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Affichage des articles du mars, 2016

Le capital au XIXe siècle et la marche aléatoire log-normale

(J’ai écrit ça un peu vite, ça mérite quelques relectures. Vos commentaires et éventuelles corrections sont les bienvenus.)Toute la théorie de M. Piketty repose sur l’idée selon laquelle le capital (peu importe ce que vous entendez par là) affiche un taux de rendement moyen ($r$) stable de l’ordre de 4 à 5% par an [1] ; lequel est nettement supérieur au taux de croissance annuel de l’ensemble des revenus ($g$) qui est estimé à environ 1%. C’est l’inégalité fondamentale $r > g$, la pierre angulaire du Capital au XXIe siècle, celle qui explique pourquoi, à terme, nous nous acheminons inexorablement vers un monde dans lequel toutes les richesses mondiales se concentrerons dans les mains d’une infime minorité.Un aspect essentiel de ce taux $r$, c’est que c’est une moyenne. Piketty lui-même l’écrit tout à fait explicitement : le capital, quelle que soit sa composition [2], ne génère pas un taux de rendement $r$ tous les ans ; il y a de bonne années et de moins bonnes ; ce chiffre de 4 à…

Le puzzle du x% -- un teaser

L’idée force du Capital au XXIe siècle de Thomas Piketty peut se résumer comme suit : le taux de rendement du capital ($r$) est plus élevé que le taux de croissance des revenus ($g$). C’est l’inégalité fondamentale $r > g$ qui fait que, même si les détenteurs de capital ne capitalisent qu’une fraction des revenus tirés d’icelui, leurs patrimoines (et les revenus associés) croîtront plus vite que le reste de l’économie. À plus ou moins brève échéance, ils possèderont pratiquement tout tandis que l’immense majorité de ceux qui ne vivent que des revenus de leur travail n’auront, pour ainsi dire, rien.À l’appui de sa théorie, Piketty compare la croissance du patrimoine moyen mondial à celle des un cent millionièmes les plus riches d’entre nous (le 0.000001%) de 1987 à 2013 et observe, ce qui est sans doute exact, que ce $x$% a vu son patrimoine croitre de 6.8% en moyenne contre seulement 2.1% pour le commun des mortels (Tableau 12.1, page 693). De là, l’auteur du Capital au XXie siècle

De ce qu’il faut cesser de pratiquer l’exégèse des textes religieux des autres

La Genèse ouvre le ban [III, 16] et le principe est confirmé par la première épître de Saint Pierre [III, 1] mais c’est sans doute Paul de Tarse qui, dans sa foisonnante correspondance, met les choses le plus au clair : vous pouvez consulter la première épître aux Corinthiens [XI, 3 puis XI, 6-10 et XIV, 33-35], l’épître aux Éphésiens [V, 22-24], l’épître aux Colossiens [III, 18], l’épître à Timothée [II, 11-14] ou l’épître à Tite [II, 3-5] — j’en oublie sans doute. Bref, à la lecture des textes canons de la bible catholique, il est tout à fait clair que la femme est soumise à l’homme autant que ce dernier est soumis à Dieu. « L’homme n’a pas été créé pour la femme, écrit Paul, mais la femme pour l’homme » — raison pour laquelle cette dernière doit se voiler en « signe de sujétion » [Corinthiens, XI, 8-10].Et donc ?Eh bien, mon Dieu, pas grand-chose. Il est bien possible que, pendant quelques siècles, la subordination de nos douces moitiés ait eu force de loi avec plus ou moins de rig…

Les héritiers oisifs de Thomas Piketty

Les 10 premières fortunes mondiales 2016 selon Forbes :1/ Bill Gates (60 ans, 75 milliards) — Bille Gates est le fils d’un célèbre avocat et d’une femme d’affaire de Seattle. C’est au collège qu’il rencontre Paul Allen avec qui il fondera Microsoft quelques années plus tard. Gates est donc issu d’un milieu très aisé mais sa fortune, il l’a construite seul.2/ Amancio Ortega Gaona (79 ans, 67 milliards) — Le patron d’Inditex, plus connu pour la marque Zara, est le fils d’un cheminot et d’une femme de chambre. Il a quitté l’école vers 14 ans et commencé à travailler comme petite main chez un fabriquant de chemises local.3/ Warren Buffet (85 ans, 60.8 milliards) — Le « meilleur investisseur du monde » est le fils d’un petit courtier indépendant en actions devenu membre du Congrès et le petit-fils d’un épicier du Nebraska. C’est en réinvestissant ses premiers salaires qu’il démarre sa carrière d’investisseur.4/ Carlos Slim (76 ans, 50 milliards) — Né au Mexique d’un père et d’une mère d’or…

Les prix « avant l’euro »

(J’ai l’intention de compléter cet article au fur et à mesure. Si vous avez des prix à proposer (avec des sources crédibles), n’hésitez pas à le me suggérer dans les commentaires.)L’euro a été introduit en deux temps. La première étape a eu lieu le 1er janvier 1999 à minuit, quand le taux de change irrévocable des différentes monnaies nationales par rapport à l’euro a été fixé définitivement — soit, pour ce qui nous concerne, 1 euro = 6.55957 francs. La seconde étape, l’introduction des pièces et billets en euro, s’est étalée sur un mois et demi : du 1er janvier 2002 au 17 février 2002 ; date à laquelle les espèces en franc ont été privées du cours légal [1] — c’est-à-dire qu’il était interdit de les utiliser ou de les accepter en règlement d’une transaction.SalairesÀ compter du 1er juillet 2000, le SMIC horaire brut était fixé à 42.02 francs soit, pour avec une durée légale du travail de 39 heures par semaine (169 heures par mois), 7 101.38 francs bruts par mois. Le 1er juillet 2001,…

Le prix de la baguette (1950-2015)

En 1950, la baguette de 300g se vendait en moyenne 26 anciens francs à Paris et dans l'agglomération parisienne. En 2015, la baguette de 250g vaut en moyenne 86 centimes d'euros en France métropolitaine. Voici un résumé avec des prix tous les cinq ans exprimés en nouveaux francs et en euros pour un poids standard de 250g. Les pourcentages de variations sont annualisés.AnnéeEurosFrancs%19500.030.22-19550.030.23+0.7619600.050.3+5.919650.070.44+819700.090.57+5.319750.140.9+9.619800.251.67+13.219850.42.6+9.319900.463.03+3.119950.583.83+4.820000.644.2+1.820050.754.92+3.220100.845.49+2.220150.865.66+0.6Notes :La baguette pesait 300g jusqu'en 1961 et 250g ensuite ;Jusqu'en 1978, les prix étaient réglementés ;Ces prix sont ceux de Paris et de l'agglomération parisienne jusqu'en 1991 et ceux de la métropole ensuite ;Toutes ces données sont issues (i) des différents Annuaires statistiques de la France publiés à l’époque, (ii) de l’Annuaire rétrospectif de la France de 19…

Et si on faisait preuve d’honnêteté juste pour rigoler ?

Vous avez peut-être vu circuler cette image sur les réseaux sociaux :Ceux d’entre vous qui ont quelques notions basiques d’économie (ou, à défaut, un minimum de mémoire) ont sans doute déjà repéré quelques chiffres étranges. Voici le détail :Le kilo de tomatesLe prix moyen du kilo de tomates de 2014 était en réalité un peu plus élevé que ça : selon l’Insee, il fallait débourser 2.8 euros soit 18.37 francs. En revanche, le prix de 70 centimes de francs en 2002 relève de la pure fantaisie : il fallait en réalité compter 2.7 euros (soit 17.71 francs). Juste pour information, en 1951 et en région parisienne, le kilo de tomates se vendait déjà 123.6 anciens francs soit l’équivalent de 1.236 (nouveaux) francs : autant dire que ce prix de 70 centimes de francs n’a sans doute jamais existé ailleurs que dans l’imagination fertile de l’auteur de ce tableau.Le litre d’essenceCe qui est bien, quand on fait des statistiques de prix, c’est d’être précis. Essence d’accord, mais laquelle ? Comme l’au…

Quiz : qui paie ses salariés au Smic ?

J’ai posé cette question :#Quiz : Dans quel type d'entreprise trouve-t-on la plus forte proportion de salariés payés au Smic ?— Guillaume Nicoulaud (@ordrespontane) 20 mars 2016Pour ne pas faire durer inutilement le suspens, la bonne réponse était la première, les entreprises de moins de dix salariés aussi connues sous le nom de Très Petites Entreprises (TPE).Voici, en fonction du nombre de collaborateurs par entreprise, la proportion de salariés rémunérés au Smic en 2010 selon la DARES et l’Insee [1] :En %
Source : DARES / Insee Comme vous pouvez le constater, 23.6% des salariés de TPE sont rémunérés au Smic tandis que, dans les grandes entreprises [2], seuls 4.2% des salariés sont concernés. Si vous y réfléchissez, c’est assez logique : non seulement les grands groupes ont des moyens que les TPE n’ont pas mais aussi, leurs grilles de rémunérations ont souvent fait l’objet de négociations internes ou d’accords de branche ce qui fait que le salaire minimum chez Axa, Danone ou Renaul…

La proportion de trucs sous la médiane

Juste pour rire, j'ai posé cette question :En 1970, quelle proportion de salariés français gagnaient moins que le salaire médian ?— Guillaume Nicoulaud (@ordrespontane) 18 mars 2016Évidemment et par définition, la bonne réponse était 50%. C'est le principe d'une médiane : 50% des patates ont un poids inférieur au poids médian des patates, 50% des trains roulent plus vite que la vitesse médiane des trains et 50% des capitaines sont plus jeunes que l’âge médian des capitaines. Bref, c’était une farce et, grâce à quelques camarades qui ont vu le truc, elle a connu un certain succès — nous permettant au passage de rire un bon coup [1].Sur 361 réponses, vous êtes 220 (61%) à avoir trouvé la bonne réponse et donc 141 (39%) a avoir répondu sans comprendre les termes de la question [2]. N'ayez aucune inquiétude : il n'y a aucun moyen de savoir qui a voté et donc qui a voté quoi, l'honneur est sauf :)Notez aussi qu'à l'heure où j'écris ces lignes, ce tweet a…

Quiz : la proportion de licenciements économiques

Je commence à prendre goût aux sondages sur Twitter :Parmi les chômeurs indemnisés par Pôle Emploi, quelle est la proportion de licenciements économiques ? #SansTricher— Guillaume Nicoulaud (@ordrespontane) 17 mars 2016C’est le problème quand on a des followers d’élite : la (très nette) majorité a raison : 11%. Dans les grandes proportions et d’après les données de l’Unedic, la grosse masse des allocataires est composée de fin de CDD et de missions d’intérim (46%), les licenciements représente un tiers de l’effectif dont un tiers de licenciements économiques (les 11%) ; le solde se partage entre 14% de ruptures conventionnelles, 2% des départs volontaires et 4% de divers.

On vaut mieux que ça ?

Il y a quelques jours, Stéphane Ménia twittait ça :Pour les jeunes sans qualifications, t'as pas 50 solutions envisageables. Baisse du coût du travail ou formation. 4/2— éconoclaste (@econoclaste) March 15, 2016Juste pour permettre à tout le monde de bien comprendre de quoi on parle, voici un graphe : c’est l’évolution des salaires médians au cours des 4 premières années de vie professionnelle, en fonction des diplômes et comparés au Smic [1].En euros
Source : Insee Vous vous demandez pourquoi nos gamins sont au chômage ? La réponse est sous vos yeux : un système éducatif qui s’est considérablement dégradé ces 20 dernières années [2] et un salaire minimum (sans parler des cotisations sociales et autres taxes) déjà trop élevé et en constante augmentation.Au final, la situation est assez simple : jusqu’au milieu des années 1990, on faisait des études supérieures pour avoir un bon job. Aujourd’hui, on fait des études pour échapper au chômage.---
[1] Shortcoming : les données pour le S…

Pauvreté et inégalités de niveau de vie de 1970 à nos jours (débriefing)

Débriefing du petit quiz que je vous ai proposé en début de semaine. Au total, j'ai récolté exactement 100 réponses (je qui est très peu, j'y reviens).Dans la première question, je vous proposait d'évaluer le niveau du seuil de pauvreté monétaire (à 60% du revenu médian) dans la France de 1970, exprimé en euros (2013). La bonne réponse, sur la base des données de l’Insee, était 496 euros. Concrètement, ça signifie qu’en 1970, on était pauvre quand on avait un niveau de vie inférieur à l’équivalent de 496 euros actuel ; aujourd’hui, on est pauvre avec un niveau de vie inférieur à 1 000 euros. C’est donc un doublement du seuil de pauvreté ; une progression annuelle de 1.6% de plus que l’inflation.Seuils de pauvreté monétaire
Source: Insee, en euros 2013 Sur 100 réponses, vous avez été 28 à donner un résultat juste ou peu s'en faut (entre 450 et 550 euros inclus) dont 26 à proposer 500 euros exactement. 27 participants ont donné un chiffre inférieur à 450 euros, 19 en-deçà …

Celles qui sont vraiment seules

Commençons par un cas d’école. Paul et Julie sont mariés et ils ont deux enfants de moins de 14 ans ; ce qui, dans les statistiques de l’Insee, correspond à 2.1 unités de consommation (1+0.5+0.3+0.3). Ils gagnent l’un comme l’autre 1 500 euros nets par mois ce qui fait qu’avec un quotient familial de 3, ils ne paient pratiquement pas d’IRPP (ou, du moins, le peu qu’ils paient est compensé par les prestations sociales). Au total et pour simplifier, ils ont un revenu disponible de 3 000 euros ce qui, rapporté à leurs 2.1 unités de consommation, fait un niveau de vie de 1 429 euros ; soit 429 euros de plus que le seuil de pauvreté à 60%. Bref, Paul, Julie et leurs deux enfants ne sont officiellement pas pauvres.Maintenant, supposez qu’ils divorcent. Comme dans la plupart des cas, Paul se retrouvera seul (une unité de consommation) tandis que Julie obtiendra la garde de ses deux enfants (1.6 unités de consommation). Évidemment, Paul va devoir payer un peu plus d’IRPP et touchera moins d’a…

Pauvreté et inégalités de niveau de vie de 1970 à nos jours

Update (2016-03-18 @ 10:05) : Le débrifing est en ligne ici.Ci-dessous un petit quiz destiné à mesurer votre perception de l’évolution de la société française de 1970 à nos jours sous l’angle des inégalités de niveau de vie en général et du taux de pauvreté en particulier. Il va de soi que vous pouvez tricher ou répondre plusieurs fois mais, dans la mesure où il n’y a rien à gagner, vous admettrez que ça n’a pas grand intérêt.Avant de commencer, quelques rappels peuvent être utiles :Par revenu disponible, on entend l’ensemble des revenus perçus par un ménage (salaires nets, revenus du patrimoine et prestations sociales) moins les impôts directs.Le niveau de vie d’un ménage est égal à son revenu disponible ajusté du nombre de personnes qui composent le composent. Techniquement, on divise le revenu disponible par un nombre d’unités de consommation : le premier adulte vaut 1, toute personne de 14 ans ou plus vaut 0.5 et les enfants de moins de 14 ans valent 0.3. Par exemple, un couple av…

Microagressions partout

« 14 civils dont quatre de race blanche. » C’est par ces mots qu’Hamed Bakayoko, ministre de l’intérieur de Côte d’Ivoire, confirmait le bilan macabre de l'attaque terroriste de Grand-Bassan.On comprend donc que dix des victimes étaient vraisemblablement « de race noire » — puisque le ministre ne juge pas utile de préciser plus [***] — et que la nationalité des quatre « de race blanche » n’est pas encore tout à fait établie ; ce que le ministre s’empresse d’ailleurs de confirmer : « nous avons identifié une (d’elles) de nationalité française et une allemande » — il reste donc deux victimes « de race blanche » dont on ne connait pas à ce moment la nationalité.Alors bien sûr, on pourrait rétorquer à M. Bakayoko qu’en français moderne, le terme de « race » ne s’applique qu’aux espèces animales domestiques et donc, que l’usage de ce mot n’est pas approprié. On pourrait mais on ne le fera pas parce qu’avec deux doigts de jugeote, on imagine bien, d’une part, que le ministre de l’intéri…

The minimum wage and aggregate demand

The debate about whereas or not the minimum wage should be raised may be summarized as follow: on one side, opponents argue that a higher mandatory minimum wage would prevent employers to hire unexperienced / underqualified workers. If you think about it, it makes perfect sense: just imagine what would happen if, somewhere in the United States, the government was to impose a—say—100 dollars minimum wage per hour. It is pretty obvious that it would put people out of work since many companies—especially small companies—would simply not be able to pay such rates. Of course, it is also means that a 1 dollar minimum wage would probably have no effect whatsoever on the unemployment rate since, as far the United States are concerned, even the less experienced / qualified workers are worth much more than that. So it really is a matter of numbers: a $15 minimum wage is likely to put a number people out of work but the question is whether or not that number is significant.On the other side, the…

Le top 10% des plus grosses fortunes françaises.

Il a deux façons de mesurer la richesse d’un individu ou d’un foyer : raisonner en termes de revenus (les flux) ou en termes de patrimoine (le stock). Le patrimoine est la valeur estimée de l’ensemble des biens possédés par un foyer — immobilier, épargne etc. — moins l’ensemble de ses dettes. Par exemple, si vous pensez que votre résidence principale vaut 300 000 euros mais que vous devez encore 200 000 euros à la banque, votre patrimoine immobilier ne vaut « que » 100 000 euros.Ceci étant posé, voici les résultats de mon petit quiz sur Twitter :Sans tricher : à partir de quelle somme est-on dans le top 10% des patrimoines les plus élevés de France ?— Guillaume Nicoulaud (@ordrespontane) 12 mars 2016La bonne réponse, sur la base des données de l’observatoire des inégalités [1], c’est effectivement environ 370 000 euros : c’est à partir de ce seuil qu'on rentre dans le club des 10% des français les plus riches en termes de patrimoine. Sur 181 participants, vous êtes 65 (36%) à avoi…

Le paradoxe du smicard riche

Samedi après-midi, plutôt que de faire une sieste, j'ai posé cette question :28% des salariés payés au Smic ont un niveau de vie supérieur au niveau de vie médian (Insee, 2012) — Quiz : comment est-ce possible ?— Guillaume Nicoulaud (@ordrespontane) March 12, 2016Juste au cas où vous auriez un doute, je n’ai rien inventé : c’est vraiment le chiffre calculé par l’Insee (à ceci près que les données datent de 2011, pas 2012 — ma faute).Évidemment, et comme je m’y attendais, tous ceux qui ont bien voulu se prêter au jeu ont immédiatement pensé à notre système fiscalo-redistributif. Bien sûr, la fiscalité et les aides sociales tendent à réduire les écarts de revenus mais, de là à admettre qu’ils puissent inverser la hiérarchie des revenus d’activité, vous admettrez qu’il y a une marge.La réponse, en réalité, est d’une simplicité enfantine : il suffit d’imaginer la situation d’un salarié payé au SMIC (et en CDD à mi-temps par-dessus le marché) dont le conjoint serait, par exemple, un ca…

Le Code de la Nature par Morelly

Alexis de Tocqueville, L’Ancien Régime et la Révolution (1856), Chap III. :« On croit que les théories destructives qui sont désignées de nos jours sous le nom de socialisme sont d’origine récente ; c’est une erreur: ces théories sont contemporaines des premiers économistes. Tandis que ceux-ci employaient le gouvernement tout-puissant qu’ils rêvaient à changer les formes de la société, les autres s’emparaient en imagination du même pouvoir pour en ruiner les bases.« Lisez le Code de la Nature par Morelly [1], vous y trouverez, avec toutes les doctrines des économistes sur la toute-puissance de l’État et sur ses droits illimités, plusieurs des théories politiques qui ont le plus effrayé la France dans ces derniers temps, et que nous nous figurions avoir vues naître : la communauté de biens, le droit au travail, l’égalité absolue, l’uniformité en toutes choses, la régularité mécanique dans tous les mouvements des individus, la tyrannie réglementaire et l’absorption complète de la person…

Qui va payer la surtaxe des CDD ?

« Le CDI, c’est ce que demandent les jeunes. Et ils ont raison. »
— François Hollande, 10 mars 2016Comme il est bien entendu qu’il n’est pas de problème qu’une nouvelle taxe ne saurait régler, la solution qui, selon les termes de Mme El Khomri, serait « sur la table » consisterait à surtaxer les CDD ou, pour être plus précis, d’augmenter les cotisations dites « patronales » sur ce type de contrats de travail. Ainsi, pense-t-on en haut lieu, les employeurs seront dissuadés d’offrir des contrats précaires et incités à signer des CDI.Deux observations s’imposent. La première, c’est que notre gouvernement semble enfin avoir compris qu’une augmentation des cotisations sociales a un effet dissuasif sur l’embauche. C’est une simple question de logique élémentaire : si, pour décourager les employeurs de signer un type de contrat, vous pensez qu’il faut en augmenter le coût, vous admettez de fait l’élasticité-prix de l’offre de travail.C’est, de ce point de vue, une excellente nouvelle : au re…

De l’incapacité industrielle de l’État

Si l’entreprise d’État est une vieille tradition française héritée de l’Ancien Régime, les commentateurs modernes perdent souvent de vue que le phénomène est en réalité resté marginal pour ne pas dire anecdotique jusqu’au premier tiers du XXe siècle. Il faut imaginer qu’en 1900, l’essentiel du réseau ferroviaire est privé [1], la Banque de France appartient encore à ses actionnaires et les interventions des pouvoirs publics dans la sphère productive prennent essentiellement la forme de concessions assorties de cahiers des charges — lesquels, notamment dans le cas de l’industrie ferroviaire, s’avèreront parfois mortels [2].À part les Postes et Télégraphes qui viennent de récupérer le réseau téléphonique [3], le monopole sur le tabac et les allumettes et quelques autres entités comme la « Manu » de Nantes, les entreprises publiques ne pèsent, pour ainsi dire, presque rien ce qui ne l’empêche pas, dès les années 1920, d’être sous le feu des critiques : Henri Fayol, après une enquête sur …

Êtes-vous vraiment sûrs de vouloir une égalité salariale hommes-femmes ?

À l’occasion de la journée des droits de la femme, Alexandre Delaigue a reposté un de ses vieux papiers (Et si l’on créait un vrai congé de paternité ? sur liberation.fr, le 18 juin 2012), article qui, selon votre serviteur, mérite bien des louanges mais aussi quelques critiques — les premières se voulant objectives, les secondes tout à fait amicales.L’immense mérite de cet article, c’est de tordre le coup à l’idée absurde selon laquelle les écarts de rémunération entre hommes et femmes seraient dus aux préjugés sexistes d’une société patriarcale ; le fameux « plafond de verre » qui expliquerait, selon certains, que ces dames soient aussi sous-représentées dans les directions d’entreprises comme à l’Assemblée Nationale [1].Entendons-nous bien : que le phénomène existe ne fait pas le moindre doute. En cherchant bien, vous trouverez à coup sûr un employeur qui refuse de nommer des femmes aux postes qu’il juge stratégiques pour des raisons explicitement sexistes — c’est-à-dire parce qu’i…