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Colbert et la « grandeur de la France »

Les partisans du protectionnisme se placent volontiers sous le patronage de Colbert ; vantant à quel point l’illustre homme d’Etat avait enrichit le royaume. Dans son « Projet d'une dixme royale », Vauban nous offre une vision quelque peu différente de la France une vingtaine d’années après Colbert.

« Par toutes les recherches que j’ay pû faire, depuis plusieurs années que je m’y applique, j’ay fort bien remarqué que dans ces derniers temps, prés de la dixiéme partie du peuple est réduite à la mandicité, et mandie effectivement ; que des neuf autres parties, il y en a cinq qui ne sont pas en état de faire l'aumône à celle-là, parce qu’eux-mêmes sont réduits, à trés-peu de chose prés, à cette malheureuse condition ; que des quatre autres parties qui restent, les trois sont fort mal-aisées, et embarassées de dettes et de procés ; et que dans la dixiéme, où je mets tous les gens d’épée, de robbe, ecclesiastiques et laïques, toute la noblesse haute, la noblesse distinguée, et les gens en charge militaire et civile, les bons marchands, les bourgeois rentez et les plus accommodez, on ne peut pas compter sur cent mille familles ; et je ne croirois pas mentir, quand je dirois qu’il n’y en a pas dix mille petites ou grandes, qu’on puisse dire être fort à leur aise ; et qui en ôteroit les gens d’affaires, leurs alliez et adherans couverts et découverts, et ceux que le roy soûtient par ses bienfaits, quelques marchands, etc. Je m’assure, que le reste seroit en petit nombre. »

L’éternel travers socialiste qui tend à confondre la Société et l’Etat est d’autant plus grotesque quand l’Etat est le domaine privé du roi. En revanche, Colbert fût un excellent banquier privé.

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