Aversion au risque

Je vous propose un jeu. Vous avez le choix entre deux possibilités : soit je vous donne 100 euros et nous en restons là, soit nous jouons à pile ou face ; pile, vous gagnez 300 euros ; face, c’est vous qui me devez 100 euros. Que choisissez-vous ?

La plupart d’entre nous préfèreront prendre les 100 euros. Interrogez les membres de votre famille, vos voisins, vos amis et vos collègues du bureau et vous constaterez comme moi que l’écrasante majorité de celles et ceux que vous aurez soumis à ce test préfèrent, comme vous, prendre mes 100 euros et en rester là.

Réfléchissons comme des scientifiques voulez-vous ? Dans ma seconde proposition, vous avez une chance sur deux de gagner 300 euros et une chance sur deux d’en perdre 100 : ce qui nous, sauf erreur de ma part, fait une espérance de gain de 100 euros [1]. En d’autres termes, si vous pensez comme des scientifiques, vous n’avez aucune raison de préférer si systématiquement ma première proposition. L’une et l’autre sont équivalentes.

Et pourtant, à l’épreuve des faits, vous avez bien pris mes 100 euros.

La différence entre un scientifique qui résout un problème de probabilités sur un tableau noir et vous c’est que vous avez perçu un risque. Bien sûr, vous préférez gagner 300 euros plutôt que 100 mais lorsque je vous ai proposé ce jeu, vous avez immédiatement imaginé comment vous sentiriez si, par malchance, la pièce retombait sur la mauvaise face. Vous aviez l’opportunité d’empocher 100 euros sans aucun risque et voilà que vous en avez perdu 100. Votre esprit s’est tellement focalisé sur cette éventualité que vous avez pratiquement oublié que vous pouviez aussi gagner 300 euros. Rassurez-vous, c’est tout à fait normal. Dans notre inconscient, le risque n’a qu’une seule face : la mauvaise.

« Soit prudent, » dit cette petite voix. L’appel à la prudence, c’est le sage conseil que nos parents, nos professeurs, nos amis et pratiquement tous ceux et celles qui nous aiment nous répètent depuis notre plus tendre enfance. Cette même recommandation, vous l’avez faite à vos enfants et soyez certains qu’ils la transmettront à leur tour. C’est une composante incontournable de notre nature d’êtres humains : nous sommes averses au risque.

Si mon objectif est de vous amener à jouer à pile ou face, je dois augmenter votre espérance de gains. Je peux y parvenir en augmentant votre récompense si la pièce tombe coté pile, en réduisant votre risque de pertes dans le cas contraire ou en vous proposant une combinaison des deux. C'est-à-dire que, pour que vous acceptiez de prendre le risque, je vais devoir rémunérer votre prise de risque.

Par exemple, si je vous promets non plus 300 euros mais 400 euros quand la pièce tombe coté pile, votre espérance de gain est désormais de 150 euros. Certains d’entre nous trouverons que le jeu en vaut désormais la chandelle ; d’autres pas – nous sommes tous différents et, en tant que tels, nous n’évaluons pas le risque de la même manière. Si je réduis maintenant le risque de pertes si la pièce tombe coté face – mettons 50 euros au lieu de 100 – l’espérance de gain du jeu passe à 175 euros et de nouveaux joueurs accepterons de m’accompagner dans la partie. Ce petit processus itératif n’est rien d’autre que la recherche d’un prix de marché. Plus j’augmente votre espérance de gain, votre « prime », plus vous acceptez de jouer et plus – bien sûr – ce petit jeu me coûte cher. Le risque a un prix.

C’est pour cette même raison que les assurances existent : Lorsque vous signez votre contrat, vous cherchez à échanger un risque contre la certitude de payer une prime à votre assureur. Si ce dernier accepte de couvrir votre risque, ce n’est évidemment pas par altruisme : c’est parce que la prime qu’il vous réclame et que vous avez accepté de payer [2] lui permet de faire face à la réalisation des risques dans le futurs mais aussi de gagner sa vie. Au café de la gare, on accuse les assureurs d’être des voleurs jusqu’au jour où on devient soi-même assureur.

Et maintenant, imaginez que vous soyez de ceux qui ont prêté leurs économies à l’État grec pour lui permettre de financer ses politiques clientélistes. Un beau matin, vous apprenez que les comptes était truqués, que les caisses sont vides, que la fraude fiscale et la chasse aux subsides publics ont remplacé le lancer de javelot et la lutte aux jeux olympique ; bref, qu’il est très probable que votre retraire soit à deux doigts de voler en fumée. Que ressentez-vous ?

Vous avez peur. Vous voulez vendre ces obligations pourries et mettre vos économies à l’abri. Mais voilà : tous le monde est au courant des difficultés d’Athènes. Alors, pour trouver quelqu’un qui accepte de vous racheter vos obligations, vous baissez votre prix et donc les proposez à au taux plus élevé. Vous voilà un de ses spéculateurs anonymes qui, à ce qu’on dit, attaquent les peuples européens.

Vous pensez que c’est immoral ? Dites-moi : n’est-ce pas vous qui avez préférer prendre mes 100 euros ?

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[1] (0,5 x 300) + (0,5 x -100) pour ceux qui étaient au fond de la classe à coté de la fenêtre.
[2] Sauf, bien sûr, quand c’est l’État qui vous assure de force en vous imposant ses prix ou quand il vous oblige à vous assurer auprès d’un tiers.

Hold Tight London

Les plus attentifs d’entre vous auront peut être remarqué que je propose régulièrement une petite ambiance musicale sur ce blog. Pour les jours à venir, nous allons rester sur la scène électro britannique mais nous quittons Bristol (et les Fuck Buttons) pour Manchester et ses Chemical Brothers.

Vous trouverez donc, en haut, à droite, le Hold Tight London (Feat. Anna Lynne) issu de l’album Push the Button (2005).

Je rappelle que ce morceau est issu d’une initiative privée de Tom Rowlands et Ed Simons. Il a été composé pour faire partie d’un album commercial que des millions d’individus ont accepté librement d’échanger contre le fruit de leur travail. La production de cet album n’a pas été décidée ni financée par le Department for Culture, Media and Sport (DCMS) britannique.

Précédemment dans la même rubrique :
Gallows - Orchestra of Wolves (punk-rock, UK)
Fuck Buttons – Sweet Love For Planet Earth (électro, UK)

Hollande, la nouvelle aristocratie et moi

Lors de son meeting au Bourget, entre une attaque contre la vilaine finance et une relecture marxiste de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, François Hollande a condamné la « nouvelle aristocratie » des Français situés parmi le 1% des plus hauts revenus. Monsieur Hollande veut jouer à ce petit jeu ? Fort bien : je relève le gant.

Selon le site de l’Assemblée Nationale, François Hollande perçoit au titre de son mandat de député de la première circonscription de la Corrèze une indemnité parlementaire de 7 100,15 euros bruts par mois. A ce montant se rajoutent 2 757,34 euros bruts au titre de son mandat de président du conseil général de la Corrèze [1]. Ce qui porte donc la rémunération de Monsieur Hollande à 9 857,49 bruts par mois.

Par ailleurs, afin de faire face aux dépenses liées à l’exercice de ses fonctions de député, Monsieur Hollande bénéficie d’une indemnité représentative de frais de mandat (IRFM) de 6 412 euros bruts par mois. Étant donné que l’Assemblée Nationale prend en charge l’intégralité de ses frais de transport [2], qu’elle lui fournit un bureau dans l’enceinte du Palais Bourbon, qu’elle finance son matériel informatique, ses factures de téléphone, son courrier, ses connexions internet et qu’elle lui attribue un crédit de 9 138 euros par mois pour rémunérer ses collaborateurs, l’IRFM tient plus du complément de rémunération que d’un véritable système de défraiement [3]. Ce qui porte donc la rémunération de Monsieur Hollande à 16 269,49 bruts par mois (plus 11 fois le Smic).

Je passe sur les autres avantages dont disposent nos élus (sécurité sociale généreuse, défiscalisation d’une part considérable de leurs revenus, services de restauration aux tarifs dérisoires etc…) et on admettra que Monsieur Hollande n’a pas d’autres sources de revenus que celles listées ci-dessus.

Ainsi donc, Monsieur Hollande n’étant plus marié et ses enfants étant désormais adultes, on peut considérer qu’il compte pour une seule Unité de Consommation au sens de l’Insee, c'est-à-dire que les revenus de son foyer fiscal s’élèvent à environ 195 000 euros par an. Mais voilà : sur la base des données de l’Insee en 2007, à partir de 84 500 euros de revenu par UC, vous faites parti du fameux 1%.

Monsieur Hollande gagne plus du double : encore 30 000 euros de revenus annuels et il fait même partie du 0,1%.

Alors, j’ai quelque chose à dire à Monsieur Hollande. Un message personnel. Voyez-vous Monsieur Hollande, je fais partie de ces infâmes salauds anonymes qui travaillent dans « la finance » ; je suis un des types que vous jetez en pâture à la vindicte populaire en les accusant d’être responsables de vos propres erreurs, des conséquences de votre incompétence et de vos politiques clientélistes. Je viens de faire le calcul : vos revenus sont près de cinq fois plus élevés que les miens.

Je m’arrête ici. Je vais devenir grossier.

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[1] Un président du conseil général touche 5 512 euros bruts par mois mais la loi organique n° 92-175 du 25 février 1992 plafonne le surcroît de rémunération des députés au titre de leurs éventuels mandats locaux à 2 757,34 euros bruts.
[2] Gratuité sur les réseaux SNCF et RATP, parc automobile de l’assemblée, remboursement des courses de taxi, de jusqu’à 80 voyages en avion par an entre Paris et Tulle et de jusqu’à 12 voyages aériens vers d’autres destinations en France métropolitaine.
[3] On négligera ici les avantages liés au mandat local de Monsieur Hollande ; la plupart des conseils généraux mettant une voiture et un logement de fonction à la disposition de leurs président.

Bastiat : « Il faut reprivatiser la Sécurité Sociale ! »

(Une interview réalisée par Georges Kaplan le 23 janvier 2012)

Georges Kaplan : Monsieur Bastiat, bonjour et merci de nous accorder quelques minutes dans votre emploi du temps qui, je le devine, doit être assez chargé ces jours-ci.

Frédéric Bastiat : Mais je vous en prie !

GK : Vous venez donc d’annoncer votre candidature aux élections présidentielles de 2012 afin d’y représenter les idées libérales et le moins que l’on puisse dire c’est que, dans le paysage politique actuel, votre programme dénote.

FB : C’est en effet ce que j’ai cru comprendre.

GK : Vous suiviez l’actualité politique française de là haut ?

FB : Oui, sur mon iPad.

GK : Vous avez des iPad ?

FB : Oui mais c’est récent. Nous suivons la technologie de ce bas monde avec un léger décalage : autant vous dire que l’arrivée récente de Steve n’a pas fait que des malheureux !

GK : Oui, j’imagine. Sauf peut être Karl Marx ?

FB : (rire) Oh, vous savez il a bien changé Karl. De son vivant il disait déjà qu’il n’était pas marxiste ; aujourd’hui il le répète tous les jours.

GK : Ça se comprend en effet… Mais revenons à votre programme et, en particulier, à votre proposition de privatisation de la Sécurité Sociale. Pourriez-vous nous expliquer pourquoi vous défendez cette position ?

FB : Il faut, pour bien comprendre, faire un peu d’histoire : j'ai vu surgir spontanément des sociétés de secours mutuels, il y a plus de 187 ans, parmi les ouvriers et les artisans les plus dénués, dans les villages les plus pauvres du département des Landes.

GK : À l’époque où vous étiez député des Landes n’est-ce-pas ?

FB : Oui, ça ne date pas d’hier. Le but de ces sociétés était évidemment un nivellement général de satisfaction, une répartition sur toutes les époques de la vie des salaires gagnés dans les bons jours. Dans toutes les localités où elles ont existé, elles ont fait un bien immense. Les associés s'y sentaient soutenus par le sentiment de la sécurité, et de plus, ils sentaient tous leur dépendance réciproque, l'utilité dont ils avaient les uns pour les autres ; ils comprenaient à quel point le bien et le mal de chaque individu ou de chaque profession devenaient le bien et le mal communs.

GK : Et c’est selon vous cette dernière particularité qui assurait la pérennité des sociétés de secours mutuels n’est-ce-pas ?

FB : Absolument. Leur écueil naturel est dans le déplacement de la Responsabilité. Ce n'est jamais sans créer pour l'avenir de grands dangers et de grandes difficultés qu'on soustrait l'individu aux conséquences de ses propres actes. Le jour où tous les citoyens diraient : « Nous nous cotisons pour venir en aide à ceux qui ne peuvent travailler ou ne trouvent pas d'ouvrage, » il serait à craindre qu'on ne vît se développer, à un point dangereux, le penchant naturel de l'homme vers l'inertie, et que bientôt les laborieux ne fussent réduits à être les dupes des paresseux. Les secours mutuels impliquent donc une mutuelle surveillance, sans laquelle le fonds des secours serait bientôt épuisé.

GK : Vous attribuez le bon fonctionnement des sociétés de secours mutuels au fait qu’elles étaient issues d’initiatives privée : pourquoi ?

FB : Eh bien c’est très simple : pour que cette surveillance ait lieu et porte ses fruits, il fallait que les sociétés de secours soient libres, circonscrites, maîtresses de leurs statuts comme de leurs fonds. Il fallait qu'elles puissent faire plier leurs règlements aux exigences de chaque localité. A l’époque, c’était le cas.

GK : Mais comment avez-vous pu, près d’un siècle avant la création de notre Sécurité Sociale, prédire ses dysfonctionnement ?

FB : J’ai simplement supposé que le gouvernement interviendrait. Il était aisé de deviner le rôle qu'il s'attribuerait. Comme je l’avais prédit, son premier soin a été de s'emparer de toutes ces caisses sous prétexte de les centraliser; et, pour colorer cette entreprise, il a promit de les grossir avec des ressources prises sur le contribuable. Ensuite, sous prétexte d'unité, de solidarité (je ne pensais pas tomber si juste à l’époque !), il s'est avisé de fondre toutes les associations en une seule soumise a un règlement uniforme.

GK : Quelles conséquences cela a-t-il eut selon vous ?

FB : Posez-vous cette simple question : qu’est devenue la moralité de l'institution quand sa caisse a été alimentée par l'impôt ; quand nul, si ce n'est quelque bureaucrate, n'a plus eut intérêt à défendre le fonds commun; quand chacun, au lieu de se faire un devoir de prévenir les abus, s’est fait un plaisir de les favoriser ; quand a cessé toute surveillance mutuelle, et que feindre une maladie n’a été autre chose que jouer un bon tour au gouvernement ?

GK : Mais les gouvernements successifs ont pourtant mis en place des mécanismes de contrôle…

FB : C’est vrai. Le gouvernement, il faut lui rendre cette justice, est enclin à se défendre ; mais, ne pouvant plus compter sur l'action privée, il a bien fallu qu'il y substitue l'action officielle. Il a nommé des vérificateurs, des contrôleurs, des inspecteurs. On a vu des formalités sans nombre s'interposer entre le besoin et le secours. Bref, une admirable institution a été, dès sa naissance, transformée en une branche de police.

GK : Qu’est-ce qui explique qu’aucun des gouvernements successifs ne ce soit rendu compte des défaillances du système ?

FB : L'État n’a aperçu d'abord que l'avantage d'augmenter la tourbe de ses créatures, de multiplier le nombre des places à donner, d'étendre son patronage et son influence électorale. Il n’a pas remarqué qu'en s'arrogeant une nouvelle attribution, il venait d'assumer sur lui une responsabilité nouvelle, et, j'ose le dire, une responsabilité effrayante.

GK : Et comment faites-vous le lien entre la disparition de cette surveillance mutuelle et l’état actuel de la Sécurité Sociale ?

FB : Voyons, qu’est-il arrivé ? Les ouvriers n’ont plus vu dans la caisse commune une propriété qu'ils administraient, qu'ils alimentaient, et dont les limites bornaient leurs droits. Peu à peu, ils se sont accoutumés à regarder le secours en cas de maladie ou de chômage, non comme provenant d'un fonds limité préparé par leur propre prévoyance, mais comme une dette de la société. Ils n'ont pas admit pour elle l'impossibilité de payer, et n’étaient jamais contents des répartitions. L'État s’est vu contraint de demander sans cesse des subventions au budget. Là, rencontrant l'opposition des commissions de finances, il s’est trouvé engagé dans des difficultés inextricables. Les abus sont allés toujours croissant, et on en a reculé le redressement d'année en année, comme c'est l'usage, jusqu'à ce que vienne le jour d'une explosion.

GK : Vous faites référence à la perte de ce fameux AAA ?

FB : Bien sûr ! Considérez simplement qu’en 2010, les dépenses des administrations de Sécurité Sociale s’élevaient à 513,7 milliards d’euros tandis que les recettes ne s’élevaient qu’à 490,8 milliards : près de 23 milliards de déficit en une seule année !

GK : Mais, maintenant que cette explosion a eut lieu, pourquoi une réforme du système semble t’elle si difficile à mettre en œuvre ?

FB : Je l’avais prédit aussi : on s'aperçoit qu'on est réduit à compter avec une population qui ne sait plus agir par elle-même, qui attend tout d'un ministre ou d'un préfet même la subsistance, et dont les idées sont perverties au point d'avoir perdu jusqu'à la notion du droit, de la propriété, de la liberté et de la justice.

GK : Ce n’est pas très gai… C’est cette évolution que vous prédisiez dans vos Harmonies Économiques publiées en 1850 ?

FB : Oui, c’est presque mot pour mot ce que j’ai écrit dans le chapitre XIV des Harmonies.

GK : Qu’est-ce qui vous a mis sur la voie ?

FB : J'ai vu qu'une commission de l'assemblée législative était chargée de préparer un projet de loi sur les sociétés de secours mutuels. J'ai cru que l'heure de la destruction avait sonné pour elles, et je m'en affligeais d'autant plus qu'à mes yeux un grand avenir les attendait, pourvu qu'on leur conserve l'air fortifiant de la liberté. Malheureusement, la suite a prouvé que j’avais vu juste…

GK : C’est le moins que l’on puisse dire en effet mais pensez-vous pour autant que votre proposition de privatisation ait une chance d’être entendue de nos jours ?

FB : Eh quoi ! Est-il donc si difficile de laisser les hommes essayer, tâtonner, choisir, se tromper, se rectifier, apprendre, se concerter, gouverner leurs propriétés et leurs intérêts, agir pour eux-mêmes, à leurs périls et risques, sous leur propre responsabilité; et ne voit-on pas que c'est ce qui les fait hommes ? Partira-t-on toujours de cette fatale hypothèse, que tous les gouvernants sont des tuteurs et tous les gouvernés des pupilles ?

Bastiat 2012

Disons les choses telles qu'elles sont : en 2012, on a le choix entre la peste, le choléra, le typhus, le scorbut et la malaria.

Alors, plutôt que de pleurer, on va voter pour Frédéric Bastiat.

Oui, je sais, il est mort depuis un siècle et demi mais il ne fera pas pire que les autres. Il fera même sans doute mieux !

#Bastiat2012
bastiat2012.fr

#WikipediaBlackout

La version anglaise de Wikipedia sera inaccessible pendant 24 heures à compter du 18 janvier 2012 à minuit (heure de NY).

L’encyclopédie en ligne entend ainsi protester contre deux législations étasuniennes (SOPA et SOPA) au travers desquelles le gouvernement fédéral, sous prétexte de « stopper le pirate en ligne » et de « protéger la propriété intellectuelle », est en train mettre en coupe réglée le dernier espace de liberté d’expression qui reste à notre disposition. Il va de soi qu’Ordre Spontané soutient sans réserve ce black-out.

Si votre gouvernement cherche à contrôler internet, c’est que l’heure est venue de reprendre le contrôle de votre gouvernement.

Plus d’information ici.

Héros et Villains

Pour créer et exploiter un réseau de téléphones mobiles, il vous faut une gamme de fréquences du spectre électromagnétique qui se trouve être un bien public ; c’est-à-dire qu’il appartient à la communauté des citoyens français et que c’est l’État qui le gère en notre nom. Lorsqu’il s’est agit, au début des années 2000, d’attribuer des licences d’exploitation [1] de ce spectre à des opérateurs de téléphonie mobile, les États étaient confronté à un problème économique assez classique que l’on peut résumer en ces termes : le nombre de licences possibles étant limité par la nature [2], si les licences ne sont pas assez chères, il y aura pléthore de candidats et on ne saura pas comment discriminer entre eux. En revanche, si elles sont trop chères, toutes les licences possibles ne trouveront pas preneur et l’on risque de se retrouver avec un monopole ou un oligopole.

Dans la plupart des pays, le choix fût fait d’utiliser un mécanisme de marché vieux comme le monde pour régler le problème : on a mis les licences aux enchères. Les gouvernements britannique et allemand, par exemple, ont ainsi récupéré 38,5 et 50 milliards d’euros respectivement. Mais en France, on n’aime pas trop les mécanismes de marchés : des opérateurs étrangers risqueraient de venir mugir dans nos campagnes et il faut financer le fonds de réserve des retraites. La décision fût donc prise de fixer un prix arbitraire qui devait permettre à notre bon gouvernement de récupérer 20 milliards et d’assortir l’attribution des licences à toute une série de conditions et autres tracasseries administratives dont nous avons le secret. Seuls SFR et Orange se portèrent acquéreurs avant d’être rejoints par Bouygues lorsqu’en 2002, l’État consentit une remise de l’ordre de 87% sur son prix initial. Depuis, soit au cours des dix dernières années, le marché français de la téléphonie mobile était verrouillé par trois opérateurs bien français.

C’est le bon endroit pour aborder une notion importante lorsque l’on aborde les monopoles, duopoles et autres oligopoles. Contrairement à ce que beaucoup pensent, le fait que la production d’un bien ou d’un service ne soit assurée que par un seul producteur ou un groupe restreint de producteurs ne pose pas réellement de problème. Ce qui est important, c’est que ce monopole ou cet oligopole soit contestable ; c’est-à-dire que si le ou les producteurs dominants laissent le rapport qualité-prix de leurs produits se dégrader, ils créent de fait un espace pour un futur concurrent. À quelques très rares exceptions près, les monopoles incontestables ne peuvent exister que si quelqu’un dispose d’un pouvoir suffisant pour empêcher l’émergence d’autres concurrents. Et dans la quasi-totalité des cas, ce quelqu’un c’est l’État.

Si SFR, Orange et Bouygues ont accepté de débourser des fortunes pour acquérir les licences de l’État, c’est qu’ils ont parfaitement intégré dans leurs calculs qu’ils allaient bénéficier d’une situation d’oligopole non-contestable. C'est-à-dire qu’ils pourraient assez facilement se mettre d’accord entre eux pour maintenir le prix de leurs services à un niveau suffisamment élevé pour amortir le coût de la licence et réaliser quelques confortables bénéfices par-dessus le marché. On a bien sûr crée une bureaucratie ad hoc chargée de vérifier que les dirigeants des trois sociétés ne discuteraient pas de leurs intérêt communs et le résultat fût que nous payions, il y a peu encore, les services de téléphonie mobile parmi les plus chers d’Europe.

Mais voilà qu’après d’âpres négociations, un quatrième larron se présente : Xavier Niel, le patron de Free, mesure très bien les marges colossales des opérateurs en place et s’empresse donc de contester l’oligopole en place. Après moult suspense et rebondissements, il finit par obtenir gain de cause et obtient la fameuse quatrième licence contre 210 millions d’euros et la promesse de verser 1% de son chiffre d’affaire annuel à l’Etat.

Voilà donc le loup dans la bergerie : Xavier Niel, comme promis va vraiment diviser la facture téléphonique des français par deux et les trois opérateurs historiques n’auront d’autre choix que d’abandonner leurs marges confortables et de s’aligner. La petite chasse gardée entre gens de bonne compagnie et donc finie et nous autres, citoyen du commun, allons enfin cesser de participer au remboursement des licences ; c’est-à-dire que la taxe officieuse sur la téléphonie mobile vient d’être considérablement réduite.

L’histoire de Free Mobile, c’est du tout en un, un véritable cas d’école : dans la même affaire, vous avez une démonstration en grandeur réelle de l’effet des restrictions de concurrence et des politiques protectionnismes de l’État sur notre pouvoir d’achat et, dans la foulée, une démonstration des effets d’une ouverture à la concurrence. Comme Arnaud Montebroug [3] le twittait lui-même : « Xavier Niel vient de faire plus avec son forfait illimité pour le pouvoir d'achat des Français que Nicolas Sarkozy en 5 ans. » Mais si le capitalisme libéral a ses héros, il a aussi ses villains [4].

Je ne vais pas m’étendre sur le cas des politiciens et autres militants des gauches et droites les plus extrêmes qui vous expliqueront avec une moue de dédain que « Niel ne fait ça que nous se faire plus de fric. » Je veux bien consacrer du temps à éduquer les plus incultes d’entre nous mais pour les cas désespérés, il faudra prévoir une rémunération à la hauteur de la tâche. Bien sûr que Xavier Neil ne fais ça que pour gagner de l’argent : c’est précisément le principe d’une économie de marché et c’est pour ça que ça fonctionne. Bref passons…

Les vrais villains, les pires ennemis du capitalisme libéral ce sont ceux qui, pendant dix ans, ont artificiellement restreint la concurrence dans ce secteur pour nous taxer plus discrètement et ceux qui ont profité de ce système en faisant feu de tout bois pour que Xavier Niel reste à la porte. Comme le disait si élégamment Martin Bouygues : « Je me suis acheté un château, ce n'est pas pour laisser les romanichels venir sur les pelouses ! » C’est le capitalisme de connivence à la française dans toute sa splendeur, une résurgence d’ancien régime qui voudrait – et parvient – à faire croire qu’elle ne poursuit que l’« intérêt général » alors qu’elle n’a jamais servit que les princes et leurs courtisans.

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[1] Les fameuses licences UMTS (Universal Mobile Telecommunications System) qui succédaient aux licences GSM.
[2] Mettons de quoi faire vivre 5 ou 6 opérateurs (comme en Angleterre et en Allemagne respectivement).
[3] Ô douce ironie…
[4] Les méchants qui n’ont de cesse que d’empêcher le héro de faire le bien autour de lui.

AAArgh !

Ça y est, c’est fait : Standard & Poor’s vient donc de dégrader la note souveraine de la France d’un cran : de AAA à AA+. On ne peut pas vraiment dire que ce soit une surprise : depuis 1975 et le plan de relance budgétaire infructueux de Jacques Chirac, aucun des gouvernements qui ont présidé aux destinés de notre pays n’a voté un seul budget à l’équilibre. Les dettes, logiquement, se sont donc accumulées de telle sorte qu’à la fin du 3ème trimestre 2011, la dette publique française [1] atteignait 1,7 trillions [2] d’euros – soit 85,3% du PIB.

Si la perte de ce fameux triple A peut avoir une vertu, c’est bien celle de nous rappeler à nous, citoyens et contribuables français à quelques réalités. Le fait est que nous nous sommes considérablement endettés pour la simple et mauvaise raison que nous avons demandé à nos gouvernements de dépenser plus qu’ils ne prélevaient d’impôts. Nous avons fait preuve, pendant 37 années consécutives, d’une irresponsabilité digne d’enfants de moins de sept ans et les discours qui cherchent à faire porter le chapeau à la mondialisation, aux banquiers, à Georges Pompidou ou aux paradis fiscaux relèvent au mieux de la démagogie et au pire de la mauvaise farce.

Pour en arriver à ce point, l’État français est allé chercher des créanciers sur les marchés financiers en émettant des obligations. Ces dernières représentaient, toujours à la fin du 3ème trimestre 2011, la bagatelle de 1,3 trillions d’euros [3] – soit la quasi-totalité (98%) de la dette de l’État et 77,4% de la dette publique totale. Nos créanciers sont, pour une bonne moitié d’entre eux, des résidents français parmi lesquels on compte principalement des compagnies d’assurance, des fonds d’investissement ou des caisses de retraite ; c'est-à-dire, indirectement, vous et moi. Si vous pensiez qu’il suffisait d’envoyer paître les marchés financiers, pensez-y à deux fois.

Voilà pour l’état des lieux.

Standard & Poor’s, donc, considère désormais que l’État français ne présente plus de garanties suffisantes pour mériter la meilleures des notes possibles : le fameux AAA. Sincèrement, au regard de l’état des lieux évoqué ci-dessus et du discours des candidats aux présidentielles, on peut difficilement leur donner tort. Entre les irresponsables de l’UMPS et les fous-furieux des deux fronts, on imagine sans peine que la capacité de l’État français à honorer ses engagements soit pour le moins sujette à caution.

Il y a cependant une bonne nouvelle dans cet océan de noirceurs : la dégradation de notre note souveraine est un non-événement absolu. Contrairement à ce qu’affirmaient, il y a encore quelques mois, les dépensiers compulsifs qui nous gouvernent, la perte du AAA [4] n’aura vraisemblablement aucune conséquence ou presque. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer la réaction des marchés alors que la rumeur se propageait : le moins que l’on puisse dire c’est que pour une apocalypse nucléaire, ce fût finalement assez calme. Il y a à cela deux raisons :

La première, c’est que, depuis au moins trois décennies, plus personne ne fait confiance aux agences de notation. De fait, cela fait au bas mot six mois que les marchés avaient déjà pleinement intégré que la France n’était plus AAA que dans les rêves de François Barouin comme en témoigne l’évolution de l’écart de taux entre les obligations souveraines françaises et allemandes. Et si plus personne ne fait confiance aux agences, ce n’est pas dû à un doute quant à leurs capacités d’analyses mais plutôt au fait que tout le monde sait, depuis ces trois mêmes décennies, que les agences ne travaillent plus pour les investisseurs mais pour les pouvoirs publics.

Cette sinistre affaire commence au cours des années 1970, lorsque le gouvernement des États-Unis cherche à durcir la règlementation bancaires pour mieux contrôler les risques que prennent les banques. L’idée du législateur consistait alors à imposer aux banques de constituer des réserves de sécurité en fonction du risque qu’elles portaient dans leurs portefeuilles de crédit. Pour ce faire, encore fallait-il disposer d’une mesure desdits risques et c’est là que les agences sont entrées en jeu : le gouvernement des États-Unis, puis la plupart des pays occidentaux ont donné à leurs notes un caractère légal.

Ce type de réglementation s’insinuant peu à peu dans les rouages de nos économies [5], il devint rapidement presqu’impossible d’obtenir le moindre crédit ou de vendre la moindre obligation sans être noté par au moins une des agences officielles. C’est d’ailleurs ce qui a permit aux agences de faire payer leurs honoraires non plus aux seuls utilisateurs – les investisseurs – mais aux emprunteurs. Désormais incontournables, elles ont ainsi gagné énormément d’argent mais leurs notes ayant le pouvoir de priver n'importe quel emprunteur de ses sources de financement, elles ont été forcées de se montrer d’une extrême prudence. Elles fonctionnent donc désormais comme la cavalerie : elles n'arrivent qu'après la bataille.

Or voilà – et c’est la deuxième raison qui fait que cette dégradation est un non-évènement – la plupart des réglementations n’imposent pas aux investisseurs de vendre leurs obligations lorsqu’elles ne sont dégradées que de AAA à AA+. Là où de nombreux investisseurs ont été règlementairement forcés de se débarrasser de leurs obligations grecques à tout prix – provoquant ainsi l’effondrement des cours et donc la hausse des taux – la décision de Standard & Poor’s ne devrait pas avoir plus d’impact que la dégradation des États-Unis l’année dernière.

La perte de notre AAA n’est pas une catastrophe : c’est un symbole. Un symbole triste. Le symbole d’un pays à la dérive.

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[1] Source : Insee. Par « dette publique », on entend la dette consolidée des administrations publiques (administration publique centrale, administrations publiques locales et administrations de sécurité sociale) au sens de Maastricht.
[2] Il va falloir rajouter ce mot à notre vocabulaire : un trillion d’euros est égal à 10^12 euros ou, si vous préférez, mille milliards d’euros.
[3] Source : Agence France Trésor à fin septembre 2001. Exactement 1 307 504 808 589 euros avec une durée de vie moyenne de 7 ans et 64 jours.
[4] Ou plutôt « d’un de nos AAA » puisque Moody’s et Fitch n’ont pas (encore) dégradé l’État français.
[5] Par exemple, le règlement financier Agirc / Arrco (article 16) stipule que les caisses de retraites complémentaires françaises ne sont autorisées à détenir directement que des titres notées A- au minimum.

(Article publié sur Causeur.fr le 14 janvier 2012.)

Xavier Niel risque t’il de ruiner la France ?

Une brève de Paul Loubière sur Challenges.fr :

En grande fanfare, Xavier Niel, le patron de Free, a annoncé qu’il divisait par deux les prix du mobile. S’il dit vrai, c’est une révolution. Mais une révolution déclenche parfois des dégâts collatéraux. En l’espèce, c’est l’Etat qui risque de payer des pots cassés. « Le manque à gagner sera de plusieurs milliards pour l’Etat français, affirme un concurrent, tous les opérateurs vont être obligés de s’aligner sur les tarifs de Free Mobile. Cela entraînera une baisse du chiffre d’affaires et des bénéfices. » Selon l’Arcep, le chiffre d’affaires global du mobile était de 20,9 milliards d’euros en 2010. En 2011, les seuls appels ont représenté environ 14 milliards d’euros dont 2,6 milliards de TVA. Si les tarifs baissent effectivement de moitié, le manque à gagner lié aux taxes indirectes sera donc d’environ 1,3 milliard pour l’Etat. La baisse des marges liée à l’irruption de Free Mobile coûtera aussi cher au contribuable en raison d’un recul des bénéfices des opérateurs, et donc des rentrées fiscales de l’impôt sur les sociétés. Elle peut être chiffrée à 3 milliards. Total, 4,3 milliards. A Bercy, pas de commentaire officiel. Mais, alertés par les gros opérateurs, les fins esprits du Trésor reconnaissent à demi-mots que « l’arrivée de Free Mobile ne sera sans doute pas fiscalement neutre ».

Mon Dieu mais quelle horreur ! Il faut vite empêcher ce dangereux personnage de ruiner « la France » (comprendre l’État français) en vendant des abonnements téléphoniques deux fois moins chers que ceux de ses concurrents !

Il faut vivre en France pour lire des trucs pareils…

AAArg !

Une source gouvernementale et anonyme affirme que Standard & Poor's dégradera la note souveraine française aujourd'hui. Nous allons donc perdre ce AAA auquel plus personne ne crois depuis des mois.

À cent jours des présidentielles qui concluront la campagne la plus calamiteuse de la Vème république, je vous fiche mon billet que les fronts vont encore gagner quelques points dans les sondages.

Une introduction à la liberté

Et merci à Benoît pour la traduction !

Le paradis est-il à Saint-Nazaire ?

L’Observatoire des inégalités a publié récemment un palmarès des villes françaises les plus inégalitaires où on apprend – entre autres – que Neuilly-sur-Seine est la grande ville [1] la plus affreusement inégalitaire de France tandis que Saint-Nazaire est un petit paradis égalitariste.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, quelques petites précisions s’imposent. Les « revenus » dont il est question dans cette étude ce sont les revenus fiscaux des ménages par unité de consommation en 2009 et selon l’Insee [2]. C'est-à-dire l’ensemble des revenus perçus par une famille (salaires, allocations chômage, pensions, retraites, bénéfices et autres revenus du patrimoine) avant impôt et avant prestations sociales divisé par le nombre d’« unités de consommation » qui composent ce ménage [3]. Dès lors, amis lecteurs, vous imaginez bien que (i) notre fiscalité redistributive modifie considérablement ces résultats (en imposant les riches neuilléens pour mieux redistribuer aux pauvres nazairiens) et que (ii) la composition des ménages d’une ville à l’autre a une influence non-négligeable sur les résultats.

L’Observatoire des inégalités nous propose deux mesures des inégalités de revenus : le coefficient de Gini et rapport des premier et neuvièmes déciles de revenus. Pour ceux qui ne sont pas habitués à ces petites choses, le coefficient de Gini varie entre 0 et 1 ; 0 signifiant que l’égalité des revenus est parfaite (tous le monde gagne la même chose) et 1 signifiant qu’un seul et unique ménage perçoit tous les revenus. Le rapport inter-décile (ici entre le premier décile et le neuvième) mesure le revenu minimum des 10 % des individus les plus riches (pour simplifier la lecture de ce qui suit nous allons appeler ça le « revenu haut ») en multiples du revenu maximum des 10 % des individus les plus pauvres (i.e. le « revenu bas ») ; par exemple, un rapport inter-décile de 5,6 signifie que le revenu haut est 5,6 fois plus élevé que le revenu bas [4].

Quelques soit la mesure, deux villes – Neuilly-sur-Seine et Paris – apparaissent comme étant les plus inégalitaires de France et deux villes – Saint-Nazaire et Cholet – ressortent comme profondément égalitaires. En revanche, le cas de Roubaix est assez atypique : si l’on se base sur le coefficient de Gini, c’est une des dix villes les plus inégalitaires de France mais sur la base du rapport inter-décile, c’est – au contraire – une des dix villes les plus égalitaires de France ; cette étrangeté est due au fait que, d’après l’Insee, 10% de la population roubaisienne gagnerait moins de 10 euros par mois avant redistribution (...).

Voici un rapide résumé des données pour ces cinq villes auquel je rajoute le revenu médian (en euros) :

GiniRapportR med
Neuilly0.51710.73 656
Paris0.49011.42 052
Cholet0.3534.91 457
Saint-Nazaire0.3305.21 448
Roubaix0.476210.9786

Graphiquement, un résumé de la distribution des revenus (premier décile, médiane et dernier décile, en euros) :

(Cliquez pour une meilleure définition)

Je vous laisse conclure…

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[1] L’étude se concentre sur les 100 plus grandes villes en termes de nombre de ménages fiscaux (et pas en terme de population comme ils le précisent en bas de l’article).
[2] La base de donnée utilisée par L’Observatoire des inégalités est disponible gratuitement sur le site de l’Insee.
[3] L’Insee utilise l’échelle dite de l’OCDE : le premier adulte du ménage compte pour 1 UC, les autres personnes âgées de plus de 14 ans comptent pour 0,5 US et les enfants de moins de 14 ans comptent pour 0,3 UC.

La Fed est un faux monnayeur légal

Au dernier pointage, la Fed détient USD 1,7 trillions [1] de bons du Trésor américains – soit près de 64% du portefeuille de la Fed ($2,6 trillions), 17% des titres de créances émis par le Trésor US ($9,9 trillions) et près de 16% de la dette publique américaine ($10,5 trillions [2]). La banque centrale américaine est ainsi le premier créancier de son propre gouvernement.

Bien sûr, ce n’est pas parce que ces obligations sont détenues par la Fed que le gouvernement des États-Unis ne paie pas d’intérêts. Comme dans la plupart des pays civilisés, le U.S. Department of the Treasury n’a pas le droit de venir se financer directement auprès de sa banque centrale. Le portefeuille de la Fed ne résulte donc pas d’achats d’obligations d’État sur le marché primaire mais de ses opérations dites d’open market ; c'est-à-dire de ses achats d’obligations sur le marché secondaire qui lui permettent de piloter la liquidité disponible sur le marché interbancaire et donc le niveau des taux à court terme – bref, ce portefeuille résulte de l’activité normale de la Fed et devrait continuer à grossir avec la masse monétaire américaine.

Sauf que, ces derniers temps, les opérations d’open market ont pris un tour quelque peu inhabituel avec les 2 (bientôt 3 ?) phases d’assouplissement quantitatif (Quantitative Easing) : du 10 septembre 2008 au 4 janvier de cette année, le portefeuille de Treasuries de la Fed a été multiplié par un facteur de 3,5 [3]. Donc, la Fed gagne énormément d’argent sur ce titanesque portefeuille : avec un taux moyen estimé à 3,7% en 2010 et 2,94% en 2011, ce sont des milliards de dollars d’intérêts qui sont payés chaque année par le Trésor US à sa banque centrale.

Seulement voilà, la Fed - qui n’est pas vraiment une entreprise privée – n’a pas le droit de garder ses gains. Lorsqu’elle touche des intérêts, elle en utilise une infime partie pour ses frais de fonctionnement et doit reverser le reste… au Trésor des États-Unis. En 2011, ce sont ainsi $76,9 milliards qui sont revenus dans les poches d’Oncle Sam – soit 17% des intérêts payés sur la dette publique ($454,4 milliards). Oui, vous avez bien compris : le gouvernement US paye des intérêts d’une main pour les récupérer de l’autre et il fait ça sur 16% de sa dette.

Résumons : la Fed fait chauffer à blanc sa planche à billet pour acheter des Treasuries sur le marché ; cet énorme flux acheteur fait baisser le niveau des taux d’intérêts et permet donc ainsi au Trésor de se financer à moindre coût ; ce faisant, la Fed engrange des quantités monumentales de Treasuries dont elle s’empresse de reverser les intérêts à celui-là même qui les lui a payé. C’est donc 16% de la dette qui ne coûte, en réalité, rien parce qu’elle a été rachetée par des dollars fraichement imprimés à cet effet. Je ne sais pas pour vous, mais moi j’appelle ça de la monétisation pure et simple.

Mieux encore : il ne vous a pas échappé que cette même Federal Reserve ne semble pas particulièrement pressée de faire remonter les taux ; c’est une mesure typiquement keynésienne de soutient à l’économie me direz-vous sans doute. Oui, c'est possible mais vous me permettrez de faire un peu de mauvais esprit en soulignant que (i) étant donné sa dette et son déficit budgétaire abyssal, je suis à peu près certain que le gouvernement étasunien se satisfait très bien de cette politique et (ii) il semblerait que le portefeuille de la Fed affiche une duration en dollars de près de $900 millions ; c'est-à-dire qu’une remontée de taux de 0,01% (1 point de base) coûterait à la Fed (et donc au Trésor) $900 millions de dollars. Autrement dit, une politique de taux hyper-accommodante, c’est surtout l’intérêt bien compris des politiciens de Washington qui se préparent à siphonner l’épargne de leurs compatriotes à commencer par leurs retraites.

La Fed n’est rien d’autre que le plus gigantesque faux monnayeur légal de l’histoire.

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[1] $1.10^12 ou mille milliards de dollars.
[2] En excluant la dette intergouvernementale (ce qu’Oncle Sam se doit à lui-même).
[3] La taille du portefeuille d’ensemble, qui inclus les $900 milliards de MBS et autres dettes des GSEs (Fannie Mae et Freddie Mac), a été multipliée par un facteur de 5,4.
[4] Contre $79,3 milliards en 2010.

La montagne de cash

Plus je discute avec des gens dont tout laisse à supposer qu’ils connaissent ces petites choses parfaitement, plus je réalise qu’il n’en est rien. J’en conclue donc qu’un petit point sur les ordres de grandeur de la politique de la Federal Reserve des États-Unis ces 3 dernières années n’est pas inutile.

Depuis début septembre 2008, la Fed a crée deux fois plus de dollars qu’elle n’en avait crée depuis sa fondation en 1913. D’environ 851 milliards de dollars juste avant la faillite de Lehman Brothers, la base monétaire (M0) étasunienne frôle désormais les 2 600 milliards de dollars. Ce petit graphique illustre assez bien l’ampleur du mouvement (en milliards de dollars US) :

Mais pourquoi donc n’observons nous pas un effondrement du dollar sur le marché des changes et une inflation galopante aux États-Unis ? Eh bien c’est très simple : environ 84% de cette gigantesque injection monétaire est aujourd’hui détenue par les banques sous formes de réserves excédentaires. En d’autres termes, contrairement à ce qu’espéraient les banquiers centraux, les banques n’ont pas utilisé ces dollars pour les prêter mais les ont immédiatement replacés à la Fed.

On peut avancer au moins trois raisons à cela : la première, c’est que les banques cherchent à tout prix à se déleverager et à assurer leur liquidité en cas de nouveau coup dur (et l’instabilité règlementaire US n’arrange rien à l’affaire). La seconde, c’est qu’il n’y a pas de demande : entre les particuliers qui subissent encore les conséquences de l’explosion de la bulle immobilière et les entreprises qui ont accumulé des montagnes de dollars pour parer à l’éventualité d’un nouveau credit crunch, il n’y a tout simplement personne qui souhaite s’endetter. Enfin, le fait que la Fed rémunère désormais les réserves des banques à hauteur de 0.25% - c'est-à-dire mieux que le taux d’un bon du Trésor US à 2 ans à l’heure où j’écris ces lignes – n’est probablement pas étranger au phénomène. Bref, le multiplicateur monétaire est cassé. Depuis 1995, le rapport M2/M0 oscillait autour de 8.3 ; aujourd’hui, il s’est effondré à 3.7.

Et maintenant, voici le problème : tôt ou tard – à moins, bien sûr, que l’administration Obama ne trouve une nouvelle méthode pour prolonger la récession dans la plus pure tradition du New Deal – les banques vont se remettre à prêter et donc, le multiplicateur devrait se remettre à fonctionner. Or, avec la base monétaire actuelle et un multiplicateur au niveau de ce qu'il était durant la période 1995-2005, M2 devrait plus que doubler.

Monty Hall sans maths

Règle du jeu : on va vous proposer 3 enveloppes dont deux sont vides et une contient un billet de €100. Dans un deuxième temps, l’organisate...