Coût du travail

Salaire minimum légal et cotisations à la sécurité sociale en pourcentage du coût d’un salarié moyen dans l’OCDE. And the winner is…

Via Contrepoints.

Discours pour les sourds

Peter Schiff tente désespérément d’inculquer quelques bases d’économie (non-keynésienne) à ceux qui président aux destinées des Etats-Unis.

Un employeur leur explique pourquoi il n’embauche pas. Ils balayent l’argument d’un revers de main et en reviennent à la demande agrégée… Pitoyable.

Balance commerciale et abstractions comptables

La balance commerciale est une abstraction comptable. Pour un pays donné lors d’une période donnée, les chiffres que vous obtiendrez – ceux là mêmes que journalistes, politiques et intellectuels appellent les « faits » - peuvent considérablement varier en fonction de ce que vous appelez une « exportation », une « importation », un « bien » ou un « service ». Prenons l’exemple de la balance commerciale française [1] en 2010 : selon les douanes, si l’on prend en compte le prix de nos exportations à nos frontières [2] nous avons exporté pour 388,1 milliards d’euros. Selon la même source, en comptabilisant nos importations à leurs prix à nos frontières [3] c’est-à-dire en incluant le coût des assurances et du fret, nous aurions importé pour 456 milliards d’euros. Ce qui nous donne un déficit de la balance commerciale CAF-FAB de 67,9 milliard d’euros pour 2010.

En revanche, si on ne tient pas compte des assurances et des coûts de transport, si on mesure le prix des biens à la frontière du pays exportateur – c'est-à-dire nos frontières pour nos exportations et la frontière du pays exportateur pour nos importations – le déficit FAB-FAB de la balance commerciale française n’était plus que de 51,1 milliards d’euros. Enfin, après quelques corrections apportées par la Banque de France, les chiffres officiels nous disent que nous avons exporté pour 390,1 milliards (FAB) et importé pour 443,7 milliards (FAB) – soit un déficit (FAB-FAB) de 53,7 milliards d’euros. Nous avons donc deux estimations : celle de la Banque de France qui sera répercutée dans notre balance des paiements et qui fait état d’un déficit FAB-FAB de 53,7 milliards et les données douanières qui mesurent un déficit CAF-FAB de 67,9 milliards.

L’écrasante majorité de notre déficit commercial, c’est notre facture énergétique. Si l’on se base sur les données de douanes, notre balance commerciale hors énergie ne présentait en 2010 qu’un déficit de 20,2 milliards d’euros au lieu de 67,9 milliards. Le reste du déficit s’explique principalement par des biens de consommation et des biens dits « intermédiaires », c'est-à-dire des composants importés par nos entreprises industrielles dans le cadre de leurs processus de production. Par ailleurs, près de la moitié de nos échanges extérieurs se font à l’intérieur de la zone Euro [4] ; rajoutez à cela le Royaume-Uni, les Etats-Unis et le Japon et vous saurez où vont 62,7% de nos exportations et d’où viennent plus 60,5% de nos importations.

La Chine me demanderez-vous ? Eh bien la Chine (y compris Hong Kong) c’est 8,2% de nos importations de biens c'est-à-dire à peu près autant que l’Italie et moins de la moitié de ce que nous importons d’Allemagne. Evidemment, nos échanges avec l’empire du milieu se traduisent par un déficit important (22,4 milliards en 2010) mais, même si nous devions cesser toutes relations commerciales avec les chinois, il nous resterait un déficit de 45,5 milliards. D’autant plus que, comme nous l’avons vu plus haut, beaucoup de nos importations sont des produits intermédiaires qui permettent à nos entreprises exportatrices de réduire leurs coûts, de vendre moins cher et donc, de maintenir leurs parts de marché à l’international.

Reste que nous avons importé pour 37,6 milliards de produits « made in China ». Pour la plupart des gens, un produit « made in China », c’est un produit fabriqué en Chine ; fin de l’histoire. Seulement voilà, la réalité est un peu plus compliquée que ça. L’exemple classique c’est l’iPhone d’Apple qui est, comme vous le savez certainement, assemblé par Foxconn à Shenzhen. Voilà les faits [5] : pour faire produire un iPhone, vous avez besoin de $172,46 de composants produits principalement par Toshiba (Japon), Samsung (Corée du sud), Infineon (Allemagne) et quelques entreprises américaines comme Broadcom, Numonyx et Cirrus Logic. Ces composants sont importés par l’empire du milieu puis assemblés par Foxconn pour un coût par appareil de $6,5. Quand le produit est fini, il est directement livré près de chez vous et passe la douane à $178,96 FAB. En termes de comptabilité nationale, nous avons donc bien importé un iPhone « made in China » pour une valeur de $178,96 mais ce que cet exemple démontre, c’est que qui est effectivement « made in China », ce sont les $6,5 d’assemblage – soit 3,6% du prix d’importation.

De la même manière, je ne crois pas trahir un secret industriel en vous disant que certaines marques célèbres d’horlogerie helvètes font assembler leurs montres en Chine et les réimportent en Suisse pour une modeste finition mais surtout pour pouvoir y apposer le label « made in Switzerland ». Quand vous achetez une de ces montres, la comptabilité nationale voit un déficit commercial avec la Suisse mais c’est en réalité en Chine qu’elle a été assemblée avec des composants qui viennent certainement d’ailleurs dans le monde (y compris la France). La balance commerciale n’est qu’abstraction comptable.

Imaginez un instant que nous visions dans un monde de troc – nous échangeons des produits contre d’autres produits – comment la balance commerciale pourrait-elle être déficitaire ? Impossible n’est-ce pas ? Le fait est que quand nous importons pour 100 euros de marchandises, nous exportons aussi pour 100 euros d’euros. Revenons sur les données de la Banque de France – un déficit pour 2010 de 53,7 milliards (FAB-FAB). Dans la pratique, nos exportations ce sont pour 390,1 milliards d’euros de marchandises que nous avons échangé contre des euros ; à l’inverse, nos importations représentent les 443,7 milliards d’euros de produits que nous avons échangés à des producteurs non-résidents [6] contre des devises. Pour pouvoir régler ces achats, nous avons donc du échanger nos euros contre les devises que réclament nos fournisseurs ; c'est-à-dire que quelqu’un dans le monde se retrouve avec des euros dont il n’a, a priori, rien à faire chez lui. En d’autres termes, ces euros, tôt ou tard, vont revenir chez nous – fatalement.

Evidemment, nos euros reviennent lorsque nous exportons, en valeur, plus de services que nous n’en importons – c’était typiquement le cas en France en 2010 puisque nous affichions un excédent de 10 milliards d’euros sur les services. Mais ils peuvent aussi revenir sous forme de dépenses des touristes en France, de revenus de français salariés à l’étranger comme les travailleurs frontaliers (solde de 36,5 milliards en 2010), de rémunérations versées par des entreprises étrangères à leurs salariées en France (solde de 9,9 milliards en 2010), d’investissement étrangers en France, de revenus de nos investissements à l’étrangers (solde de 26,6 milliards en 2010) ou de prêts (principalement à l’Etat)… Bref, tout un inventaire de comptes dans lesquels la Banque de France classe ces mouvements de capitaux. Et au total, ces comptes s’équilibrent toujours – les euros qui sont sortis par une porte reviennent par l’autre.

Imaginez que quelques entrepreneurs, musiciens célèbres, ingénieurs de haut niveau et écrivains à succès décident un jour de s’expatrier sur une petite île et d’y former un Etat. Trop petite, cette île ne produirait absolument rien ; ce qui signifie que non seulement elle n’exporterait pas le moindre produit mais qu’en plus, elle devrait importer tout ceux que ses très riches habitants consomment – c'est-à-dire beaucoup. La balance commerciale de l’île serait déficitaire en permanence mais elle serait intégralement financée par les revenus de ses habitants – dividendes de leurs sociétés, droits d’auteurs et salaires versés à l’étranger. Aucun problème.

Un déficit de la balance commerciale ne veut strictement rien dire en soi. L’idée selon laquelle « un pays qui importe plus qu’il n’exporte s’appauvrit » est une pure imbécilité et ça ne fait jamais que 166 ans qu’on le répète [8].

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[1] En France, la balance commerciale ne couvre que les biens ; contrairement à ce qui se fait dans beaucoup de pays, les services sont pris en compte séparément.
[2] Prix FAB (franco à bord).
[3] Prix CAF (coût, assurance, fret).
[4] La zone euro à 16 ; 48,7% de nos exportations et 48,4% de nos importations en 2010.
[5] Chiffres d’une étude de l’ADB Institute pour 2009.
[6] Qui peuvent d’ailleurs être français.
[7] Valeur comptable.
[8] Frédéric Bastiat, Sophismes Économiques, chapitre VI « Balance du commerce ».

Zombienomics

Dans la famille Doudreaux, je veux le fils et le grand père. Ci-dessous une des pierres tombales fabriquées par ces deux grands malades pour décorer leur jardin le soir d’Halloween.

(*) « hopefully forever. »

Le reste du post est très bon (ne pas rater, notamment, le « children practicing for political office by threateningly seeking ‘protection’ payments from neighbors »).

La taxe sur les pauvres

Une brève de Reuters, relayée par lesechos.fr, nous apprend que l'Union européenne s’apprête à taxer massivement les importations de tuyaux d’aciers chinois utilisés dans le secteur de l’énergie. On évoque des droits de douane de l’ordre de 68%. C’est donc une grande victoire pour Arnaud Montebourg, Marine le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Pierre Chevènement et, d’une manière générale, les démondialisateurs de la droite pure et de la gauche dure. Il semble que l’UE soit en train de revenir sur ce fameux « dogme du libre-échange » et que, sans même avoir besoin d’un débat démocratique sur la question, on soit déjà en train de réinstaurer des barrières douanières. Politiciens et technocrates jureront la main sur le cœur que ces mesures permettront de « sauver des emplois industriel » en « luttant contre le dumping social et environnemental des pays à bas salaires. »

Et maintenant, un petit détour dans le monde du réel. La réalité c’est que cette décision a été remportée suite à un intense lobbying de Salzgitter, un sidérurgiste allemand, et de Tubacex, un spécialiste espagnol des tubes d'acier. Et dans cette même réalité, ces deux entreprises ont manifestement saisit l’UE début 2010, estimant que leurs concurrents chinois pratiquaient des « prix illicitement bas » et « préjudiables à leurs bénéfices » - oui, leurs bénéfices. Juste pour mémoire, au premier semestre 2011, les ventes de la « division tubes » de Salzgitter progressaient de 11,2% par rapport au premier semestre 2010 pour un résultat net avant impôt de 46,7 millions d’euros. Chez Tubacex et sur la même période, les ventes progressent de 45,9% et le résultat net avant impôt atteint 1,9 millions d’euros. Mon petit doigt me dit que l’année prochaine ça sera encore mieux, d’autant plus que Salzgitter et Tubacex ont manifestement l’intention d’éliminer de la même manière leurs concurrents indiens et coréens.

Voilà l’immense avantage qu’il y a à maintenir un peuple dans l’ignorance en général et dans l’inculture économique en particulier : vous pouvez leur faire prendre des vessies pour des lanternes et les amener à voter avec enthousiasme pour des politiques qui vont manifestement à l’encontre de leurs intérêts. N’est-ce pas magnifique de voir comment nos « indignés » nationaux et autres occupants de Wall Street vitupèrent ces horribles capitalistes et leur mondialisation ultralibérale, comment ils appellent de leurs vœux, le plus sincèrement du monde, une intervention accrue des pouvoirs publics et comment, finalement, ils vont encore une fois se faire rouler dans la farine ? Comme la politique isolationniste d’Otto von Bismarck à partir de 1879 qui était largement insufflée par ses amis junkers – dont il était lui-même issu – [1] et comme le tarif Smoot-Hawley de 1930 qui était largement soutenu par les grands agriculteurs et industriels américains, les barrières douanières ont toujours été, en dernière analyse, des taxes sur les plus pauvres destinées à financer les profits des plus riches.

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[1] Et visait, ironie de l’histoire, principalement à les protéger des exportations agricoles étasuniennes.

Exception culturelle

« Seuls 23 % des entrepreneurs interrogés (sur plus d'un millier) pensent en effet que la France est un pays dont la culture encourage l'initiative et la création. Très loin de l'Inde, en tête avec 98 % de réponses positives, ou de la Chine (92 %). Très loin même de la moyenne du G20, à 76 %. »

Tout va bien…

Via Les Echos (merci Yann)

A portée de rafles et de canons

Dans son « Sévère mais injuste » publié sur Causeur.fr, Élisabeth Levy regrette que nos gouvernants – et, en l’espèce, Monsieur Barouin – n’aient pas envoyé promener l’agence Moody’s qui envisage de dégrader la note de l’État français – et pas de la France, comme on le dit trop souvent et à tort. Comme tout bon artisan, une vingtième fois sur le métier je remets mon ouvrage.

Récapitulons. Depuis 1975, nos gouvernement successifs votent des budgets déficitaires et donc doivent emprunter de l’argent pour faire tourner la boutique [1]. Précisons bien ce point : ce sont nos dirigeants qui ont voté des budgets déficitaires ; ils l’ont fait de la manière la plus souveraine qui soit, sans que personne ne les y oblige. On peut interpréter cette décision gouvernementale de deux manières. L’interprétation noble voudrait que, conformément à la théorie keynésienne, ils ont souhaité pratiquer une relance budgétaire ; c'est-à-dire qu’ils ont estimé que la demande n’était pas suffisante pour permettre le plein emploi et ont donc cherché à la dynamiser par de la dépense publique. Il existe une interprétation moins noble – celle du clientélisme politique – qui voudrait que chaque gouvernement ait cherché à distribuer le plus de subsides publics en taxant le moins possible et ait remis le remboursement de la dette ainsi accumulée aux calendes grecques – où à la prochaine majorité.

Si la première explication est la bonne, alors nos gouvernements successifs ont très mal lu Keynes puisque dans l’esprit de l’illustre économiste, une relance budgétaire était supposée être une politique ponctuelle : pour John Maynard Keynes, l’idée était de créer une demande publique financée par l’endettement lors des phases de récession et de rembourser la dette ainsi créée avec le surcroît de revenus fiscaux généré par le retour de la croissance. C’était sans doute ce qu’espéraient Jacques Chirac en 1975 et Pierre Mauroy en 1981 mais cela n’a pas fonctionné, la croissance n’est pas revenue et les rentrées fiscales non plus. On aurait pu arrêter les frais ici mais on ne l’a pas fait ; on a continué, année après année, a voter déficit budgétaire sur déficit budgétaire. Ce qui nous amène à la deuxième explication.

Le clientélisme politique. Ici nous ne sommes plus dans l’école keynésienne mais dans cette des « choix publics », une branche de l’économie qui s’intéresse au comportement de l’homo politicus dans son milieu naturel. Comprenons-nous bien : l’État et le gouvernement sont des organisations sociales qui, en tant que telles, sont composées d’individus de chair et de sang. Ces individus pensent, raisonnent et agissent. « Seuls les individus pensent. Seuls les individus raisonnent. Seuls les individus agissent.[2] » C’est là une des grandes erreurs de raisonnement que commentent souvent les apologistes de la toute puissance étatique : l’État n’est pas une abstraction, un concept ; l’État et tout au contraire une organisation tout ce qu’il y a de plus concret et cette organisation est composée de et dirigée par des individus – politiciens et hauts fonctionnaires – qui ne sont pas moins hommes et femmes que vous et moi. Autrement dit, si l’homme et un loup pour l’homme, le gouvernement est une meute de loups qui dispose d’une police et d’une armée.

Politiciens et hauts fonctionnaires ont, comme vous et moi, des objectifs personnels, des ambitions, des envies. On est bien sûr en droit d’espérer que ceux qui nous gouvernent, transcendés par l’importance de leur charge, soient plus sages et d’aspirations plus élevées que le commun de leurs sujets. Mais nos espoirs n’ont que peu d’influence sur la réalité et il est pour le moins probable que nos politiciens cherchent prioritairement à être réélus comme nos hauts fonctionnaires cherchent à défendre leurs prérogatives. Une des formes que peut prendre le clientélisme politique consiste à distribuer des subsides publics à une partie de la clientèle électorale tout en évitant de trop taxer l’autre partie ; c’est-à-dire – pardon pour cette brutalité – qu’on endette l’État pour acheter des voix ; qu’on se dit qu’on remboursera plus tard ; qu’on envisage même que c’est un moyen subtil de s’attirer la faveur des électeurs tout en plombant d’avance ses adversaires politiques lors de la prochaine alternance.

Bref, nos dirigeants ont volontairement endetté l’État et pour ce faire, ils sont allés chercher de l’argent dans les banques [3] mais aussi sur les marchés financiers ; c'est-à-dire en émettant des obligations, des titres de créance négociables, destinés à être achetés par toute une variété d’investisseurs français ou étrangers qui deviennent, de fait, les créanciers de notre État. Il est important ce comprendre que, quand un investisseurs qui dispose d’une capacité d’épargne décide de prêter de l’argent à l’État français plutôt que d’investir dans des actions (par exemple), il le fait parce que prêter à un l’État souverain d’un pays développé, en général, c’est peu risqué. En principe, l’État est toujours, dans une économie donnée, le débiteur le plus sûr. Il y a une raison très simple à cela : si l’État manque d’argent, il peut toujours lever des impôts pour rembourser sa dette ; il dispose, c’est sa nature même, du monopole de la contrainte. Et comme l’État est un débiteur très sûr, il peut s’endetter pour moins cher que n’importe lequel de ses contribuables [4].

Il n’en reste pas moins qu’un État très endetté peu, lui aussi, faire faillite et ne pas rembourser sa dette (après avoir saigné à blanc l’économie de son pays). Pour l’investisseur, c’est une perte sèche – rappelez-vous des emprunts russes – qu’il souhaite naturellement éviter. Ainsi, lorsque les nouvelles sur la santé financière d’un État sont mauvaises, beaucoup d’investisseurs cherchent à vendre leurs obligations à des investisseurs qui sont prêts à prendre le risque en contrepartie d’une décote sur le prix de l’obligation. Ainsi le prix de l’obligation baisse et donc, son taux augmente [5]. Evidement, les caisses de retraite, compagnies d’assurance et autres investisseurs dits institutionnels qui financent nos États souhaitent éviter de se retrouver dans une telle situation ; c’est l’origine du métier d’agence de notation : des entreprises spécialisées qui proposaient à leurs clients une analyse de la solidité financière de leurs débiteurs [6]. C’est ce que fait Moody’s en prévenant les investisseurs qu’elle envisage de dégrader la note de la France – le fameux Aaa : elle fait son métier. Il n’y a là aucune malice, ni aucune volonté de dicter nos choix politiques ; si nous voulons cesser de payer nos dettes, nous pouvons le faire – Moody’s, combien de divisions ? – les seuls risques de la manœuvre étant que beaucoup de créanciers de l’État français sont eux-mêmes français (et une bonne partie d’entre eux ne le savent même pas) et qu’après avoir fait défaut, il devient très difficile – sinon impossible – de convaincre qui que ce soit de nous prêter ne serait-ce qu’un centime.

En conclusion, Élisabeth estime que nous pouvons envoyer balader les agences et les marchés financiers « parce qu’après tout les citoyens de France sont encore assez riches pour prêter à leur État. » J’aimerais vous inviter à réfléchir à cette proposition. Que signifie-t-elle ? Bien sûr, on est en droit d’estimer qu’il existe chez nous une épargne suffisante pour pourvoir aux besoins de financement de l’appareil étatique [7] mais pourquoi nos concitoyens prendraient-ils le risque de prêter de l’argent à un débiteur surendetté ou, plus précisément, pourquoi accepteraient-ils de le faire à des conditions différentes de ce qu’accepterait un allemand, un chinois ou un australien ? On peut bien sûr espérer qu’un sursaut de patriotisme amène les français à passer outre les risques inhérents à un tel prêt – c’est possible mais je ne crois pas que ce soit vraiment l’idée qu’Élisabeth ébauche dans son article. Je crois moi, que c’est XP qui a raison [8] ; que les créanciers français ont un immense avantage par rapport à leurs homologues étrangers : ils sont « à portée de rafles et de canons. »

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[1] Etant entendu qu’on se refuse à utiliser la planche à billet pour financer la dépense publique.
[2] Ludwig von Mises, « Socialism: An Economic and Sociological Analysis » (1922), deuxième partie, section 1, chapitre 5.
[3] Notamment en instaurant une réglementation qui incite fortement les institutions bancaires à concourir aux besoins de financement publics.
[4] Il y a eut quelques contre-exemples mais c’est extrêmement rare.
[5] Pour l’État, à ce stade, ca ne change rien : il continue à payer les intérêts prévus à l’émission de l’obligation. Le taux augmente parce que le prix de l’obligation baisse. En revanche, si l’État souhaite émettre une nouvelle obligation, c’est ce nouveau taux de marché qui s’imposera à lui.
[6] Les choses, depuis, ont bien changé – voir « Le surprenant pouvoir des agences de notation ».
[7] Quoique notre système de retraite par répartition nous prive justement d’une capacité de financement « nationale ».
[8] « Élisabeth Lévy ne sait pas jouer », XP (20/10/2011).

L’UE libre-échangiste… est une économie fermée

Un moyen pratique de mesurer le degré d’ouverture d’une économie aux échanges internationaux consiste à mesure la somme de ses échanges extérieurs (importations + exportations) et de ramener le total à son PIB. Appelons cela le taux d’ouverture (O). Voici les résultats pour les 27 pays de l’Union Européenne [1] :

XMPIBO
Belgique310.9294.5354.4170.9%
Bulgarie15.619.236.096.4%
R. tchèque100.295.2149.3130.9%
Danemark73.764.0234.058.8%
Allemagne957.1804.72 476.871.1%
Estonie8.89.214.3125.8%
Irlande88.145.3156.085.5%
Grèce16.147.7227.328.1%
Espagne185.3237.11 062.639.8%
France392.7456.91 932.844.0%
Italie337.6365.01 548.845.4%
Chypre1.16.417.343.1%
Lettonie7.28.718.088.5%
Lituanie15.717.727.5121.2%
Luxembourg14.818.140.381.7%
Hongrie72.066.597.1142.6%
Malte1.93.26.282.0%
Pays-Bas432.5389.9588.4139.8%
Autriche114.9119.8286.282.0%
Pologne117.5131.0354.370.1%
Portugal36.857.1172.854.3%
Roumanie37.346.8121.968.9%
Slovénie22.222.735.4126.7%
Slovaquie49.350.265.9151.0%
Finlande52.551.7180.357.8%
Suède119.4112.2346.966.8%
Roy-Uni306.0422.51 700.142.8%
UE273 887.23 963.012 257.564.0%

Dans ce tableau, on constate par exemple qu’en 2010, la France a exporté pour 392,7 milliards d’euros et importé pour 456,9 – soit un déficit de la balance commerciale de 64,2 milliards. Rapportée à notre PIB la somme de nos exportations et de nos importations donne donc un taux d’ouverture (O) de 44% ; c'est-à-dire que notre économie est relativement fermée par rapport à celle de nos voisins puisque nous sommes 23ème sur 27.

En sommant les exportations et les importations des 27 et en ramenant le total obtenu au PIB de l’union, on trouve un taux d’ouverture de 64%. Mais bien sûr, ce calcul est faux puisque la plupart de ces pays échangent massivement entre eux. On peut donc refaire ce calcul en ignorant les échanges intra-communautaires de la même manière que la comptabilité nationale ne tient pas compte des échanges entre les différentes régions de France ; en somme, on considère l’UE27 comme un seul et même pays. Voici les résultats :

X*M*PIBO*
Belgique83.588.3354.448.5%
Bulgarie6.17.936.038.9%
R. tchèque16.024.0149.326.8%
Danemark25.118.8234.018.8%
Allemagne378.9292.42 476.827.1%
Estonie2.81.914.332.3%
Irlande36.814.9156.033.1%
Grèce6.123.4227.313.0%
Espagne59.7100.51 062.615.1%
France153.8144.91 932.815.5%
Italie144.3164.61 548.819.9%
Chypre0.41.917.313.3%
Lettonie2.42.118.024.9%
Lituanie6.17.727.550.0%
Luxembourg2.43.440.314.2%
Hongrie16.521.597.139.1%
Malte1.11.16.236.4%
Pays-Bas99.4208.0588.452.2%
Autriche33.127.0286.221.0%
Pologne25.239.2354.318.2%
Portugal9.213.8172.813.3%
Roumanie10.412.8121.919.0%
Slovénie6.47.335.438.6%
Slovaquie7.613.865.932.4%
Finlande23.518.5180.323.3%
Suède51.036.9346.925.4%
Roy-Uni141.1205.31 700.120.4%
EU271 348.81 501.812 257.523.3%

Si l’UE était un pays, sont taux d’ouverture ne serait que de 23,3%. En réalité, tous les pays de l’union – sans aucune exception (même le Royaume-Uni) – commercent plus entre eux qu’avec le reste du monde. En France, par exemple, 68,3% de nos importations proviennent de nos voisins tandis que 60,8% de nos exportations sont vendues quelque part dans l’union. Si l’UE est donc effectivement libre-échangiste au sens où elle pratique peu le protectionnisme, elle n’en est pas pour autant une économie très ouverte. Voici quelques éléments de comparaison :

X*M*PIBO*
EU271 348.81 501.812 257.523.3%
États-Unis963.31 483.410 957.622.3%
Japon580.7522.54 122.326.8%
Suisse147.4132.7398.970.2%

Comme vous pouvez le constater, nous sommes à peine plus ouverts que les Etats-Unis ; le Japon, malgré sa réputation protectionniste [2], est finalement plus ouvert que l’économie de l’UE et nos voisins libre-échangistes suisses, sans surprise, affichent un taux d’ouverture de 70%.

Pourtant l’UE est bel et bien libre échangiste en interne comme vis-à-vis de l’extérieur. Sur la base du Trade Freedom index [3], les pays de l’UE obtiennent un score de 87,6 (sauf la Grèce, Chypre et la France qui n’ont que 82,6 pour cause de barrière non-tarifaires) alors que les Etats-Unis s’adjugent un 86,4 tout à fait honorable [4] ; bref, on l’a déjà dit plus haut : l’UE n’est pas protectionniste. Mais alors pourquoi l’UE et les Etats-Unis, champions du libre-échange, ne sont-ils pas plus ouverts sur le reste du monde ? Eh bien la raison est extrêmement simple : la taille. Ce sont de très grandes économies qui disposent, sur leurs territoires respectifs, de ressources et de débouchés immenses et n’ont donc pas nécessairement besoin d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte.

Ça peut sembler surprenant mais c’est bien la réalité de ce monde. Des champions historiques du libre-échange comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni sont aussi de grandes économies qui peuvent se permettre un certain degré d’autosuffisance : pourquoi importer des marchandises depuis l’autre bout du monde alors qu’on a ce qu’il faut sous la main et pourquoi aller chercher des débouchés aux antipodes quand vos voisins comptent parmi les gens les plus riches sur terre. A l’opposé, pour nos voisins suisses ou icelandais, l’ouverture sur le monde est tout simplement vitale… et sans surprise leurs Trade Freedom indices s’en ressentent.

Si vous êtes l’UE, les Etats-Unis, la Chine, ou l’ex-URSS [5], le protectionnisme n’est certainement pas une bonne idée mais c’est au moins possible au prix d’une réduction sensible de votre niveau de vie. Si vous n’êtes aucun de ceux là, alors le protectionnisme n’est tout simplement pas une option : tôt ou tard, vous manquerez de ressources et de débouchés et votre économie se contractera en conséquence. A moins, bien sûr, d’annexer quelques pays voisins.

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[1] Données Eurostat pour l’année 2010, en milliards d’euros. Avec X les exportations, M les importations et PIB le Produit Intérieur Brut.
[2] Elle est sans doute très exagérée – le Japon n’est probablement pas plus protectionniste que nous ; il faut sans doute y voir un effet d’image du à leur tarif douanier sur le riz, 778%, le plus élevé du monde.
[3] Le Trade Freedom index de la fondation Heritage, données 2011.
[4] Si on exclue la Corée du nord, les notes s’étalent entre 33,4 (les Seychelles) et 90 (la Suisse) avec une moyenne à 75 et une médiane à 77.
[5] Il semble que les ex-républiques soviétiques soient en train de préparer un accord de libre-échange entre elles.

Made (en partie) in China

« Alors que les biens étiquetés ‘Made in China’ ne représentent que 2,7% des dépenses des consommateurs américains, seulement 1,2% reflète réellement le coût des marchandises importées. Ainsi, en moyenne, sur chaque dollar dépensé sur un article étiqueté ‘Made in China’, 55 cents vont aux services produits aux États-Unis. En d'autres termes, le contenu américain du ‘Made in China’ est d'environ 55%. Le fait que le contenu américain de produits chinois est beaucoup plus élevé que pour les importations dans son ensemble est principalement dû à des marges plus élevées au détail et en gros sur l'électronique grand public et les vêtements que sur la plupart des autres biens et services. »

-- The U.S. Content of “Made in China”, Galina Hale et Bart Hobijn sur le site de la Fed de San Francisco.

Yuans, euros et artifices artificiels

Au moment où j’écris ces lignes le yuan chinois [1] vaut environ 11,5 centimes d’euros. Or, si j’en crois les analyses d’un grand nombre de commentateurs, il semble que la monnaie de l’empire du milieu soit artificiellement sous-évaluée – on parle fréquemment de 30% ; c'est-à-dire que le yuan ne devrait pas valoir 11,5 centimes d’euros mais 16,5 centimes d’euros. L’idée que défendent ceux qui soutiennent la thèse d’une sous-évaluation du yuan (et donc d’une surévaluation de l’euro) c’est que le gouvernement chinois pratique une dévaluation compétitive c'est-à-dire qu’il cherche à doper ses exportations en faisant baisser la valeur de sa monnaie.

Je ne doute pas un instant que mes lecteurs connaissent ces choses mais un bref rappel ne peut faire de mal à personne : avec un yuan à 11,5 centimes d’euros, un produit qui sort de l’usine à 1 000 yuans peut être vendu 115 euros tandis qu’avec une parité à 16,5 centimes, ce même produit vaudra 165 euros. En d’autres termes, pour les entreprises exportatrices chinoises, plus la valeur du yuan exprimé en euros est faible, plus leurs produits sont compétitifs à l’export. Bien entendu, le corollaire de ce principe est aussi vrai : un produit vendu chez nous à 100 euros vaut 868 yuans avec une parité de 11,5 centimes d’euros pour un yuan et ne vaudrait plus que 607 yuans avec une parité de 16,5 centimes – dès lors, nos entreprises exportatrices deviendraient mécaniquement beaucoup plus compétitives sur le marché chinois.

L’idée selon laquelle Pékin aurait pu se livrer à ce petit jeu est tout sauf absurde. Le caractère autocratique du gouvernement chinois, les tensions inflationnistes et l’accumulation d’emprunts d’Etat américains et européens plaident tous en faveur de cette thèse. En revanche, chiffrer l’ampleur du phénomène me semble pour le moins hasardeux : le yuan comme l’euro sont les produits d’un système de planification monétaire – celui des banques centrales – qui, comme tout système planifié, ne permet pas de réaliser ce genre de calculs. Reste que l’accusation est plausible, admettons donc par hypothèse que le chiffre de 30% soit le bon.

Si c’est effectivement le cas, cela signifie d’une part que le gouvernement chinois soutient artificiellement les entreprises exportatrices chinoises mais cela signifie aussi, comme nous l’avons vu plus haut, qu’il pénalise artificiellement les entreprises et les particuliers chinois qui importent des produits. De fait, cette politique revient à faire financer au peuple chinois la compétitivité des entreprises exportatrices chinoises au travers d’une perte de pouvoir d’achat. De la même manière, Pékin pourrait obtenir le même résultat en utilisant le politique fiscale plutôt que la politique monétaire : il suffirait d’augmenter les impôts qui pèsent sur la population chinoise et d’en redistribuer le produit aux entreprises exportatrices afin qu’elles puissent vendre moins cher. Ce serait strictement équivalent [2] : les entreprises de l’empire du milieu exporteraient plus qu’elles ne l’auraient fait sans cette politique et ce sont les citoyens chinois, au travers d’une baisse de leur pouvoir d’achat, qui financeraient l’opération.

Qu’on utilise la politique monétaire ou la politique fiscale le résultat est le même : le gouvernement chinois a mis en place une politique qui consiste à faire financer une hausse de notre pouvoir d’achat (nous payons les produits « made in China » moins chers) par une baisse du pouvoir d’achat de sa propre population (ils payent leurs importations plus chères). C'est-à-dire que, aussi incroyable que cela puisse paraître, les chinois sont en train de subventionner nos niveaux de vie. Vous pensez que j’exagère ? Poussez simplement le raisonnement : que ce passerait-il si Pékin devait décider de subventionner ses exportations non pas de 30% mais de 100% ? C'est-à-dire que la Chine inonderait littéralement nos marchés occidentaux de produits gratuits [3]. Pensez-vous que les chinois s’enrichiraient à nos dépens ?

Et pendant ce temps, M. Dassault n’en finit plus de pester contre la « surévaluation de l’euro » qui, selon lui, explique pourquoi son Rafale [4] ne se vend pas à l’étranger. Je n’ai pas la prétention d’être un spécialiste du marché hautement politisé des avions de combat mais il y a en revanche une chose que je sais : quand M. Dassault réclame que la Banque Centrale Européenne laisse filer la valeur de notre monnaie, ce qu’il demande en réalité c’est que vous et moi subventionnions son chiffre d’affaires et ses bénéfices par une baisse de notre pouvoir d’achat. Forts de cette simple constatation de bon sens, vous devriez maintenant gouter toute l’ironie du discours politique.

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[1] les esthètes me pardonneront d’utiliser le nom de l’unité de compte (le yuan) en lieu et place du nom de la monnaie (le Renminbi).
[2] Bien que plus compliqué à mettre en œuvre et plus visible sur la scène internationale.
[3] Celle-ci je la dois à Frédéric Bastiat : Égaliser les conditions de production dans la première partie des Sophismes Économiques (1845).
[4] Programme qui, sur la base de 286 avions, devrait finalement coûter 40,690 milliards d’euros aux contribuables français…

Publié sur 24hgold.com le 18 octobre 2011.

Importations « made in China » : 1,9% du PIB

En 2010, nous avons importé pour 37,6 milliards d’euros de biens depuis la Chine [1]. Sur un total de 443,7 milliards, nos importations de produits « made in China » [2] ne pesaient que 8,5% de nos importations de marchandises ; à titre de comparaison, nos importations en provenance de la zone Euro (EA16) atteignaient 220,8 milliards (49,8% du total) dont 78,9 milliard de produit allemands (17,8%). Au total, ces importations de produits chinois ne pesaient que 1,9% du PIB – c’est-à-dire de la quantité de richesses créée en France au cours de l’année.

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[1] Chiffres de la Banque de France, Hong-Kong inclus.
[2] Ce terme est trompeur, un produit « made in China » n’est qu’assemblé en Chine ; ça ne préjuge pas d’où viennent les composants ni où va la valeur ajoutée.

Taux d'ouverture dans la zone Euro

Il est de bon ton, ces dernières années, d’affirmer que l’euro et la politique libre-échangiste de l’Union Européenne sont la source de tous nos malheurs. De cette proposition, on peut déduire raisonnablement que (i) tous les pays de la zone Euro doivent donc connaître des difficultés analogues aux notre (dette publique, chômage…) et (ii) plus un pays est ouvert aux échanges internationaux et en particulier aux importations, plus sa situation doit être alarmante.

Sur la base des données d’Eurostat pour l’année 2010, voici un petit tableau qui résume, pour les différents pays de la zone Euro (EA16), le taux d’ouverture - (X+M)/PIB – de leurs économies respectives [1], le solde de leurs balances commerciales rapporté à leurs PIBs - (X-M)/PIB – et le montant total de leurs importations en proportion de leurs PIBs – M/PIB.

(X+M)/PIB(X-M)/PIBM/PIB
Allemagne71.16.232.5
Autriche82.0-1.741.8
Belgique170.94.683.1
Chypre43.1-30.837.0
Espagne39.8-4.922.3
Finlande57.80.528.7
France44.0-3.323.6
Grèce28.1-13.921.0
Irlande85.527.529.0
Italie45.4-1.823.6
Luxembourg81.7-8.244.9
Malte82.0-20.251.1
Pays-Bas139.87.266.3
Portugal54.3-11.733.0
Slovaquie151.0-1.476.2
Slovénie126.7-1.364.0
EA1633.6-0.116.9

Quelques petites observations :

En matière d’ouverture de son économie au commerce international, la France est 13ème sur 16 avec un taux de 44% ; seules les économies chypriote (43,1%), espagnole (39,8%) et grecque (28,1%) sont plus fermées que la notre.

Les PIIGs sont parmi les économies les moins ouvertes de la zone Euro. Toutes sont moins ouvertes que la moyenne de la zone Euro (81,5%) à l’exception de l’Irlande (85,5%). On notera cependant que l’Irlande affiche un excédent de sa balance commerciale de 27,5% (record absolu de la zone Euro) tout en traînant un taux de chômage de 14,4% (le 3ème après l’Espagne et la Grèce) [2].

Les Pays-Bas (139,8%), l’Autriche (82%) ou l’Allemagne (71,1%) sont beaucoup plus ouverts que nous et pourtant ne semblent pas connaître de difficultés financières particulières et affichent des taux de chômages nettement inférieurs (respectivement 4,1%, 3,9% et 6,1%) au notre (9,8%).

Si c’est un problème lié aux importations, comment expliquer que l’Autriche et les Pays-Bas, qui importent proportionnellement beaucoup plus que nous, affichent les taux de chômage les plus bas de la zone tandis que l’Espagne et la Grèce, qui importent moins que nous, affiche les taux le plus élevés de la zone ?

En résumé, je joins ci-dessous un tableau de comparaison des taux d’ouverture 2010 et du taux de chômage harmonisé en juin 2011.

(X+M)/PIBTx. Chôm.
Grèce28.116.7
Espagne39.821
Chypre43.17
France449.8
Italie45.48
Portugal54.312.5
Finlande57.87.8
Allemagne71.16.1
Luxembourg81.74.6
Autriche823.9
Malte826.7
Irlande85.514.4
Slovénie126.77.9
Pays-Bas139.84.1
Slovaquie15113.3
Belgique170.97
EA1633.610

No comment...

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[1] Le taux d’ouverture étant définit comme la somme des exportations (X) et des importations (M) en valeurs absolues ramenée au PIB.
[2] Taux de chômage harmonisés en juin 2011 selon Eurostat.

Monsieur le Sénateur,

Selon le site du Sénat, l’indemnité parlementaire perçue par un sénateur s’élève à 7 100,15 euros bruts par mois (5 405,76 euros nets) [1] auxquels peuvent se rajouter jusqu’à 2 757,34 euros nets au titre de leurs mandats locaux. Les sénateurs perçoivent également 6 240,18 euros nets par mois au titre de l’Indemnité Représentative de Frais de Mandat (IRFM) destinée à couvrir les frais inhérents à l'exercice de leur fonction [2]. L’IRFM n’est pas soumise à l’impôt sur le revenu. Les sénateurs disposent également d’une enveloppe mensuelle de 7 548,10 euros afin de rémunérer leurs assistants [3]. Par ailleurs, les sénateurs bénéficient de régimes de protection sociale et de retraite particulièrement généreux [4] et largement financé par le Sénat lui-même – c'est-à-dire par les contribuables. Enfin, les membres de la Haute Assemblée disposent d’un certain nombre de commodités – restaurant, salon de coiffure, kiosque à journaux, prêts immobiliers – dont les tarifs n’ont rigoureusement rien à voir avec ceux pratiqués à l’extérieur de l’enceinte du Palais du Luxembourg.

Un certain nombre d’éléments mis en lumière par le site Médiapart, laissent à penser qu’au-delà de ces rémunérations directes et indirectes plus que confortables, nos sénateurs jouiraient également de quelques avantages complémentaires qui ne sont pas portés à la connaissance des citoyens.

En particulier :

Selon Médiapart, les rémunérations des membres du cabinet de Monsieur Gérard Larcher s’étaleraient entre 8 500 et 19 000 euros. Au total, les dépenses de personnel de Monsieur Larcher se seraient s’établies en 2010 à 2 826 610 euros ; soit 26% d’augmentation par rapport à celles de son prédécesseur.

En outre, 48 sénateurs bénéficieraient d’indemnités complémentaires pour une enveloppe totale de 1,15 millions d’euros par an ; en particulier, 8 vice-présidents du Sénat et 17 patrons de commission, présidents de groupe politique ou rapporteurs généraux toucheraient ainsi une rallonge de 2 080 euros par mois et 3 présidents de délégations obtiendraient un supplément de 1 930 euros.

Il semble également que les Messieurs René Garrec, Gérard Dériot et Jean-Marc Pastor disposent d’un logement de fonction, d’une indemnité complémentaire de 5 170 euros bruts par mois et d’une rallonge d’IRFM de 11 600 euros par mois. Si ces faits sont exacts, les rémunérations de ces sénateurs seraient de l’ordre de 12 270 euros bruts par mois et leurs enveloppes d’IRFM atteindraient 11 148 euros par mois.

Médiapart évoque enfin plusieurs factures d’un montant total de 2 492 euros transmises par Jean-Marc Pastor à la trésorerie du Sénat qui auraient été éditées par un restaurant géré par la fille de Monsieur Pastor et dont Monsieur Pastor serait lui-même actionnaire. Pris sur le fait, le sénateur incriminé aurait, par ailleurs, produit un faux communiqué de soutien du président du Sénat.

Enfin et comme si cet étalage n’était pas suffisant, on a apprit cet été que la Haute Assemblée avait déposé une plainte pour « vol et abus de confiance » contre les responsables des fuites ; l’enquête a été confiée à la Brigade de répression de la délinquance astucieuse (BRDA).

Le comportement de ceux qui prétendent « moraliser le capitalisme » laisse songeur.

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[1] A l’exception du Président du Sénat qui touche 7 270,55 euros supplémentaires au titre de sa fonction.
[2] Sachant que chaque sénateur dispose d’un bureau au Palais du Luxembourg ou dans une de ses dépendances et que l’équipement informatique, les communications, l’essentiel des frais de transport et les frais de logement lorsque l’assemblée siège sont pris en charge par le Sénat.
[3] Soit 3 salariés à temps plein à 2 516,03 bruts par mois ou 6 salariés à temps partiel.
[4] Michel Charasse, actuellement au Conseil constitutionnel, touche par exemple 13 210 euros brut par mois au titre de sa retraite d’ancien sénateur.

Via le parisien libéral.

Colbert et la « grandeur de la France »

Les partisans du protectionnisme se placent volontiers sous le patronage de Colbert ; vantant à quel point l’illustre homme d’Etat avait enrichit le royaume. Dans son « Projet d'une dixme royale », Vauban nous offre une vision quelque peu différente de la France une vingtaine d’années après Colbert.

« Par toutes les recherches que j’ay pû faire, depuis plusieurs années que je m’y applique, j’ay fort bien remarqué que dans ces derniers temps, prés de la dixiéme partie du peuple est réduite à la mandicité, et mandie effectivement ; que des neuf autres parties, il y en a cinq qui ne sont pas en état de faire l'aumône à celle-là, parce qu’eux-mêmes sont réduits, à trés-peu de chose prés, à cette malheureuse condition ; que des quatre autres parties qui restent, les trois sont fort mal-aisées, et embarassées de dettes et de procés ; et que dans la dixiéme, où je mets tous les gens d’épée, de robbe, ecclesiastiques et laïques, toute la noblesse haute, la noblesse distinguée, et les gens en charge militaire et civile, les bons marchands, les bourgeois rentez et les plus accommodez, on ne peut pas compter sur cent mille familles ; et je ne croirois pas mentir, quand je dirois qu’il n’y en a pas dix mille petites ou grandes, qu’on puisse dire être fort à leur aise ; et qui en ôteroit les gens d’affaires, leurs alliez et adherans couverts et découverts, et ceux que le roy soûtient par ses bienfaits, quelques marchands, etc. Je m’assure, que le reste seroit en petit nombre. »

L’éternel travers socialiste qui tend à confondre la Société et l’Etat est d’autant plus grotesque quand l’Etat est le domaine privé du roi. En revanche, Colbert fût un excellent banquier privé.

Citation du samedi soir

"C'est une erreur de penser que les pauvres bénéficient de l’Etat-providence. C’est une fraude totale. La plupart des subsides vont aux riches de ce pays : le complexe militaro-industriel, les banquiers, les dictateurs étrangers, c'est totalement hors de contrôle. [...] Cette idée qui veut que le gouvernement possède des services ou des biens qu'il peut transmettre est une farce complète. Les gouvernements n'ont rien. Ils ne peuvent rien créer et ne l'ont jamais fait. Tout ce qu'ils peuvent faire c’est voler un groupe et donner à un autre en détruisant les principes de la liberté, et nous devons contester ce concept."

-- Ron Paul, via Article IV

Quelques liens...

Lettre ouverte à Arnaud Montebourg, aux protectionnistes et aux dirigistes de tous bords, Alain Madelin sur son blog.

Démondialisation : le nouveau nom du protectionnisme, Bertrand Nouel et Philippe François sur le site de l'iFRAP.

Il faut remettre en question les limites de vitesse, Pascal Salin sur Le Cercle / Les Echos.

Deux vidéos qui méritent le détour : Episode 1: Economic Freedom & Quality of Life et Episode 2: Economic Freedom in America Today.

The Cost of the War on Drug, une petite vidéo de la Foundation for Economic Education (www.fee.org).

De Thorez à Hessel (Le gène stalinien de la gauche française) par Luc Rosenzweig sur Causeur.fr (abonnés uniquement).

Serviteur de l’Etat par XP sur I like your style.

Check My! Metro via le parisien libéral.

L’affaire Dexia, symbole de l’incompétence des "élites" dirigeantes par Vincent Benard sur ObjectifEco.com.

Coup de grisou à Zurich

Le 6 septembre dernier, la Banque Nationale Suisse provoquait une petite panique sur le marché des changes en fixant le cours plancher du franc suisse face à l’euro à 83,3 centimes d’euros pour un franc suisse. Alors que le franc suisse s’échangeait à 90 centimes d’euros le 5 septembre, il ne valait plus que 83,1 centimes le lendemain ; une chute de 7,7% dans la journée – autant dire un petit cataclysme. La banque centrale suisse s’est montrée très claire : « elle ne tolérera plus de cours inférieur à 1,20 franc pour un euro [1], fera prévaloir ce cours plancher avec toute la détermination requise et prête à acheter des devises en quantité illimitée. » Quelle mouche a donc bien pu piquer nos voisins helvètes qui brillent pourtant d’habitude par leur calme, leur courtoisie et leur modération en toutes choses ?

Un petit retour en arrière s’impose. Depuis bien longtemps la BNS a la réputation de gérer le franc suisse avec une rigueur toute germanique et cette réputation est loin d’être usurpée. Et comme, par ailleurs, la confédération helvétique brille par son endettement tout ce qu’il y a de plus raisonnable (38,8% du PIB en 2010 à comparer avec nos 82,4%) ; cette réputation est aussi très crédible [2]. Ainsi donc le franc suisse bénéficie d’une solide réputation dans le monde entier – précisément, l’homme averti sait aussi que la monnaie de BNS préserve sa valeur dans le temps. En conséquence de quoi, quand nos planificateurs monétaires [3] se livrent à de petites expériences de « fiat monnaie » en imprimant des montagnes d’euros ou de dollars dans un effort désespéré pour nous amener à nous endetter de nouveau, l’homme averti, lui, achète du franc suisse (ou de l’or).

Or voilà, il ne vous aura pas échappé que la petite expérience de fiat monnaie en cours depuis 2008 relève du cas d’école [4]. Très logiquement, alors que Ben « Helicopter » Bernanke et Jean-Claude Trichet inondent leurs systèmes bancaires respectifs de liquidités fraichement imprimées, les hommes avertis se sont rués sur le franc suisse comme la misère sur le bas-clergé. Résultat : la monnaie helvétique qui s’échangeait aux alentour de 63 centimes d’euros lorsque Lehmann Brother nous jouait son remake du Titanic s’est offert un plus haut à plus de 95 centimes d’euros au milieu du mois d’août – 51% de hausse en un peu moins de trois ans dont pratiquement 16% rien qu’entre avril et août de cette année ; home run !

Mais la BNS n’a pas du tout apprécié l’enthousiasme que provoquait sa saine gestion [5] et s’est empressée d’intervenir massivement sur le marché des changes pour faire baisser la valeur du franc suisse ; d’où cette journée du 6 septembre. Pourquoi ? Eh bien gageons qu’un certain nombre d’industriels suisses ont passé des coups de fils à un certain nombre de politiciens suisses pour leur expliquer que le niveau élevé du franc suisse leur posait de véritables problèmes de compétitivité à l’export et donc, de sérieuses irritations au niveau du compte de résultats. Les appels se faisant de plus en plus pressants, on imagine qu’ils ont étés relayés diligemment par les politiciens suisses auprès des autorités compétentes et officiellement indépendantes : la BNS.

Seulement voilà, une monnaie qui s’apprécie, ça n’a pas que des désavantages. Typiquement, quand vous êtes un petit suisse du peuple, ça augmente votre pouvoir d’achat sur les produits importés. Pour preuve, alors que le franc suisse s’envolait de 16% entre avril et août 2011, l’indice des prix à la consommation helvète baissait – oui, j’ai bien dit baissait ; c’est une petite déflation – de 1,4%. C'est-à-dire qu’en payant leurs importations moins chères, nos amis suisses s’étaient tous enrichis de 1,4% en 4 mois. Mais voilà une grande vérité de ce monde : le vulgus pecum n’a jamais rien compris à ces manipulations monétaires et il suffit de lui expliquer que c’est pour « protéger les emplois suisses » et il trouve ça absolument formidable, citoyen et responsable. Bien sûr, ce n’est pas la direction générale du groupe Nestlé qui va lui dire le contraire.

Cette petite anecdote devrait nous permettre de comprendre comment il est possible que Jean-Luc Mélenchon et Serge Dassault réclament en même temps une dévaluation de l’euro : Le premier est une brute imbécile, le second est un truand rusé et si ce pays comptait un peu plus d’hommes avertis, nous prendrions soin de ne surtout pas les écouter.

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[1] Soit 83,3 centimes d’euro pour un franc suisse.
[2] Si vous avez raté les épisodes précédents, c’est par ici.
[3] Un autre nom pour « banquiers centraux ».
[4] Voir par ici.
[5] Bien que, pour être tout à fait juste, c’est plutôt un mouvement de fuite face aux expériences de la BCE et de la Fed.

Dexia, escroquerie en bande organisée

Nous nous acheminons donc vers une nationalisation de la banque franco-belge Dexia, le « partenaire des collectivités locales » et la création d’une « bad bank » dans la plus pure tradition du consortium de réalisation du Crédit Lyonnais.

Que cette banque ait été mal gérée, c’est l’évidence même. De notoriété publique, la direction franco-belge n’a jamais fonctionné, la politique expansionniste de Dexia – notamment l’acquisition de la Financial Security Assurance en 2000 – n’est pas sans rappeler la folie des grandeurs d’un Jean-Marie Messier grande époque et la direction de cette banque s’est même débrouillée pour perdre 86 millions d’euros dans l’affaire Madoff. Enfin, il y a bien sûr le dossier des « emprunts toxiques » que la banque vendait à sa principale base de clients, les collectivités locales, pour réduire le coût de leur endettement – notamment à l’approche d’échéances électorales. Tout ceci est probablement vrai à divers degrés [1] mais quelque soit la réalité des faits, il est une évidence que tous semblent ignorer superbement : les actionnaires majoritaires de Dexia, ce sont les pouvoirs publics belges et français.

Résultat de la fusion de la fusion du Crédit Communal de Belgique et du Crédit Local de France en 1996, Dexia a toujours été détenue majoritairement par les pouvoirs publics belges et français. L’Etat français, directement ou via la Caisse des Dépôts et Consignations et CNP Assurances détient 25,07% du capital de Dexia. Les participations de l’Etat fédéral belge, des régions belges et des villes belges représentent 25,5% du capital. Au total, c’est donc environ 50,6% du capital de Dexia qui est directement ou indirectement sous contrôle public ; le solde étant détenu par des groupes à statuts mutualistes ou coopératifs [2] plus ou moins affiliés aux pouvoirs publics (19.3%) et par le public y compris les salariés (29,9%). De fait, le choix des dirigeants du groupe a toujours fait l’objet d’une négociation entre l’Etat central français et l’Etat fédéral belge ; Jean-Luc Dehaene, président du conseil d'administration, est un ancien premier ministre belge et Pierre Mariani, président du comité de direction, est un proche de Nicolas Sarkozy.

Le résumé de cette histoire calamiteuse est aussi clair qu’il est symptomatique de l’état de notre capitalisme de connivence : les pouvoirs publics, soucieux de permettre à nos collectivités locales de s’endetter et accessoirement de distribuer quelques récompenses pour services rendus, ont créé une banque et ont fait appel à leurs sujets pour mieux la capitaliser. Banque qu’ils ont géré en dépit du bon sens de telle sorte que le prix de l’action s’est effondré d’un peu plus de 20 euros en 2006 à moins d’un euro à l’heure actuelle. Après avoir appelé les contribuables à la rescousse pour sauver ladite institution [3], ces mêmes pouvoirs publics sont en train de la « nationaliser » – c'est-à-dire de récupérer la part minoritaire du capital qu’ils ne possédaient pas déjà – après nous avoir assuré sur la base de leurs savants « stress tests » que « Dexia n’aurait pas besoin de fonds propres supplémentaires » [4]. Les créanciers, actionnaires et contribuables privés sont rincés ; les politiciens accusent la « crise du capitalisme » et estiment que l’Etat devrait être plus présent dans le capital des banques pour éviter que cela ne se reproduise.

Sur le dossier des « emprunts toxiques », la commune de Rosny-sur-Seine (Yvelines) attaque Dexia Crédit local en l’accusant d’« escroquerie en bande organisée ». Voilà un terme parfaitement approprié. Une escroquerie en bande organisée où la bande est constituée de nos élus locaux, les organisateurs sont nos gouvernements et les escroqués sont – comme d’habitude – leurs sujets dévoués et obéissants.

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[1] Les pleurnicheries de la mairie de Saint-Etienne qui veut nous faire croire qu’ils ont étés « forcés » de contracter un swap sterling/francs suisses relèvent soit de la mauvaise foi la plus achevée, soit d’une incompétence surréaliste.
[2] Le groupe ARCO et le groupe Ethias en Belgique ; le groupe Banques Populaires et le groupe Caisses d’Epargnes en France.
[3] Injection de capital de 6,4 milliards euros et garanties d’Etat en 2008 auxquels s’ajoutent les 3 milliards d’euros prêtés par la Banque postale début 2011.
[4] Communiqué de presse publié par Reuters le 23 juillet 2011.

Niveau de vie 1850-2011

En 1850, un maçon gagnait environ 2,3 francs par jour ; en une semaine de travail, il pouvait s’offrir – au choix – 5,3 kilos de beurre de table, 10,5 kilos de viande de bœuf, 26,1 kilos de pain ou 19,2 litres de vin rouge. En 2011, un salarié payé au Smic gagne 49,5 euros nets [1] par jour ; avec cette somme, en une semaine, il peut s’offrir 36.6 kilos de beurre de table (+600%), 11,6 kilos de viande de bœuf [2] (+11%), 72 kilos de pain [3] (+175%) ou 127,6 litres de vins rouge (+566%).

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[1] Soit près du double toutes charges comprises.
[2] Prix de la viande de bœuf de qualité moyenne en 1850 comparé à celui de nos entrecôtes actuelles.
[3] Prix du pain de froment de 1e qualité de 1850 comparé à celui de notre baguette actuelle.

L’enfant unique

De 1979 (date de mise en œuvre de la politique de l’enfant unique dans l’empire du milieu) à 2009, la population chinoise a augmenté de 37% ; en une génération, on est de toute évidence au-delà du seuil de renouvellement d’une population (2.05 enfants par femme au minimum). C’est encore un échec à mettre au débit des politiques constructivistes et ce, sans compter les nombreux effets aussi inattendus qu’indésirables qui ont découlé de cette politique imbécile.

Protéger qui et de quoi ?

Pendant très longtemps, les barrières douanières - c’est-à-dire les dispositifs qui consistent à taxer les produits ou les services qui traversent une frontière - furent de simples instruments fiscaux. C’était par exemple le cas dans la France de l’Ancien Régime où les barrières douanières étaient érigées à l’intérieur même du royaume [1] et aux États-Unis d’Amérique du XVIIIème où le gouvernement fédéral ne maîtrisait pas encore son territoire et avait trouvé plus simple d’installer ses agents fiscaux dans les ports de commerce [2]. Ce n’est que lorsque nos gouvernements se piquèrent d’organiser la vie économique de leurs sujets que les barrières douanières prirent une nouvelle dimension et devinrent un moyen de pénaliser les importations. D’un impôt destiné à alimenter le trésor public, les barrières douanières se muaient alors en instrument de politiques protectionnistes.

La distinction entre une politique fiscale et une politique protectionniste est très simple. Dans le premier cas, l’objectif du gouvernement est de maximiser ses rentrées fiscales ; son intérêt bien compris consiste donc à imposer des droits de douane raisonnables de manière à ne pas faire chuter le volume des importations. En revanche, si le gouvernement souhaite mettre en œuvre une politique protectionniste, il doit taxer les produits importés à un taux suffisamment élevé pour inciter ses sujets à consommer des produits locaux. La logique est ici en tout point semblable à celle des taxes qui pèsent sur le tabac ou l'alcool : si le gouvernement souhaite que nous réduisions notre consommation, il impose des taxes qui supplantent l’effet addictif de ces produits : il s’agit alors d’une politique paternaliste [3]. Si tel n’est pas le cas - c’est-à-dire que le niveau des taxes n’est pas suffisant pour faire baisser notre consommation - c’est que nous avons tout simplement affaire à une politique fiscale et que les préoccupations de santé publique ne sont qu’un prétexte.

A n’en point douter, le projet de « démondialisation » est bel et bien un projet protectionniste. En substance, il vise à instaurer des barrières douanières (aux frontières européennes ou françaises, peu importe) destinées à surcompenser les écarts de coûts de production entre un pays comme la France et - par exemple - la Chine. Dans la pratique, cela signifie qu’il faudra taxer les produits importés à un niveau tel que les consommateurs français auront matériellement intérêt à n’acheter que des produits fabriqués localement et de telle sorte que les entreprises qui souhaitent accéder à notre marché intérieur n’auront d’autre choix que de relocaliser leur production. Ce qui revient à dire que vous et moi subventionnerons par une perte de pouvoir d’achat, la relocalisation d’un certain nombre d’emplois. L’hypothèse protectionniste se résume donc à l’idée selon laquelle les pertes d’emplois provoquées par la baisse de notre pouvoir d’achat seront plus que compensées par les créations d’emplois liées aux relocalisations [4].

Il est très difficile de trancher sur cette question. Si vous y jetez un œil objectif, vous constaterez comme moi que si le protectionnisme créera certainement des emplois, il en détruira tout aussi certainement [5] et il est presque impossible de dire quel effet l’emportera sur l’autre. Aussi, plutôt que de rentrer dans un débat d’apothicaires qui ne fera pas avancer le débat d’un iota, je vous propose un reductio ad absurdum.

Si vous pensez que le protectionnisme se justifie par le fait que la Chine, en nous faisant une « concurrence déloyale », nous prive d’un certain nombre d’emplois, vous posez en réalité un principe général. Ce principe dit que la quantité d’emplois disponibles dans le monde est limitée et que, dans une économie de libre échange, les régions du monde où les salaires sont les moins élevés privent d’emplois les régions du monde où les salaires sont plus élevés. Dès lors, si la Chine nous « vole » nos emplois, la Grèce en fait tout autant dans une Europe libre-échangiste. C’est-à-dire qu’un projet de protectionnisme européen reviendrait à relocaliser « nos » emplois dans les pays européens à bas salaires. Si vous soutenez les thèses protectionnistes pour rapatrier des emplois en France, vous devez donc plaider pour un protectionnisme français.

Mais ce même principe implique que la région PACA « vole » des emplois à la région parisienne au même titre que le Mezzogiorno « vole » des emplois à la Lombardie et vous devriez donc plaider pour des politiques protectionnistes en Île de France comme dans le nord de l’Italie. De la même manière, au sein même de la région PACA, Aix-en-Provence devrait donc, selon vous, instaurer des barrières douanières pour taxer les produits en provenance de Marseille et ainsi de suite jusqu’à votre quartier, votre rue et votre immeuble où un voisin qui accepte de travailler pour moins cher que vous vous prive de « votre » emploi.

Alternativement, vous pouvez aussi vous demander si la mondialisation est vraiment le problème.

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[1] C’est le cas, par exemple, de l’octroi qui permettait à certaines municipalités d’alimenter leurs caisses en taxant les produits importés dans la ville.
[2] Allez donc taxer les revenus des cow-boys et des indiens du far-west...
[3] Comme son nom le suggère, une politique qui vous traite comme des enfants et confère à l’État le rôle de vous éduquer.
[4] Étant bien entendu qu’une véritable politique protectionniste ne générera pas les revenus fiscaux que vous auriez pu espérer utiliser pour créer des emplois publics.
[5] Entreprises d’import/export, ports de commerce, transporteurs routiers, marques de vêtements ou d’appareils électroménagers low cost, commerces spécialisés dans les mêmes produits, loisirs et autres activités qui seront nécessairement impactées par une baisse du pouvoir d’achat...

Publié sur 24hgold.com le 06 octobre 2011

On a les idoles qu'on peut…

Je viens de tomber sur cet article à propos de la disparition de Steve Jobs écrit par un petit pisse-copie subventionné de l’Huma qui n’a, reconnaissons-lui cet instant de lucidité, pas jugé utile de signer son œuvre. Le minable qui se fend de ce torchon nous rappelle donc que Jobs « n'a pas inventé le vaccin contre le Sida ou le paludisme, encore moins mis un terme à la fin [1] dans le monde » - contrairement aux journalistes de l’Huma dont la contribution au bien-être de l’humanité ne fait de doute pour personne. L’imbécile enchaîne en nous précisant que le génie de Jobs n’a profité qu’à« ceux qui peuvent se l'offrir » ; dont, certainement, le journaleux lui-même à moins – ô misère ! – que ses petits doigts boudinés ne tapent carrément sur un clavier de PC. Le même crétin se sent obligé de nous asséner que « Humanité.fr n'a pas vocation à faire la publicité » des produits de la firme de Cupertino (on hésite à lui rappeler qu’entre l’iPad et l’Huma, c’est plus le second qui aurait plutôt besoin de l’aide du premier) avant de nous infliger la diatribe anticapitaliste habituelle : Steve Jobs était un « Picsou » qui n’a fait que « capter tous les sous des utilisateurs comme des inventeurs d'application ». Bref, l’exception culturelle française dans toute sa splendeur.

Comme le rappelle très justement un des communistes anonymes dans les commentaires, Apple et Steve Jobs représente tout ce qu’ils combattent : la liberté, la créativité, l’intelligence, l’esprit d’entreprise et jusqu’à la joie de vivre. Leur monde à eux est peuplé de petits fonctionnaires corrompus incapables de la moindre idée, de prendre le moindre risque personnel et surtout de subvenir à leurs besoins sans vivre aux dépens des autres. En effet, tout est là : il y a ceux qui font et ceux qui se contentent de cracher leur petite haine minable au bistrot du coin. Quelqu’un peut-il me citer ne serait-ce qu’une seule invention utile [2] qui soit jamais sortie d’un pays socialiste ?

Définitivement, pour reprendre le propos d'un autre sinistre anonyme dans les commentaires, on a les idoles qu'on peut !

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[1] On ose espérer que c’est volontaire…
[2] Et non létale.

Monty Hall sans maths

Règle du jeu : on va vous proposer 3 enveloppes dont deux sont vides et une contient un billet de €100. Dans un deuxième temps, l’organisate...