigantesque ballon de baudruche. Les apparatchiks du régime, qui avaient sans doute vu le coup venir bien avant nous, sont partis avec la caisse et puis… Plus rien : l’URSS n’était plus.

Dans un article publié dans The New Yorker le 23 janvier 1989, Robert Heilbroner, un des plus brillants et fervents soutiens de l’hypothèse socialiste, écrivait : « moins de 75 ans après qu’il a officiellement commencé, le concours entre capitalisme et socialisme est terminé : le capitalisme a gagné… Le capitalisme organise les affaires matérielles de l’humanité de manière plus satisfaisante que le socialisme [1]. » La messe était dite. Par delà les clivages idéologiques et les débats théoriques, l’échec patent de l’expérience soviétique mettait fin au grand débat du XXe siècle : « Le capitalisme a été un succès aussi incontestable que le socialisme a été un échec [2]. »

Pour un nombre plus restreint d’entre nous, c’est une autre citation d’Heilbroner qui a véritablement marqué la fin officielle des débats. Elle est apparue un an après la chute du mur, toujours dans The New Yorker et, venant de la plume d’un de nos principaux adversaires qui se trouvait par ailleurs être de ceux qui savent précisément ce qu’ils écrivent, elle n’en avait que plus de valeur. « Il s'avère, bien sûr, écrit Heilbroner que Mises avait raison. [3] »

Mises avait raison

Pour le profane, il n’y a là qu’un quitus donné à Ludwig von Mises, le « dernier chevalier du libéralisme » [4], et par là-même à celles et ceux qui, tout au long de ces longues années avaient assuré la défense du capitalisme et l’économie de marché comme étant le système naturel des hommes libres, le seul qui soit à même d’assurer la prospérité du genre humain. Mais pour nous qui, comme Heilbroner, avions lu Mises, l’hommage revêtait une signification bien plus profonde et infiniment plus précise : il n’était pas là simplement question d’une reconnaissance de la supériorité du capitalisme dans les fait mais d’une reconnaissance sur le plan théorique.

Ce à quoi Heilbroner fait référence en écrivant que « Mises avait raison », c’est à un article publié en 1920, Le Calcul économique en régime socialiste [5], dans lequel l’économiste autrichien ne cherchait pas à démontrer la supériorité de l’économie de marché sur un système de planification centralisée mais l’impossibilité pure et simple de faire de faire fonctionner cette dernière. Sans utiliser la moindre équation mais avec une précision toute mathématique, Mises démontrait pas à pas pourquoi, précisément, en l’absence de marché libre aucune activité économique rationnelle n’était possible dans un régime socialiste.

Ce défi lancé aux théoriciens du socialisme est passé, pendant des décennies, largement inaperçu de l’essentiel de la communauté académique. De la fin de la seconde guerre mondiale à la chute du mur de Berlin, l’écrasante majorité des intellectuels du monde libre considéraient que le socialisme pouvait et devait fonctionner ; que les seuls reproches que l’on pouvait lui adresser quant à sa mise en œuvre pratique tenaient au caractère autocratique des dirigeants soviétiques et à l’absence de libertés individuelles. Mais pour un homme tel que Robert Heilbroner, le gant jeté par Mises ne pouvait pas passer inaperçu.

Lorsque les archives du Gosplan furent enfin accessibles et que les anciens économistes soviétiques qui avaient participé à sa mise en œuvre furent autorisés à s’exprimer, il devint impossible de nier l’évidence : point par point, la condamnation à mort prononcée par Mises en 1920 s’était avérée exacte. On découvrit, par exemple, qu’en l’absence de marché libre, les responsables du Gosplan était littéralement incapables d’établir une échelle de prix et en étaient réduits à utiliser les espions du KGB pour récupérer les catalogues de La Redoute ou de Sears. La plus grande entreprise de planification économique jamais conçue n’avait ainsi due sa survie… qu’à l’existence d’économies de marché à ses portes et les écrit de Mises, formellement interdits par le pouvoir soviétique comme naguère par les nazis, circulait de mains en mains au cœur même de l’appareil de planification [6].

La présomption fatale

Au-delà du débat académique, la cause semblait donc entendue. De la même manière qu’on n’a jamais vu un coréen tenter de traverser la DMZ du sud vers le nord, les allemands qui ont trouvé la mort en tentant de passer le mur [7] fuyaient le socialisme et tentaient désespérément de rejoindre l’ouest capitaliste. L’horreur stalinienne, les massacres des khmers rouges, l’hécatombe du grand bond en avant et, bien sûr, la barbarie nazie… Aucune expérience socialiste menée au cours du XXe siècle n’avait produit autre chose qu’un niveau de pauvreté extrême, une dictature sanglante et des millions de morts.

Nous pensions la cause entendue et nous nous sommes trompés. Nous croyons que c’était le socialisme qui avait été définitivement discrédité mais ce que la plupart de nos concitoyens ont vu, c’est l’effondrement de systèmes totalitaires, de déviances regrettables du projet socialiste mais pas du socialisme en lui-même. Le tour de force de nos adversaires a consisté à faire croire que les dérives totalitaires des régimes socialistes du XXe siècle ne sont en rien consubstantielles au projet socialiste et nous, forts de notre victoire théorique, nous avons laissé dire sans réagir. Nous avons cru la partie gagnée : c’est là notre présomption et elle pourrait bien nous être fatale [8].

L’idée socialiste, y compris dans sa forme explicitement totalitaire, n’est pas morte. Elle est même extrêmement vivace. Elle a continué, pendant toutes ses années, à se développer à l’ombre de la social-démocratie, de l’économie de marché pilotée et de l’interventionnisme d'État. Alors que nos gouvernements, jurant leur attachement au marché libre, privatisaient partiellement et symboliquement quelques entreprises d’État, ils n’ont eut de cesse de d’accroître le poids de la dépense publique, des impôts, des règlementations et de l’administration. Alors qu’ils abandonnaient – du moins en grande partie – leurs réflexes protectionnistes, ils dévaluaient continuellement nos monnaies et transformaient nos économies en de gigantesques pyramides de dettes.

Encore une fois, Mises avait décrit précisément ce mécanisme. À plusieurs reprises, il a montré comment les conséquences désastreuses de l’interventionnisme politique – inflation, incitations fiscales, réglementations, protectionnisme, contrôle des prix… - étaient systématiquement attribuées par les dévots de l’État à de prétendus excès du marché et servaient de justifications à de nouvelles interventions. Lui et, peut être mieux encore, Friedrich Hayek ont décrit comment cette intervention croissante de la force publique dans nos vies privées nous entrainait irrémédiablement sur la route de la servitude [9].

L’heure de vérité

Aujourd’hui, ce système est à bout de souffle. Nous le savons tous. Nombre de nos États ne veulent ni ne peuvent plus rembourser leurs dettes ; les banques centrales ont injecté plus de monnaie dans le système qu’elles n’en avaient créé en un siècle ; l’édifice tout entier est au bord de la rupture. Tôt où tard, le socle fragile sur lequel repose cette pyramide de dettes – la valeur de nos monnaies – va céder et emporter avec lui non seulement la dette de nos États mais aussi le système bancaire, les capacités de financement de nos économies et l’épargne de quelques millions de nos concitoyens. Nous sommes au bord d’un gouffre d’une profondeur qui donne le vertige.

Ce sera alors l’heure de vérité. Sur les décombres de la crise qui s’annonce, nous allons tous, collectivement, être amenés à choisir dans quel type de monde nous souhaitons vivre. Contrairement à ce que certains de nos amis ont dit autrefois, il y a bel et bien une alternative : ce sera le socialisme ou la société libre – le reste n’est que fumisterie. Celles et ceux – et ils sont nombreux – qui ne l’ont jamais fait feraient bien de lire Mises : l’heure du choix approche, il va falloir faire le bon.

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[1] Robert Heilbroner, The triumph of capitalism, dans The New Yorker (23 janvier 1989).
[2] Robert Heilbroner & Irving Howe, The World After Communism: An Exchange, dans Dissent Magazine (numéro d’automne 1990).
[3] Robert Heilbroner, After Communism dans The New Yorker (10 septembre 1990).
[4] Titre de sa biographie, The Last Knight of Liberalism par Guido Hulsmann.
[5] Ludwig von Mises, Die Wirtschaftsrechnung im sozialistischen Gemeinwesen dans Archiv für Sozialwissenschaften, vol. 47 (1920) ; une traduction en français est disponible ici.
[6] Anecdote rapportée, notamment, par Yuri Maltsev, un des économistes chargés par Gorbachev de mettre en œuvre la perestroika.
[7] En RDA, on les appelait « fugitifs » ou « déserteurs de la république » ; appellations qui résonnent étrangement lorsque l’on entend le discours de certains de nos élus actuel. Comme le note très justement Daniel Tourre, pour qu’il y ait des évadés (fiscaux), il faut qu’il y ait eu une prison (fiscale) au préalable.
[8] Vous aurez reconnu la la présomption fatale (The Fatal Conceit) de Friedrich Hayek (1988).
[9] Friedrich Kayek également (The Road to Serfdom).

On n’est pas couché

J’aime bien Laurent Ruquier. Oh, je sais bien que, d’un point de vue philosophique ou politique, nous ne partageons sans doute pas grand-chose mais, d’une part, il n’y a pas que ça dans la vie et, par ailleurs, il se trouve que Laurent Ruquier m’est éminemment sympathique. C’est comme ça. Je me trompe peut-être, il est peut-être très différent dans la vrai vie mais j’ai un apriori très positif sur cet homme là.

En plus, je le trouve bon. Professionnellement s’entend. C’est un très bon animateur, un de ces professionnels du petit écran qui laisse parler ses invités et évite soigneusement de laisser ses opinions politiques prendre le dessus sur la neutralité qu’impose son rôle d’arbitre. Il fait ça très bien, avec humour, dérision et ces petites saillies méchantes qui font sa marque de fabrique et qu’il distribue consciencieusement d’un bout de l’hémicycle à l’autre.

Du coup, il m’arrive de regarder assez régulièrement On n’est pas couché. Ce que j’aime bien dans cette émission, outre Ruquier et le format, c’est qu’elle est à mes yeux un reflet parfaitement fidèle du paysage politico-médiatique français. Si on veut se faire une idée exacte et fidèle du discours qui domine dans notre beau pays, des lignes de fractures qui divisent les différents groupes politiques et des points sur lesquels ils se rejoignent tous, il suffit de considérer les binômes de polémistes qui co-animent l’émission aux cotés de Ruquier.

Souvenez-vous. Au début, il y avait Éric Naulleau, un antilibéral de gauche, qui donnait la réplique à Éric Zemmour, un antilibéral lui aussi, mais de droite. Ça a duré cinq saisons. Après, en 2011, l’équipe a changé pour être remplacée par le duo formé d’Audrey Pulvar, antilibérale de gauche, et de Natacha Polony, antilibérale de droite. Enfin, cette année, les aléas de la vie politique ont forcé la production à remplacer Audrey Pulvar par Aymeric Caron dont on devine qu’il est de gauche mais dont on est certain qu’il est antilibéral.

C’est, dans un contexte franco-français, un véritable modèle d’équilibre, de neutralité et de parité.

Ubu au royaume des médecins

Paul est un jeune médecin qui souhaite se mettre à son compte pour exercer le très noble et très utile métier de médecin généraliste. Paul est jeune, plein d’enthousiasme et, comme la plupart des gens de son âge, il souhaite croquer la vie à pleines dents, se marier, avoir des enfants, avoir une vie sociale, gagner correctement sa croute et, dans le même temps, préserver sa vie personnelle. Bref, rien de très original. Paul a deux options.

Nice vs. Bélesta

La première consiste à s’installer à Nice. À Nice, il vivra dans une grande ville avec – outre le climat, la Méditerranée et les Alpes du sud – toutes les commodités que ça implique : commerces à portée de main, loisirs, jolie filles à draguer et, éventuellement, écoles pour les enfants à venir. Par ailleurs, à Nice, Paul sait qu’il aura accès à un confortable gisement de clients – notamment des retraités de la région parisienne – qui disposent de revenus relativement élevés ; il sait que ses clients viendront faire la queue dans son futur cabinet ou, dans le pire des cas, lui demanderont une visite à domicile à moins de 5 minutes de chez lui et il sait, enfin, qu’il pourra partir en vacances tranquillement : des collègues pour le remplacer, ça ne manque pas.

La deuxième option : Paul a aussi la possibilité de s’installer à Bélesta, jolie petite bourgade ariégeoise à deux pas de Montségur, qui se trouve par ailleurs être un de ces fameux déserts médicaux dont on nous parle depuis quelques temps. Bélesta, c’est la nature, le calme, la forêt de basse montagne, les Pyrénées et la Méditerranée pas trop loin… Bref, que du bonheur mais à quelques petits détails près. Primo, pour ce qui est des dépassements d’honoraires, ça ne va être possible : les clients du cru n’ont pas trop les moyens. Deuxio, pour ce qui est des activités culturelles, des loisirs, des rencontres et des écoles, Paul devra réduire quelque peu ses exigences. Tertio, les clients, il va falloir aller les chercher sur les petites routes de la montagne ariégeoise qui sont – certes – très jolies en été mais pas toujours praticables. Enfin, pour ce qui est de partir en vacances, si Paul s’installe à Bélesta, il devra s’habituer à une contrainte un peu particulière, il n’y aura qu’un seul médecin : lui-même.

Direction la promenade des anglais…

Alors évidemment, pour Paul comme pour tant d’autres jeunes médecins, le choix est assez vite fait : ce sera Nice et tant pis pour les châteaux cathares, les forêts pyrénéennes et les ariégeoises. Que voulez-vous : on a beau être médecin, on n’en est pas moins un être humain.

De cette constatation, nos politiciens ont déduit qu’il fallait soit forcer les jeunes médecins à s’installer à Bélesta – on imagine d’ici l’effet d’une telle mesure sur les vocations et la motivation de nos praticiens – soit les subventionner à coup d’argent gratuit des contribuables pour les inciter à combler les trous. C’est manifestement cette dernière option qui a été retenue par l’actuel gouvernement qui, comme ces prédécesseurs, ignore – ou feint d’ignorer – la véritable raison qui fait qu’il y a, dans notre beau pays, des déserts médicaux alors qu’en Allemagne, par exemple, il n’y en a pas.

Les raisons qui poussent Paul à s’installer à Nice plutôt qu’à Bélesta sont évidentes – nous venons d’en lister quelques unes. La véritable question est : sachant cela, comment est-il possible que le marché niçois ne soit pas saturé depuis longtemps ? Après tout, les conditions de vie en général et les conditions d’exercice de la médecine généraliste en particulier étant ce qu’elles sont, on devrait observer une concurrence féroce entre médecins sur toute la cote d’azur ; à l’exception de quelques stars, les tarifs des uns et des autres devraient être écrasés par l’effet de cette concurrence, rendant ainsi beaucoup plus attractive une installation dans le village ariégeois suscité où, justement, de la concurrence il n’y en a pas. C’est un mécanisme classique du marché : la concurrence fait baisser les marges des producteurs rendant ainsi plus attractives les zones où il n’y a pas de concurrent.

Politiques publiques et conséquences inattendues

Sauf que nos politiciens, au début des années 1970, ont eut l’idée géniale d’instaurer un numerus clausus qui limite administrativement le nombre d’étudiants admis en deuxième année de médecine et donc, le nombre de diplômés et donc, le nombre de praticien sur le marché. On refait le match : en 1971-72 ce quota était de 8 588 étudiants, il a baissé jusqu’à 3 500 en 1992-93 avant de remonter à 7 500 pour l’année universitaire en cours. C'est-à-dire que, alors que la population française a augmenté de 23% et a vieilli entre temps, le nombre d’étudiants admis en deuxième année de médecine chaque année à baissé de pratiquement 13%. C’est donc très clairement une politique de raréfaction volontaire de l’offre qui a été mise en œuvre depuis quatre décennies.

Peu importe les raisons, les effets d’une telle politique relèvent de l’évidence : primo, en réduisant la concurrence, on a soutenu artificiellement le niveau de vie des médecins (via, notamment, les fameux dépassements d’honoraires) ; deuxio, quelques milliers d’étudiants qui auraient sans doute pu faire d’excellents médecins se sont fait éjecter du cursus ; tertio, nous avons créé des déserts médicaux. Carton plein !

Bienvenue au royaume d’Ubu

La situation est d’autant plus ridicule qu’avec l’obligation qui a été faite à nos pouvoirs publics de reconnaitre les autres diplômes européens – et notamment les diplômes roumains – on assiste à deux phénomènes parfaitement ubuesques : d’un coté, nous trouvons des maires de villages qui, pour faire face aux départs en retraite et à la pénurie de remplaçants, cherchent désespérément à recruter des médecins roumains ; de l’autre, on observe un nombre croissant d’étudiants recalés au concours français qui vont s’inscrire dans une des excellentes facs de médecines roumaines… avant de revenir s’installer en France (à Nice). Au total, 27% des médecins qui se sont inscrit au tableau de l’ordre en 2012 avaient un diplôme étranger.

Et pendant ce temps, Marisol Touraine combat les « dérives du laisser-faire de ces dernières années » (on croit rêver…) en enchainant les « pactes territoire santé » et les négociations sur les dépassements d’honoraires. En revanche, c’est très clair au ministère comme au conseil de l’ordre : il est tout à fait exclu de revenir sur le numerus clausus ; circulez, il n’y a rien à voir.

C’est à cause des gens

Le Petit manuel d’économie néokeynésienne, chapitre Politique budgétaire, section Que faire en cas de crise ? est formel : la crise étant due à une insuffisance de la demande agrégée ©, il faut augmenter massivement la dépense publique et le déficit budgétaire de l’État pour la faire remonter. On peut, par exemple, embaucher mille bonshommes pour creuser des trous toute la journée et en employer un millier d’autre pour les reboucher la nuit : ces gens toucheront un salaire, iront le dépenser joyeusement et relanceront ainsi toute l’économie.

L’économie, en bonne orthodoxie néokeynésienne, c’est un gros tableau de bord avec des dizaines de cadrans à aiguilles, de voyants lumineux qui clignotent (vert : bon ; rouge : pas bon) et deux ou trois gros leviers qu’il suffit d’actionner au bon moment et dans le bon sens pour réguler le bazar. C’est sans doute là l’origine de son immense succès auprès de nos gouvernants : ça justifie de leur donner encore plus de pouvoirs (notamment en matière fiscale et monétaire) et c’est finalement assez facile à comprendre.

Bref, de Barack Obama à Nicolas Sarkozy (et de Ben Bernanke à Jean-Claude Trichet puis Mario « super » Draghi pour le volet monétaire des opérations), on a appliqué consciencieusement la recette habituelle : on a dépensé massivement, créé des déficits abyssaux et, in fine, battu quelques records en matière d’endettement. Et là, surprise : ça ne marche pas.

Mettons de coté, si vous le voulez bien, l’argument Krugmanien selon lequel si ça ne marche pas c’est qu’on en a pas fait assez et demandons nous, face à ce énième échec du policy mix © qui sert de vadémécum à nos dirigeants depuis près d’un siècle, pourquoi – Ô mon Dieu pourquoi ? – ça ne marche pas alors que dans le manuel, il est clairement stipulé que ça doit marcher ?

Eh bien c’est à cause des gens.

Oui, les gens : ces petites unités autonomes identifiées par un numéro de Sécu qui, malgré les efforts d’analphabétisation gouvernementaux, continuent à penser, à anticiper et à agir en dehors des sentiers balisés par l’administration. Les gens, par exemple et surtout en période de crise, ont la fâcheuse manie de ne pas claquer immédiatement leur salaire et préfèrent en stocker une partie sous forme d’épargne juste au cas où le grand Plan pour la Croissance © de nos chefs tournerait au vinaigre… Et du coup, le plan ne fonctionne pas.

Il faut dire que ce n’est parce que les gens aiment bien que l’État leur distribue des cadeaux (payés avec l’argent des autres) qu’ils ont vraiment confiance en ses promesses.

Tenez par exemple : les gens, lorsqu’ils sont chef d’entreprise et que c’est la crise, ils évitent d’investir et d’embaucher à tire-larigot. C’est pas un manque patent de foi en la parole politique ça ? On leur concocte un super plan avec des milliers de gars qui creusent et rebouchent des trous et eux, non seulement ils ne remplacent pas leurs vieilles machines mais en plus, ils n’embauchent que des intérimaires ! Naturellement, ça fait planter le plan.

C’est que ça pense les gens : quand ils ont vu l’État manipuler l’autorisation de découvert comme une acheteuse compulsive qui aurait trouvé la carte bancaire de sa pire ennemie, ils se sont bien douté que c’est eux qui devraient rembourser le capital et les intérêts. Ils le savaient bien, les gens, qu’on finirait tôt ou tard par leur présenter la facture du grand Plan pour la Croissance ©. Notez d’ailleurs qu’ils ont eut le nez creux : ça n’a pas loupé. Du coup, les gens ont réduit la voilure et le plan a raté.

Pire encore : c’est universel ! Mêmes les gens espagnols passent leur vie à faire capoter les plans gouvernementaux : on leur imprime des euros tout frais pour qu’ils puissent les claquer en tapas et qu’est ce qu’ils font ? Ils foncent planquer le butin en Suisse ou en Allemagne en cas de retour de la peseta ! Encore un plan foutu !

Donc voilà, chers amis socialistes, souverainistes et autres étatolâtres, je vous le dis simplement, en toute amitié et juste pour rendre service : si vos grands plans géniaux, vos réformes et contre-réformes ne fonctionnent pas, c’est à cause des gens. C’est ça le problème. C’est ça qui gêne l’avènement de votre grande économie administrée, planifiée, solidaire et responsable. Il va falloir traiter le problème en profondeur.

Ne m’appelez plus « citoyen »

La démocratie, au risque de pêcher par naïveté rousseauiste, c’est un système de gouvernement dans lequel ce sont les citoyens, assemblés sur l’agora de la cité ou ce qui en tient lieu, qui décident des lois de la cité. Les pouvoirs exécutifs et judiciaires sont des exécutants ; ce qui importe en démocratie, dans un État de droit, c’est le pouvoir législatif. C’est là et nulle part ailleurs que réside la souveraineté du corps des citoyens.

Naturellement, à mesure que la population de la cité augmente, il devient impossible de réunir l’ensemble des citoyens : on fait alors appel à des représentants qui, comme leur nom le suggère, sont désignés par les citoyens pour les représenter. Mon représentant n’est pas mon chef, ce n’est pas mon dirigeant ; c’est celui à qui je donne mandat pour me représenter à l’Assemblé nationale, pour y défendre mes idées.

Or voilà, ma représentante à moi, la députée de la 5ème circonscription des Bouches-du-Rhône, c’est Madame Marie-Arlette Carlotti [1] et ça, voyez vous, ça me pose un gros problème.

Le fait que Mme Carlotti soit ma représentante me pose un problème parce que je ne partage, pour autant que je puisse en juger, à peu près aucune de ses opinions. Entendons nous bien : Mme Carlotti est sans doute une dame très bien, pétrie de bonnes intentions et convaincue du bien-fondé des politiques gouvernementales. Elle a ses opinions – c’est son droit le plus strict – et j’ai les miennes : le fait est qu’elles sont radicalement différentes pour ne pas dire opposées [2].

Dès lors, je vous pose la question : comment cette dame pourrait-elle être ma représentante ?

Même à supposer que Mme Carlotti prenne son rôle de représentante très à cœur, elle reste avant tout (pseudo-) socialiste, elle défend l’idée d’une société organisée par le haut, d’un État fort et interventionniste ; c'est-à-dire qu’elle défend très précisément les positions que j’ai en horreur. Elle ne peut me représenter que si et seulement si elle renie en bloc l’essentiel de ses convictions ; c'est-à-dire qu’elle ne peut me représenter que si elle cesse de représenter les quelques 52% des électeurs de notre circonscription qui ont voté pour elle (à supposer, naturellement, que ces derniers soient réellement en phase avec les opinions défendues par Mme Carlotti).

Le fait est là, imparable : je n’ai aucun représentant à l’Assemblée nationale. Je ne suis plus – et, à vrai dire, je n’ai jamais été – un citoyen de ce pays ; je suis un sujet ; au mieux le sujet d’une majorité à laquelle je suis étranger, au pire, celui d’une nouvelle aristocratie, celle des hauts-fonctionnaires et des hommes de loi.

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[1] Elle est aussi conseillère générale du département des Bouches-du-Rhône, conseillère régionale de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et – accessoirement – ministre déléguée en charge des personnes handicapées.
[2] Je précise ici que je n’ai pas plus d’affinités avec Renaud Muselier, son adversaire du mois de juin dernier.

QDDPF ? Les assureurs français

QDDPF pour « qui détient la dette publique française » ? Comme évoqué précédemment, cette donnée n’existe officiellement pas et c’est un problème parce que (i) par les temps qui courent, l’information ne manque pas d’intérêt et (ii) son absence donne libre cours à l’imagination débordante des spécialistes de la théorie du complot – notamment d’extrême droite/gauche.

L’union fait la force : je vous propose donc un petit exercice collaboratif dont l’objectif est d’obtenir l’estimation la plus fiable possible.

De quoi parlons nous ?

Commençons par bien définir le périmètre du problème. La dette publique dont il est habituellement question dans les médias et le discours public, c’est la dette de l’ensemble des administrations publiques au sens de Maastricht. À la fin du second trimestre 2012, elle atteignait la modique somme de 1 832,6 milliards d’euros – soit 91% du PIB [1]. Dans son immense majorité (78%), cette dette a été contractée par l’État lui-même (budget général, comptes spéciaux du Trésor, budgets annexes) ; suivent les administrations de sécurité sociale (12%), les administrations publiques locales (9%) et, enfin, les organismes divers d’administration centrale (ODAC, comme Pôle Emploi, le CNRS, les musées nationaux…) qui pèsent moins de 1% de l’ensemble.

Dans son immense majorité, cette dette publique a été contractée via des émissions obligataires sur les marchés financiers ; les crédits bancaires ont essentiellement été contractés par des administrations locale (villes, départements, régions…), notamment auprès de Dexia. À la fin du second trimestre 2012, l’Insee évalue la dette publique émise sous forme de titres à 1 571,3 milliards d’euros – soit 86% de la dette publique totale [1]. L’écrasante majorité de ces titres de dette ont été émis par l’État ; c’est ce qu’on appelle la dette négociable de l’État [2], celle qui est émise via l’Agence France Trésor sous forme d’OAT, de BTAN ou de BTF. À la fin du mois de juin 2012, 1 394,9 euros [3] – soit 76% de la dette publique totale.

C’est à la dette négociable de l’État que je vous propose de nous intéresser.

Les assureurs (etc.) français

Je tire le premier avec la part de la dette négociable de l’État détenue par les compagnies d’assurance, mutuelles et autres organismes de prévoyance à la fin de l’an 2011 de notre ère. À cette date, la dette négociable de l’État était valorisée à 1 313 milliards d’euros [4]. Or, la Banque de France, dans sa grande bonté, nous informe [5] qu’au même moment, 14,6% des 1 765 milliards d’euros de placements des compagnies d’assurance (etc.) étaient investis sur la dette souveraine française (après transparisation des fonds d’investissement) ; soit environ 258 milliards d’euros ou 19,6% de la dette négociable de l’État.

Check : selon l’AFT [6], nos amis assureurs détenaient 22% de l’encours des OAT à la fin du second trimestre 2012 mais, selon la même source, « la proportion des acheteurs français est en général plus importante pour les OAT que pour les BTAN ou les BTF, dans la mesure où les assureurs français ont une préférence pour des maturités longues. [7] » Notre chiffre est donc parfaitement cohérent.

À votre tour ! Si vous avez des idées, n’hésitez pas à m’en faire part (mail, @ordrespontane, Facebook ou dans les commentaires ici mêmes).

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[1] Insee, Dette de Maastricht des APU, répartition par sous-secteur et par instrument.
[2] Il existe aussi une dette non-négociable qui correspond, pour l’essentiel, aux dépôts de certains organismes (comme les collectivités territoriales et les établissements publics) sur le compte du Trésor.
[3] AFT, Bulletin mensuel n°266 - Juillet 2012.
[4] AFT, Bulletin mensuel n°260 - Janvier 2012.
[5] Gaël Hauton, Omar Birouk et Alain-Nicolas Bouloux, Les placements des organismes d’assurance à fin 2011
[6] AFT, sur son site.
[7] Philippe Mills, DG de l’AFT, interviewé par Next Finance.

Nous venons pour vous aider

« Don Giuseppe ! Quel bonheur de vous rencontrer enfin ! »

C’est face-de-poupon, sautillant hors de sa berline et suant à grosses goutes, qui ouvre donc le bal. Il n’a pas trente ans. Son costume noir, d’une bonne demi-taille trop petit, semble encore trop grand pour lui : un costume de patricien porté par un gros bébé tout juste sorti des jupons de mère. L’autre n’a pas encore prononcé un mot, il a déployé en silence ses longs membres hors de l’habitacle et, sans se presser le moins du monde, a précédé son collègue en direction du perron de la maison d’où Giuseppe observe ses étranges visiteurs.

Il doit être six heures et demie et le soleil déclinant apporte les premières ondes de fraîcheur de cette journée caniculaire. Lorsqu’il a aperçu les éclats noirs de la carrosserie au milieu d’un nuage de poussière, Giuseppe a immédiatement su que c’était eux : il n’y a que des gens de la ville pour s’aventurer sur un chemin de campagne avec une telle voiture et ses voisins ont tous reçu cette visite au cours des derniers jours ; cette fois, c’est lui qu’ils viennent voir.

« Che cosa volete ? »

Giuseppe n’est pas un diplomate. Il ne l’a jamais été. Les ronds de jambes et les formules de politesse ne font pas partie de la culture des hommes qui, comme lui, ont travaillé cette terre depuis tant de générations. Ici, on n’est pas à la ville ; ici, on économise tout ; surtout les mots ; surtout avec les étrangers.

Le poupon ne se laisse pas démonter pour autant : « Nous sommes venus vous parler de notre service de protection Don Giuseppe. Vous en avez certainement déjà entendu parler non ?
- Vaguement.
- Bene, bene… Eh bien alors nous ne vous dérangerons pas longtemps !
- Je vous écoute.
- Grazie, grazie mille Don Giuseppe ; merci de nous accorder quelques minutes de votre temps. J’imagine que vos journées son fatigantes avec les moissons aussi je vais essayer d’être bref. »

Le visage illuminé par un sourire presqu’enfantin, face-de-poupon désigne une des chaises en fer forgé du perron : « Vous permettez ? » Et sans attendre la réponse s’affale dessus dans un grincement métallique avant de reprendre :

« Voici de quoi il retourne : ce n’est pas à un homme tel que vous, Don Giuseppe, que je vais l’apprendre, les temps sont difficiles pour tout le monde et, vous savez, les périodes troublées ont le chic de révéler les pires aspects de la personnalité des gens. Eh ! Vous savez comment ils sont, les gens : si l’on n’y prête pas garde, ils volent, ils mentent, ils trichent ou pire encore ; c’est la nature humaine n’est-ce pas ? »

L’autre, qui s’est entre temps appuyé à la balustrade du perron, lance d’une voix sentencieuse : « L’homme est un loup pour l’homme Don Giuseppe » et replonge dans son mutisme. Lui non plus n’a pas trente ans mais, à la différence de son collègue, il porte ce costume noir comme s’il était né avec. Il a des manières d’aristocrate ce gamin-là ; rasé de près, tiré à quatre épingles et – Giuseppe n’a pu s’empêcher de le noter – manucuré comme une demoiselle de bonne famille.

« Sì, in effetti, reprend le poupon, l’homme est un loup pour l’homme ; c’est exactement cela et c’est la raison pour laquelle nous avons pensé qu’il serait judicieux d’organiser votre protection.
- Ma protection ?
- Don Giuseppe, votre protection contre les voleurs, les mauvais payeurs et les bandits de toutes sortes. Naturellement, c’est également ce que nous avons proposé à vos voisins : c’est d’une protection collective qu’il s’agit, d’un moyen d’assurer efficacement la sécurité des honnêtes gens comme vous. En sommes, nous venons pour vous aider.
- Bene et j’imagine que ce n’est pas gratuit…
- Eh non Don Giuseppe ; vous imaginez bien qu’entretenir des hommes en armes pour assurer la protection de vos biens et de vos personnes coûte quelque chose. Mais si vous vous donnez la peine d’y penser, en faisant appel à nos services vous mutualisez les coûts sans même parler des risques ; c’est tout à votre avantage.
- Et vous y gagnez quoi vous ?
- Nous ? Rien mio dio ! Nous ne désirons que rendre service à la communauté ! Nous avons juste pensé qu’un tel service de protection allait dans le sens de l’intérêt général et que si nous ne le faisions pas, personne ne le ferait. N’y voyez pas là une proposition bassement mercantile et égoïste : nous ne vous demanderons que ce qu’il faut pour couvrir les coûts.
- Combien ?
- Eh bien justement, Don Giuseppe, c’est une particularité du service que nous rendons à la communauté : la contribution de chacun dépend de ses revenus de telle sorte que celles et ceux que la vie a favorisé aident les autres à bénéficier d’une bonne protection.
- Come ? Vous voulez dire que vous me demandez de payer plus que les autres pour bénéficier du même service qu’eux ?
- Don Giuseppe mais c’est le sens de la justice sociale et puis, par ailleurs, c’est aussi dans votre intérêt : aujourd’hui, les jaloux vous reproche votre richesse ; demain, toute la communauté vous sera reconnaissante de votre contribution au bien-être commun.
- Et comment comptez-vous déterminer ma cotisation ?
- Molto semplice Don Giuseppe ! Il vous suffit de nous dire combien vous gagnez et, en fonction de vos revenus, nous vous demanderons un pourcentage plus ou moins élevé. Oh bien sûr, il est possible que nous soyons amenés à vérifier les déclarations des uns et des autres ; vous savez comment sont les gens n’est-ce-pas ?
- Et si je refuse ?
- Come ?
- Si je refuse de bénéficier de votre protection. »

L’aristocrate qui n’a pas perdu une miette de la conversation reprend la parole : « Ça n’est pas possible Don Giuseppe. Vous faites partie, que vous le vouliez ou non, de cette communauté : si nous en assurons la protection, vous en bénéficiez au même titre que les autres. Dès lors, si vous refusez de payer votre part, cela signifie que vous bénéficiez d’un service en laissant les autres payer pour vous.
- Et les autres sont d’accord ?
- Ils ont eut les mêmes réticences que vous Don Giuseppe mais notre argument les a convaincu : tout le monde doit payer ; sinon, le système ne fonctionne pas.
- Et si je refuse quand même ?
- Don Giuseppe, si vous refusez de payer votre part, nous serons – et croyez bien que nous en serions désolés – obligés de vous y contraindre.
- Et comment comptez-vous vous y prendre ?
- Notre organisation est puissante, Don Giuseppe. Il n’y a pas, dans ce pays, d’organisation plus puissante. »

En temps normal, Giuseppe n’est pas homme à se laisser menacer sous son propre toit – et encore moins par deux gamins endimanchés. Mais, alors que les deux hommes semblent décidés à prendre congé, il sait pertinemment que l’aristocrate a dit vrai : s’il ne paye pas, les hommes en noir sauront l’y contraindre. Il n’existe aucun moyen de leur échapper, sauf à partir loin d’ici ; loin de ce pays qui l’a vu naître ; loin de cette terre rendue fertile par la sueur de ses ancêtres. « Arrivederci, lance face-de-poupon, nous nous reverrons bientôt ».

La berline noire s’éloigne dans le soleil couchant en soulevant un épais nuage de poussière. Giuseppe, à cet instant précis, n’a pas la moindre idée de quel genre d’organisation ses deux visiteurs étaient les représentants.

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Et un grand merci à Paola Rizzitelli Vildina pour son aide !

Dansons sur le fil du rasoir

Depuis mercredi 5 décembre 2012 en début d’après-midi, on a observé plusieurs fois un phénomène aussi historique qu’il est symbolique : le taux des obligations assimilables du Trésor (OAT) à 10 ans sur le marché secondaire [1] cote en deçà du seuil des 2%. C’est historique parce que jamais, aussi loin que nous porte notre mémoire, le taux de référence des emprunts d’État français n’avait atteint un niveau aussi bas. C’est symbolique parce que 2%, c’est le niveau d’inflation cible de la Banque Centrale Européenne ; en deçà de ce seuil, à supposer que la banque centrale parvienne à atteindre son objectif dans les années à venir, l’État français peut emprunter à un taux réel – c'est-à-dire ajusté de l’inflation – négatif.

Cette année 2012 est d’ailleurs celle de tous les records en la matière. Malgré la perte de notre AAA chez Standard & Poor’s suivie, quelques mois plus tard, de celle de notre Aaa chez Moody’s, jamais le Trésor public ne s’était endetté à si bon compte. Depuis cet été, le taux de nos emprunts à 10 ans est inférieur à 2,5% et l’Agence France Trésor [2] est même parvenue à emprunter quelques milliards d’euro à des taux négatifs sur les échéances les plus courtes (bons du Trésor à 3 et 6 mois). Alors que le programme d’émission de cette année est pratiquement entièrement exécuté, l’AFT estime que les nouveaux emprunts à moyen et long terme (2 ans et plus) contractés par l’État cette année lui coûteront 1,87% d’intérêts annuels [3].

L’État français, avec 1 377 314 738 602 euros de dette émise sur les marchés au 31 octobre 2012, semble donc en passe de rejoindre le club des État qui peuvent emprunter sur une décennie en payant moins de 2% d’intérêts au même titre que les États-Unis (1,58%), le Royaume Uni (1,73%), l’Allemagne (1,30%) et les Pays-Bas (1,53%) sans parler de la Suisse (0,40%) [4].

Naturellement, cette situation exceptionnelle donne l’occasion à un certain nombre de nos élus de vanter le succès des politiques gouvernementale et de moquer le manque de crédibilité des agences de notation [5]. Les marchés financiers, hier désignés comme l’ennemi du peuple, auraient finalement été touchés par la grâce du discours politique et deviennent à cette occasion un baromètre officiel de sa vertu. C’est de bonne guerre mais ces rodomontades ne doivent pas nous faire perdre de vue les véritables questions : qui, pourquoi et pour combien de temps encore ?

Le profil-type du généreux donateur

L’identité des créanciers de l’État est une information bien gardée ; officiellement, d’ailleurs, elle n’existe pas : même lorsqu’un député pose la question, on lui oppose un fin de non recevoir en lui expliquant qu’il est illégal de collecter de telles informations. C’est évidemment tout à fait regrettable [6]. Néanmoins, avec un peu d’astuce et quelques tuyaux de M. Philippe Mills, le Directeur Général de l’AFT, on peut se faire une idée assez précise de l’identité de nos généreux donateurs.

Dans un premier temps, il y a la grosse masse de nos créanciers habituels : Les compagnies d’assurance, mutuelles et autres organismes de prévoyance français qui détiennent, selon mes estimations, un bon cinquième de notre dette publique à elles seules (principalement dans le cadre de leurs contrats d’assurance-vie en euro [7]) ; il y a aussi, comme en témoigne la liste des 50 plus gros détenteurs privés de dette française publiée par l’agence Reuters, les sociétés de gestion de portefeuille qui achètent des obligations d’État pour le compte de leurs clients et, dans une moindre mesure, les banques qui, comme vous le savez certainement, n’achètent de la dette publique que parce que les règles prudentielles internationales (i.e. les accords de Bâle) les y obligent [8].

Mais cette année 2012 aura surtout été marquée par l’extrême générosité d’un nouveau type de donateur. C’est M. Mills lui-même qui nous en dresse le portrait : « il y a une forte part de banques centrales et de fonds souverains (environ 50%) » et, un peu plus loin, « la moitié des acheteurs nets de la dette française vient d’Asie et du Moyen-Orient. » En extrapolant un peu, on voit se dessiner le profil-type de notre nouveau financier : une banque centrale ou un fonds souverain (c'est-à-dire un État) d’Asie (du sud-est) ou du Moyen-Orient (un producteur de pétrole). Établissons une brève liste des suspects : au Moyen-Orient, il y a, bien sûr, l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis (surtout Abu Dhabi et Dubaï) et, dans une moindre mesure, le Koweit et le Qatar ; plus à l’est, on citera Singapour, la Corée du sud et, bien sûr, l’Empire du milieu, ses quatre fonds souverains géants et la People’s Bank of China.

Tous aux abris !

Ce qui nous amène tout naturellement à la question suivante : pourquoi diable ces gens nous prêtent ils des milliards gratuitement ou presque ? Étant bien entendu qu’aucun de nos suspects n’est connu pour sa nature philanthropique et que, de toute évidence, ce n’est pas du rendement qu’ils viennent chercher sur notre montagne de dettes, il nous reste une seule explication plausible : ce petit monde cherche désespérément à se mettre à l’abri.

Il faut bien comprendre un principe simple : sur un territoire donné, l’emprunteur le plus sûr – c'est-à-dire celui qui vous offre les meilleures garanties de remboursement de l’argent que vous lui avez prêté – c’est l’État. La raison en est fort simple : l’État, par définition, détient le monopole de la coercition et peut donc fiscaliser à loisir les autres débiteurs avant d’être lui-même incapable de faire face à ses engagements. C’est pour cette raison que, traditionnellement, les investisseurs réservent une part de leur placement aux emprunts d’État : ça ne rémunère pas beaucoup mais c’est ce qui se rapproche le plus d’un investissement sans risque.

Seulement voilà : cette crise a considérablement réduit la quantité de dette souveraine présumée sûre. Prenez le cas, par exemple, de la crise de l’euro : quelques États – le Club Med – se trouvent dans des situations économiques et budgétaires compliquées qui provoquent, au sein de leur population, une certaine forme de mécontentement. Du point de vue des investisseurs, ce mécontentement se transforme en risque politique : très précisément, les créanciers de ces États craignent qu’un nouveau gouvernement prenne le pouvoir, claque la porte de la zone euro et dévalue dans la foulée sa monnaie nationale nouvellement recréée – ce qui revient à dire qu’ils courent le risque d’être remboursés en monnaie de singe.

Du coup, lesdits investisseurs bradent leurs obligations espagnoles et italiennes – ce qui provoque l’effondrement des prix et donc l’envolée des taux – et réinvestissent ce qui leur reste… sur la dette de pays présumés plus stables : l’Allemande, les Pays-Bas, la France. La crise de l’euro, c’est ça : un risque politique d’explosion de la zone ; c’est précisément cette situation que les critères de Maastricht cherchaient à éviter… sans grand succès.

Bref, si nous pouvons nous endetter à si bon compte, c’est parce que les investisseurs du monde entier cherchent désespérément une denrée devenue rare : des obligations émises par des États fiscalement viables qui ne risquent pas trop de recourir à la planche à billet pour régler leurs problèmes de dettes. Par chance, nous faisons partie des heureux élus… Jusqu'ici.

Le fil du rasoir

D’autres, avant moi, ont prononcé le mot en « B » et je pense qu’ils ont tout à fait raison : c’est une énorme bulle ; une bulle financée par la politique monétaire de nos banquiers centraux et habillement dirigée par nos pouvoirs publics là où ils en avaient immédiatement besoin : sur la dette publique. Si le montage tient encore, nous ne le devons pas à nos vertus mais aux vices des uns et à la peur des autres. Mais, il existe un vieil adage boursier qui dit que « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel » ; c’est le principe de gravitation universelle appliquée aux marchés de la dette : ce qui monte (le prix des obligations d’État) doit fatalement redescendre un jour – surtout quand ça a beaucoup monté, pour de mauvaises raisons et qu’il y a un plafond. En gros, il y a deux scénarios :

Dans le premier, le pire, nous continuons sur notre lancée : plus de dépense publique, plus d’impôts, plus de déficit budgétaire (a.k.a. « politique de croissance ») et plus de dette. C’est l’option « choc fiscal », le scénario à la grecque : exode fiscale et entrepreneurial massif, économie en récession, explosion du chômage et des dépenses sociales. Tôt ou tard, l’État sera incapable de faire face à ses engagements et devra – officiellement ou via un retour au franc et une dévaluation – provoquer un bain de sang sur les marchés obligataires (ruinant au passage, vous l’avez compris, l’épargne de nos concitoyens).

Dans le second, le scénario optimiste, nous réduisons notre dépense publique et faisons en sorte que notre économie retrouve un second souffle. On peut espérer un retour de la croissance (et donc des rentrées fiscales), une baisse du chômage et une reprise du crédit ; laquelle, étant donné la montagne d’euro imprimée ces dernières années par la BCE, se transformera sans doute assez rapidement en une belle poussée inflationniste… qui provoquera un bain de sang sur les marchés obligataires (et les mêmes conséquences que précédemment).

Bref, nous marchons (et nos dirigeants dansent) sur le fil du rasoir ; la suite sera quoiqu’il arrive douloureuse. Charge à nous de choisir entre une paire de gifles et l’Armageddon.

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[1] Le marché secondaire, c’est le marché de l’occasion ; là où s’échangent les titres déjà émis. Le marché primaire, c’est le marché du neuf ; là où l’Agence France Trésor, via le réseau des spécialistes en valeurs du Trésor (SVT), emprunte effectivement de l’argent pour le compte de l’État.
[2] Placée sous l’autorité du directeur général du Trésor, c’est l’agence gouvernementale qui est chargée de la gestion de la dette et de la trésorerie de l'État.
[3] Sauf, naturellement, lorsque le créancier aussi un contribuable auquel cas le Trésor peut récupérer jusqu’à 39,5% des intérêts qu’il paye sous formes d’impôts et de prélèvements sociaux.
[4] Taux des obligations souveraines à 10 ans à l’heure où j’écris ces lignes.
[5] Ce en quoi ils n’ont pas tout à fait tort : les agences ont perdu toute crédibilité au cours des années 1970, lorsqu’elles ont été instrumentalisées par les pouvoirs publics dans le cadre de la régulation prudentielle des banques.
[6] Et ce, d’autant plus que l’absence de sources officielles donne libre cours à l’imagination débridée des amateurs de théorie du complot.
[7] Par opposition aux contrats en unités de compte ; l’assurance-vie en euro, c’est le placement préféré des français (un bon tiers des placements des ménages français à elle seule).
[8] Soit pour constituer des réserves en fonds propres, soit en nantissement de leurs emprunts auprès des banques centrales.

Bouffonneries montebourgeoises

M. Montebourg, appuyé pour l’occasion par le reste du gouvernement et le Président de la République, a donc signifié à M. Mittal que lui et son groupe n’étaient plus les bienvenus en France et a agité le chiffon rouge d’une nationalisation du site de Florange. Colère d’opérette, petits moulinets de bras frénétiques, décisions à l’emporte-pièce et déclarations guerrières de petit caporal-chef… Il y a décidément du Sarkozy dans cet homme là !

Évidemment, vues de New Delhi, les déclarations de notre ministre suscitent l’étonnement quand ce n’est pas une certaine forme d’agacement. Étonnement parce qu’on a du mal à comprendre pour quelles obscures raisons, et au regard du taux de chômage que nous nous coltinons, un ministre chargé du « redressement productif » s’en prendrait aussi violement à un groupe qui génère un peu plus de 20 000 emplois sur son territoire ; agacement parce que le contribuable indien moyen sait qu’il va bientôt devoir financer l’acquisition de 126 Rafales – soit un contrat de quelques milliards d’euros : les hasards du calendrier font que la sortie tonitruante de M. Montebourg intervient au moment même où le groupe Dassault créé sa filiale indienne. On imagine sans peine la stupeur et les cris d’effroi de nos élus si New Delhi, juste pour rire, se piquait de nationaliser ladite filiale dans les mois qui viennent.

Par ailleurs, les roulements de mécanique de M. Montebourg déboulent en « une » des journaux au moment même où l'Agence française pour les investissements internationaux (AFII) et l'Institut national de la propriété industrielle (Inpi) lancent leur nouvelle campagne – « Say oui to France » – dont l’objet est, précisément, d’attirer des investisseurs internationaux dans notre beau pays. Il faut préciser ici, que les investissements étrangers sur le territoire national ça n’est rien de moins que 2 millions d’emplois (dont 27 958 créations rien qu’en 2011 [1]), un bon tiers – Ô ironie cruelle – de nos exportations et environ 20% des investissements en recherche et développement qui sont réalisés par les entreprises domiciliées en France. Nous finançons donc à grand renfort d’argent public une campagne pour attirer des investissements étrangers tandis que nos ministres se précipitent devant les caméras pour taper à bras raccourcis sur Google, Ferrero (Nutella) et maintenant ArcelorMittal. Bref, à force d’étaler nos règlementations liberticides, nos taxes confiscatoires et notre mépris manifeste de la propriété privée dans la presse internationale, le « Say oui to France » risque de prendre quelques kilos de plomb dans l’aile.

Forcément, un certain nombre de nos voisins – à commencer par notre ceux d’outre manche – s’en donnent à cœur joie : Boris Johnson, le très fantasque maire de Londres, s’en ait même fait une spécialité, une marque de fabrique : après avoir appelé notre industrie financière – le « véritable ennemi » du Président de la République – à rejoindre la City, il suggère maintenant à Mittal et aux autres investisseurs indiens de prendre le ministre du « redressement productif » au mot et leur déroule le tapis rouge. Ça ne coûte pas le moindre penny et, grâce à M. Montebourg, ça pourrait bien se révéler diablement efficace. On rappellera ici que l’Inde se classait en 2011 au treizième rang des pays qui investissent le plus en France ; principalement des créations d’entreprises dans les secteurs de la technologie et des communications. Manifestement, ces considérations échappent complètement à notre très improbable ministre du non-moins improbable ministère du « redressement productif ».

Le « redressement productif », façon montebourgeoise, consiste donc à taxer et à réguler tout ce qui bouge, à faire fuir tout ce qui ressemble de près ou de loin à une entreprise privée et à subventionner massivement les ruines d’industries d’un autre siècle en attendant de pouvoir fermer nos frontières. On est bien barrés comme disait l’autre…

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[1] Chiffre en baisse par rapport à 2010, certes, mais tout de même ! Voir le Tableau de bord de l’attractivité de la France 2012.

Ils sont partout !

Bien. Ça ne vous a sans doute pas échappé mais The Economist, aussi connu sous le nom de Pravda du capital (Laurent Joffrin) ou, plus récemment, de Charlie Hebdo de la City (Arnauld Montebourg), vient d’en remettre une couche. Après A country in denial (mars 2012) et The rather dangerous Monsieur Hollande (avril 2012), voici The time-bomb at the heart of Europe dans lequel l’éditorialiste estime que notre beau pays est aujourd’hui la principale menace qui pèse sur les cieux déjà bien assombris de la zone euro. Nous n’allons pas revenir sur le fond de l’article ni sur les réactions outragées et néanmoins parfaitement synchronisées de notre petite mafia politico-médiatique. Au lieu de cela, je vous propose un rapide tour de l’internet sauvage et dérégulé pour voir comment notre presse écrite d’élite présente The Economist.

Dans le désordre : l’Expansion nous rappelle, fort opportunément, que « cet hebdomadaire des affaires très influent » est aussi « très libéral » en plus d’être britannique ; plus concis, Le Figaro précise que The Economist est un « influent et libéral hebdomadaire britannique » tandis que le Huffington Post suggère la formule « influent et libéral hebdomadaire britannique du monde des affaires » et qu’au Nouvel Observateur on nous propose le qualificatif d’« hebdomadaire libéral britannique du monde des affaires » ; chez Libération, on parle d’un « influent hebdomadaire britannique du monde des affaires » ; dans les colonnes de La Tribune, on joue la sobriété en parlant d’un « magazine de tendance libérale » comme dans celles du Monde où l’on se contente d’un sibyllin « journal libéral ».

Arrêtons là…

Attaque de la finance

Monsieur Dupond, après une longue carrière d’exploitation capitaliste, a réussit à se constituer une épargne pour améliorer l’ordinaire une fois l’âge légal de la retraite passé ou, le cas échéant, pour survivre des fois que l’État ait fait faillite d’ici-là. Comme il est patriote, Monsieur Dupond décide d’aider l’État français à se financer en plaçant ces économies sur l’OAT 2,25% 25 octobre 2022, obligation émise pour de vrai le 31 octobre dernier [1].

Il faut dire que des emprunts d’État, il y en a. C’est la maladie classique des social-démocraties : elles sont en permanence tiraillées entre une cette part de leur électorat qui réclame des services publics gratuits (i.e. financés par l’impôt) et ceux de leurs électeurs qui rechignent à raquer pour les autres. Du coup, afin d’assurer la réélection de l’équipe en place et une fois les trésors du génie fiscal épuisés, la social-démocratie se met à créer des dettes. Mieux encore, elle a même trouvé un moyen de justifier scientifiquement ses penchants clientélistes grâce à John Maynard Keynes : créer du déficit et de la dette, c’est une politique de croissance ™ et donc, c’est bien ; gérer son budget sainement, c’est de l’austérité ™ et donc, c’est mal.

Bref. Le 31 octobre 2012, Monsieur Dupond achète pour 100 euros (multipliez ce chiffre et les suivants comme bon vous semble) d’OAT 2,25% 25 octobre 2022 en vertu de quoi, l’État s’engage à lui verser 2,25 euros d’intérêts par an pour chacune des 10 prochaines années et à lui rembourser ses 100 euros en octobre 2022. Naturellement, ces intérêts seront fiscalisés soit au taux du prélèvement libératoire de 24%, soit au barème progressif de l’impôt sur le revenu et devront également être amputés de 15,5% de prélèvements sociaux : ce qui signifie que l’État pourrait récupérer jusqu’à 39,5% des intérêts qu’il paye à Monsieur Dupond via son administration fiscale.

Il est important de noter qu’à ce stade, du point de vue de l’État, l’opération est définitivement bouclée : quoiqu’il arrive, il dispose désormais de 100 euros qui lui coûteront 1,36 euros par an (2,25 euros d’intérêts dont il récupère 89 centimes sous forme de taxes) et qu’il devra rembourser à Monsieur Dupond en octobre 2022 [2].

Évidemment, dix ans c’est long et il est tout à fait possible que Monsieur Dupond ait finalement besoin de son argent entre temps. Fort heureusement pour lui, les obligations ont ceci de pratique qu’elles se revendre au marché de l’occasion – i.e. le marché secondaire par opposition au marché primaire sur lequel Monsieur Dupond a prêté de l’argent à l’État. Tous le problème est de savoir à quel prix.

Par exemple, en octobre 2015, notre obligation à 10 ans sera devenue une obligation à 7 ans et il est tout à fait possible que le niveau des taux d’intérêt à 7 ans à cette date ne soit pas de 2,25% mais de 3%. Du coup, pour refourguer son obligation, Monsieur Dupond sera obligé de baisser son prix de vente de manière à ce que les 2,25 euros d’intérêts annuels payés par l’État permettent à l’acquéreur d’obtenir un rendement de 3% (sinon, bien sûr, il ira voir ailleurs). En l’occurrence, Monsieur Dupond devra vendre son obligation à 95,3 euros et donc subir une perte en capital de 4,7%.

Naturellement, le raisonnement symétrique est également vrai : si, en octobre 2015, Monsieur Dupond cherche à revendre son obligation alors que les taux à 7 ans sont à 1,5%, il réalisera une plus-value d’environ 5 euros par rapport à ses 100 euros initiaux (et devra au passage s’acquitter de 34,5% d’impôts sur ce montant). De ce qui précède, le lecteur est invité à retenir deux choses. Règle numéro 1 : d’une manière générale, dire que les taux des obligations montent est strictement équivalent à dire que leur prix baisse (et inversement) ; c’est le même phénomène vue d’un angle différent. Règle numéro 2 : du point de vue du débiteur – ici l’État – rien ne change ; que les taux ou les prix montent ou baissent, il continue à payer ce qui était prévu au départ.

Or, voilà qu’en octobre 2015, le gouvernement français s’apprête à clôturer son 40ème exercice fiscal en déficit d’affilée. Les caisses sont vides, les entreprises et les contribuables mettent la clé sous la porte ou fuient vers des cieux plus cléments, le chômage et les prestations publiques qu’il implique explosent… Bref, l’État français est en quasi-faillite : on ne sait pas encore s’il répudiera unilatéralement tout ou partie de sa dette ou s’il se contentera de revenir au franc pour le dévaluer (et donc rembourser en monnaie de singe, ce qui revient au même) ; ce qui semble de plus en plus probable, c’est que les créanciers de l’État risquent passer à l’essoreuse.

Du point de vue de Monsieur Dupond, naturellement, c’est un gros problème : non seulement il pressent que sa retraite par répartition a déjà été répartie dans d’autres poches que les siennes mais, en plus, il comprend parfaitement que les fameux marchés financiers, c’est lui. Monsieur Dupond a beau faire habituellement preuve d’un flegme à toute épreuve, les hurlements de panique de Madame Dupond ne l’y aident pas. Alors Monsieur Dupond cherche à vendre son obligation ; quitte à la brader, quitte à perdre la moitié de ses économies : il préfère ça à la ruine totale.

Seulement voilà, la situation financière de l’État n’est un secret pour personne et déjà, les créanciers – la caisse de retraite de Monsieur Durand, la compagnie d’assurance qui gère le contrat d’assurance-vie de Monsieur Michel, le fonds d’investissement sur lequel Monsieur Leblanc a placé son épargne – se précipitent pour se débarrasser de leurs titres. Du coup, les prix s’effondrent et les taux s’envolent. C’est à ce stade que la cavalerie des agences de notation, toujours en retard de trois plombes depuis qu’elle est devenue une annexe du régulateur, arrive et dégrade la note souveraine de la France. Bien sûr, personne ne les croit mais les quelques investisseurs qui n’avaient pas encore cédé à la panique se voient maintenant contraints par la loi de liquider leurs positions.

Sur le marché obligataire, c’est O.K. Coral. Les derniers investisseurs craquent et réalisent des pertes énormes en cédant leurs obligations alors que seuls quelques hedge funds acceptent encore de les racheter à des prix dérisoires. Plusieurs compagnies d’assurance ont déjà fait faillite et la plupart des régimes de retraite complémentaire sont aux abois tandis que plus aucune entreprise française – sans parler des banques – n’arrive à emprunter un centime sur les marchés.

Alors que Monsieur Dupond réalise à peine qu’une vie de travail vient de partir en fumée, les politiciens, dûment relayés par les médias, défilent devant les caméras de télévision pour expliquer à quel point cette « attaque contre la France » est intolérable, pour dénoncer l’action nuisible des « spéculateurs », pour vouer aux gémonies la « finance folle, mondialisée et dérégulée. » Mais rassurez-vous : ce scénario apocalyptique n’est que pure fiction.

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[1] Cette émission obligataire a permis à l’État d’emprunter 4,4 milliards d’euros sur 10 ans à un taux moyen de 2,22%.
[2] L’État s’est engagé à rembourser 100 euros mais n’a jamais précisé ce que sera la valeur de ces 100 euros… D’où les velléités d’une part croissante de nos politiciens à remettre la main sur la planche à billets.

Courber l’échine

Une étude réalisée le 13 novembre 2012 par Toluna Quicksurveys pour EconomieMatin.fr dévoile deux informations tout à fait surprenantes. Primo, pas moins de 85% des français interrogés pensent que « trop d’impôt tue l’impôt » et 72% d’entre eux estiment que les hausses d’impôts annoncées ces dernières semaines entraineront une augmentation de la fraude fiscale l’année prochaine. Par ailleurs, 86,5% des personnes interrogées pensent que « le problème n’est pas d’augmenter les impôts, mais de réduire les dépenses de l’État. »

Nous ne tomberons pas, chers amis, dans le travers ridicule qui consiste à croire – ou à faire semblant de croire – que la réalité se décide à la majorité ; ce n’est pas parce qu’une majorité de français pensent quelque chose que c’est vrai ; ça ne signifie d’ailleurs pas non plus que c’est faux. Les seules conclusions que nous pouvons tirer de cette enquête sont les suivantes : d’une part, une majorité écrasante de nos compatriotes estiment qu’il existe un seuil au-delà duquel augmenter les impôts n’augmente pas le produit fiscal et il semble qu’une proportion considérable d’entre eux estime que ce point est déjà atteint [1]. D’autre part, une majorité écrasante de nos compatriotes plaident, sans aucune ambigüité, pour une réduction de la dépense publique [2].

Et voilà donc que les électeurs français, ces mêmes électeurs qui, il y a quelques mois, ont mis au pouvoir des hommes politiques qui promettaient explicitement plus d’impôts et de dépense publique, nous expliquent qu’ils souhaitent une réduction de la dépense publique et qu’ils ne croient pas qu’une des hausses des prélèvements obligatoires soit encore possible. On aura beau pinailler sur la représentativité de ce panel, sur le taux d’abstention des dernières élections ou sur les détails du programme du parti pseudo-socialiste, les faits sont là : il semble que du point de vue de la dépense publique et de l’impôt, l’opinion de nos compatriotes soit radicalement opposée à ce qu’a exprimé leur vote.

Comment en arrive-t-on là ?

Primo, il n’existe pas, dans notre pays d’alternative politique. Nous avons aujourd’hui le choix entre un parti pseudo-socialiste – qui est en réalité un parti social-démocrate progressiste - qui ne jure que par la dépense publique, l’impôt redistributif et l’inflation législative et un parti dit de droite républicaine - qui n’est rien d’autre qu’un parti social-démocrate conservateur – qui n’a jamais rien fait d’autre qu’augmenter la dépense publique, accroître le fardeau fiscal qui pèse sur nous tous et couvrir notre pays d’un étroit maillage de petites règles aussi compliquées que liberticides. Le reste de l’échiquier politique se partage entre un centre moribond et des extrêmes à qui la crise a donné l’occasion de révéler leur véritable nature socialiste et autoritaire. En somme, la formation politique qui propose de réduire sensiblement la dépense publique et de ramener notre taux de fiscalisation dans des proportions raisonnables n’existe tout simplement pas [3].

Deuxio, et c’est peut être encore plus grave, je crains fort que nos concitoyens ne votent déjà plus depuis longtemps dans le sens d’une quelconque définition de l’intérêt général. Derrière les beaux discours, les appels à la « justice sociale » ou à la « grandeur de la France », se cache une réalité infiniment plus pragmatique : nous ne votons plus que pour le candidat qui nous promet de servir nos intérêts. En tant que peuple, nous avons intégré l’irréversibilité de l’emprise de l’État sur nos vies ; la seule question qui se pose désormais est de savoir comment en sortir gagnant ou moins perdant que les autres. Une majorité de français pense qu’il faut réduire la dépense publique mais personne ne croit que ce soit possible ; alors ils votent pour ceux qui feront en sorte qu’ils bénéficient des largesses publique. Une majorité de français pensent que la pression fiscale n’est plus soutenable mais tous s’accordent à dire qu’elle est irréversible ; alors on essaye de réduire sa propre facture aux dépens des autres.

Voilà je crois, au-delà des grands discours et des théories, le sentiment le plus largement partagé de France : nous n’y pouvons rien alors autant s’adapter. Nous sommes un peuple qui a appris à courber l’échine.

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[1] Parmi les 72% qui estiment que la fraude fiscale va augmenter, il est tout à fait probable que certains pensent que le bilan fiscal net des hausses d’impôts (augmentation du produits moins effets de la fraude) sera néanmoins positif.
[2] Même si ça n’est pas techniquement juste, c’est probablement ce qu’entendent la plupart des français par « réduire les dépenses de l’État. »
[3] J’entends par là : dans le débat public. Il y a bien quelques petites initiatives mais elles peinent à sortir de la confidentialité.

Monty Hall sans maths

Règle du jeu : on va vous proposer 3 enveloppes dont deux sont vides et une contient un billet de €100. Dans un deuxième temps, l’organisate...