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Articles

Affichage des articles du 2017

Le maquis des agences de l’État

Mesdames et Messieurs nos élus,Il est sans doute inutile que je rappelle ici l’état de nos finances publiques, d’une part, et le peu de crédit qu’accordent la plupart de nos concitoyens à la chose publique c’est-à-dire à notre République, de l'autre. L’heure, vous en conviendrez, n’est plus aux demi-mesures et aux ajustement à la marge : il est temps, il est urgent de mettre de l’ordre et de la transparence dans nos affaires publiques. Or, il se trouve que, ces dernières semaines, j’ai consacré une (trop) grande partie de mon temps libre — et de celui de quelques amis — à essayer de comprendre quelques chose aux agences de l’État et aux budgets qui leurs sont affectés. Ce que j’y ai vu, Mesdames et Messieurs nos élus, dépasse l’entendement. À l’heure où, après 42 années consécutives de déficits budgétaires et malgré une des pressions fiscales les plus élevées au monde, notre dette publique atteint des sommets historiques, je constate que les fonds qui manque tant à des fonctions e…

Dividendes et investissement

Une idée aussi fausse que répandue voudrait que le choix de payer des dividendes résulte de « la pression qu’exercent les actionnaires au détriment du développement à long terme de l’entreprise. » C’est tout à fait faux. Si vous étiez actionnaire d’une entreprise, ce n’est absolument pas de cette façon que vous envisageriez le problème. La vraie question est : réinvestir, d’accord, mais pour quoi faire ?Commençons par fixer le cadre. Quand une entreprise privée réalise des bénéfices, elle a le choix entre deux options : la première consiste à distribuer cet argent à ses actionnaires sous forme de dividendes [1], la seconde à réinvestir ses profits. En pratique, la plupart des entreprises et notamment les grandes entreprises, font un peu des deux ; elles distribuent un dividende et réinvestissent le reste.Payer des dividendes ou réinvestir, c’est un choix stratégique. Si, au regard des perspectives et des opportunités qui s’offrent à vous, vous estimez qu’il existe des projets d’invest…

Les Chicago Boys, Milton Friedman et Augusto Pinochet

Cinq Chicago Boys vers 1957
(dont Sergio de Castro, à droite)Tout commence en 1955. Nous sommes alors en pleine guerre froide et les deux grands blocs — l’URSS et les États-Unis — se livrent une lutte sans merci pour accroître leurs zones d’influences respectives. Dans la longue liste des terrains d’affrontement, l’Amérique Latine figure en bonne place et le Chili n’échappe pas à cette règle. La situation chilienne, du point de vue américain, est particulièrement inquiétante : la gauche y vire marxiste, le reste du spectre politique est divisé et les politiques populistes du général-président Carlos Ibáñez ne laissent rien présager de bon. À Washington, on cherche donc à restaurer l’influence des États-Unis dans la région.C’est dans ce contexte qu’en juin 1955, Theodore Schultz, Earl Hamilton, Arnold Harberger et Simon Rottenberg, tous représentants de l’Université de Chicago, débarquent à Santiago pour y signer un accord avec l’Université Pontificale Catholique du Chili. L’objet de l’…

Non, Salvador Allende n’était pas « sur le point de réussir »

Au centre, Allende et Brezhnev, le 11/12/1972 à Moscou.Parmi les nombreuses tartes à la crème qu’on voit circuler sur les Internets, il y a l’idée prégnante et manifestement reçue par beaucoup selon laquelle Salvador Allende était « sur le point de réussir » quand la CIA l’a remplacé par la junte d’Augusto Pinochet. Non. À moins que par « réussir » vous entendiez « réussir à instaurer une dictature » à la mode cubaine ou soviétique, rien n’est plus faux. Un rapide retour sur ces trois années s'impose.Lorsque Salvador Allende, candidat d’une coalition qui regroupait presque tous les partis de gauche du Chili, arrive premier à l’élection présidentielle du 4 septembre 1970 avec 36.2% des voix, il n’est pas pour autant élu. En effet, la constitution chilienne de l’époque voulait que si aucun candidat n’emportait la majorité des suffrages, les deux premiers seraient départagés par un vote du Congrès. Allende devait donc convaincre les parlementaires chiliens de lui apporter leurs suffr…

De la gestion de l’eau en France

Avertissement : je suis à peu près certain que toutes les informations données dans cet article sont justes et à peu près à jour. En revanche, je ne suis aucunement en mesure de vous en garantir l’exhaustivité. C’est que, voyez-vous, l’eau c’est important, c’est la vie, ce n’est pas un produit comme les autres que l’on pourrait laisser aux libres forces du marchés (lesquelles sont sauvages, dérégulées et apatrides). Il faut donc l’encadrer sévèrement ce qui, dans la Grande Tradition Administrative Française (GTAF), implique moult commissions, agences et autres instances organisées en couches successives à tous les échelons de façon à créer un maillage si étroit et méticuleux qu’un esprit limité comme le mien s’y perd. Forcément.Au niveau national, la politique de l’eau incombe à la Direction de l’Eau et de la Biodiversité laquelle dépend de la Direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature (DGALN) du Ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer (MEEM). Ell…

De Kallstadt à New-York, une histoire américaine

Friedrich est né à Kallstadt, dans le royaume de Bavière, le 14 mars 1869. À la mort de son père, Johannes, alors qu’il n’a que 8 ans, c’est sa mère, Katharina, et ses cinq frères et sœurs qui héritent des vignes familiales et d’un bon paquet de dettes. Katharina, jugeant Friedrich trop chétif pour le dur labeur des champs, décide d’en faire un barbier. Mais ce n’est pas à Kallstadt, modeste bourgade de mille âmes, que le garçon pourra exercer son art et ce, d’autant plus que l’âge de la conscription dans l’armée impériale allemande approche. Friedrich, qui n’a alors que 16 ans, décide d’émigrer aux États-Unis.Nous sommes en 1885. Après une traversée de 12 jours à bord du Eider, le jeune Friedrich arrive au Castle Garden [1] le 19 Octobre avec un bon millier de ses compatriotes. Comme tous les migrants depuis la nuit des temps, ce sont majoritairement des hommes, ils sont jeunes, célibataires et plutôt pauvres. Friedrich n’échappe à aucune de ces règles mais il peut compter sur sa sœu…

Opération Léviathan

Peu d’État, dans l’histoire du monde, ont plus mérité d’être appelé Léviathan que le nôtre aujourd’hui. La superstructure publique est partout, elle intervient dans tous les domaines et, si vous lisez ces mots, c’est que vous faites partie de ceux qui en ont pris conscience.En théorie, dans ce qu’il est convenu d’appeler un démocratie, le peuple souverain est en mesure de surveiller le Léviathan et, si besoin est, de l’obliger à reculer. Sauf que, dans l’état actuel de nos affaires publiques, cet acte de surveillance est devenu impossible. Il y a trop de comités, trop d’agences, trop de lois pour qu’un être humain normalement constitué puisse espérer, même en y consacrant tout son temps, même en étant notoirement compétent, démêler le nœud Gordien des affaires publiques.Simplement : c’est trop compliqué, trop changeant pour que vous ou moi puissions prétendre y comprendre quoi que ce soit et donc, voter comme de vrais citoyens.Mais l’union, dit-on, fait la force. Si, seuls dans nos co…

Les comités Théodule

Le Comité Stratégique au Calcul Intensif, le Haut Conseil de l’Éducation Artistique et Culturelle, l’Observatoire des Jeux, la Grande Commission Nautique, la Conférence de la Ruralité, le Groupe Interministériel des Normes… L’imagination de nos dirigeants en matière de comités Théodule ne semble connaitre aucune limite.Grâce à quatre courageuses et courageux (un grand merci à Delphine, Ugo, Clément et Caroline qui nous a fourni un fichier de contrôle très utile), nous disposons maintenant d’un fichier exploitable conçu sur la base des données trouvées en annexe du PLF 2016 (le « jaune ») pour les années 2012, 2013 et 2014 (les coûts sont donnés en milliers d'euros).Au total, nous avons donc 504 comités, conseils, observatoires, commissions, conférences et autres groupes interministériels — ci-après « instances ». Certaines ont disparu depuis, d’autres sont de création très récente mais ça donne un ordre de grandeur. Ces instances occupent, plus ou moins, un maximum de 19 890 memb…

Le bilan de l'État

Au 31 décembre 2015, l’actif de l’État était évalué à 982.3 milliards d’euros.On y trouve principalement des actifs physiques (terrains, immobilier, infrastructures, notamment routières, matériel, notamment militaire), des participations financières (les très nombreuses participations de l’État, avec ou sans contrôle, mais aussi prêts et avances à des collectivités ou à des États étrangers) et même des immobilisations incorporelles (comme, par exemple, le spectre hertzien, évalué à 8.2 milliards). À cela se rajoutent un actif circulant, composé de stocks (notamment militaires) et de créances et la trésorerie de l’État.Le passif de l’État est composé à 76.4% de sa dette financière c’est-à-dire des obligations émises pour financer nos 42 ans de déficits budgétaires et, dans une moindre mesure, pour gérer la trésorerie de l’État. À côté de ça, on trouve évidemment un certain nombre de créances (fournisseurs, personnels, retraites, trop-perçus d’impôts etc…), quelques provisions pour risq…

Société Nationale des Catastrophes Financières

Nous ne reviendrons pas ici sur la qualité des services de la SNCF, sur son incapacité chronique à respecter ses horaires, sur sa grille tarifaire kafkaïenne, sur le confort spartiate de ses trains, sur la vétusté alarmante de ses équipements ni sur les grèves à répétition de son personnel. Non, cette fois-ci, nous allons parler finances parce qu’au cas où ça vous aurait échappé, la situation est dramatique.Malgré la quantité phénoménale d’aides publiques dont bénéficie le groupe — entre 11 et 12 milliards chaque année sans compter les subventions d’équilibre pour le régime spécial de retraite des cheminots (3.36 milliards en 2014), le CICE et sans doute encore quelques autres — la SNCF parvient à peine à présenter un résultat net positif. Au dernier pointage, pour l’année 2016, elle arrive péniblement à 567 millions après avoir perdu plus de 12.2 milliards en 2015 pour cause de dépréciation d’actifs.Bref, la SNCF est un gouffre financier qui accumule les pertes et donc, une dette aby…