Accéder au contenu principal

Pauvreté et inégalités de niveau de vie de 1970 à nos jours (débriefing)

Débriefing du petit quiz que je vous ai proposé en début de semaine. Au total, j'ai récolté exactement 100 réponses (je qui est très peu, j'y reviens).

Dans la première question, je vous proposait d'évaluer le niveau du seuil de pauvreté monétaire (à 60% du revenu médian) dans la France de 1970, exprimé en euros (2013). La bonne réponse, sur la base des données de l’Insee, était 496 euros. Concrètement, ça signifie qu’en 1970, on était pauvre quand on avait un niveau de vie inférieur à l’équivalent de 496 euros actuel ; aujourd’hui, on est pauvre avec un niveau de vie inférieur à 1 000 euros. C’est donc un doublement du seuil de pauvreté ; une progression annuelle de 1.6% de plus que l’inflation.

Sur 100 réponses, vous avez été 28 à donner un résultat juste ou peu s'en faut (entre 450 et 550 euros inclus) dont 26 à proposer 500 euros exactement. 27 participants ont donné un chiffre inférieur à 450 euros, 19 en-deçà de 350 euros et mêmes 3 ont répondu 100 euros : vous êtes donc 27% à surestimer la hausse du salaire médian sur l'ensemble de période. À l’opposé, vous êtes 45 à avoir donné un chiffre supérieur à 550 euros (dont 33 au-delà de 650 euros) et donc à sous-estimer les progrès réalisés sur la période. Parmi ceux-là, 5 pensent que le seuil de pauvreté est resté stable à 1 000 euros et 6 autres pensent même qu’il a baissé (NB : il faut sans doute exclure une de ces réponses — 6 227 euros — qui ne m’a pas l’air très sérieuse).

La seconde question concernait la proportion de français vivant sous le seuil de pauvreté en 1970. La bonne réponse, toujours selon l’Insee, était 17.9%. Aujourd’hui (i.e. en 2013), ce chiffre est tombé à 14%. Comme vous pouvez le voir ci-dessous, c’est surtout au cours des années 1970 que le taux de pauvreté a reculé. Il a ensuite atteint son point bas en 2004 (12.6% de la population) avant de remonter un peu avec la crise.

Vous êtes 31 à avoir donné une réponse juste à plus ou moins 2% (de 16% à 20% inclus). À ma grande surprise, 43 participants ont surestimé le taux de pauvreté de 1970 (taux supérieurs à 20%) et 28 l’ont même imaginé de-delà de 26% (NB : j’ai même 2 réponses à 100%...#ahem). En revanche, seuls 26 participants ont répondu moins de 16% dont 9 en-deçà de 10% et même 4 qui ont estimé que personne ne vivait sous le seuil de pauvreté en 1970.

Dans la troisième question, je vous proposais d’évaluer l’évolution des inégalités de niveaux de vie sur l’ensemble de cette période. Il y a plusieurs méthodes pour mesurer ce genre de choses ; je vous propose ci-dessous une des plus couramment utilisées : l’indice Gini — un chiffre entre 0 (égalité parfaite) et 1 (une seule personne perçoit toutes les richesses). Comme vous pouvez le constater, la répartition des niveaux de vie est nettement plus égalitaire aujourd’hui qu’en 1970 [1] même si, depuis les années 1990, la situation tend à se détériorer (pour des raisons qui ne sont pas nécessairement celle qu'on croit).

L’immense majorité d’entre vous ont vu juste : vous êtes 64 à avoir estimé que, du point de vue des niveaux de vie, la société actuelle est plus égalitaire que celle de 1970. Pour 15 d’entre vous, rien n’a vraiment changé et pour les 21 restants, les inégalités ont augmenté.

La quatrième et dernière question, enfin, n’était là que pour identifier (très vaguement) vos convictions quant au rôle que doit jouer l’État dans la lutte contre la pauvreté et la réduction des inégalités. L’idée, comme vous l’avez sans doute deviné, était de vérifier s’il existe un lien entre perception du passé et préconisations pour l’avenir. Autant le dire tout de suite, le panel étant très biaisé et le nombre de réponses insuffisant il n’y pas grand-chose à en tirer : en gros, il n’y a aucune tendance significative qui mérite qu’on s’y arrête. Juste pour information : 59 estiment que l’État ne doit pas intervenir dans la lutte contre la pauvreté et les inégalités et 35 pensent le contraire dont 12 qui estiment qu’il devrait intervenir plus.

Au total, 5 participants ont bien répondu à toutes les questions (i.e. les 3 premières) et 11 se sont trompés systématiquement. Sur ces derniers on a tous les profils mais le cas le plus fréquent (5) est celui de ceux qui (i) sous-estime la hausse du seuil de pauvreté depuis 1970, (ii) sous-estime le taux de pauvreté en 1970 et (iii) pensent que les inégalités ont augmenté depuis.

Dernier point qui me semble intéressant, j’ai un total de 482 visites sur l’article pour 100 réponses seulement. Pour en avoir discuté avec certains d’entre vous, il semble que beaucoup de visiteurs aient été rebutés par la complexité de certaines questions — notamment le raisonnement en euros constants et le concept de niveau de vie. C’est intéressant parce que tout le monde parle de la pauvreté et des inégalités et presque tout le monde a un avis bien tranché sur leurs évolutions ces dernières décennies (et même, souvent, sur les causes de ces évolutions et les solutions qu’il faudrait mettre en œuvre pour améliorer la situation).

Or, manifestement, quand on aborde ce sujet de façon certes imparfaite mais au moins factuelle, il semble que beaucoup de gens sont très mal à l’aise avec les notions de base qui permettent de mesurer la pauvreté et les inégalités dans le temps.

---
[1] Juste pour donner un ordre de grandeur : à la fin des années 2000, les coefficients de Gini par pays mesurés par l’OCDE s’étalaient de 0.236 à 0.476 — Une progression de 0.33 à 0.29 est donc loin d’être négligeable.

Commentaires

  1. Remarque la dernière question était mal posée: on peut très bien souhaiter que l'État intervienne pour lutter contre la pauvreté mais ne pas souhaiter qu'il intervienne pour lutter contre les inégalités. Certains pensent même que les 2 sont inconciliables: lutter contre les inégalités conduirait à augmenter la pauvreté.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Brandolini’s law

Over the last few weeks, this picture has been circulating on the Internet. According to RationalWiki, that sentence must be attributed to Alberto Brandolini, an Italian independent software development consultant [1]. I’ve checked with Alberto and, unless someone else claims paternity of this absolutely brilliant statement, it seems that he actually is the original author. Here is what seems to be the very first appearance of what must, from now on, be known as the Brandolini’s law (or, as Alberto suggests, the Bullshit Asymmetry Principle):The bullshit asimmetry: the amount of energy needed to refute bullshit is an order of magnitude bigger than to produce it.— ziobrando (@ziobrando) 11 Janvier 2013To be sure, a number of people have made similar statements. Ironically, it seems that the “a lie can travel halfway around the world while the truth is still putting on its shoes” quote isn’t from Mark Twain but a slightly modified version of Charles Spurgeon’s “a lie will go round the w…

Pro Macron - lettre ouverte à mes amis libéraux

Pardon pour cette platitude mais le succès d’Emmanuel Macron c’est avant tout l’expression d’un désir de renouvellement de notre classe politique. Je ne crois pas, si vous me permettez cette hypothèse personnelle, que la plupart de ses électeurs aient voté pour son programme et je suis même convaincu que très peu l’ont lu. Emmanuel Macron est avant tout l’incarnation de ce que nombre de nos concitoyens attendent : une nouvelle tête — un candidat dont les débuts en politiques n’ont pas été photographiés en noir et blanc [1] — et, à tort ou à raison, une rupture avec le système politique hérité de la Libération.Et c’est précisément ça qui a, je crois, tué la candidature de François Fillon. Face à Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, lors de la primaire, il pouvait aisément passer pour le candidat du renouvellement de la droite et ce, d’autant plus qu’il tenait à l’époque un discours très libéral au regard de ce à quoi nous sommes habitués de la part des Républicains [2]. Seulement voilà : no…

Les Chicago Boys, Milton Friedman et Augusto Pinochet

Cinq Chicago Boys vers 1957
(dont Sergio de Castro, à droite)Tout commence en 1955. Nous sommes alors en pleine guerre froide et les deux grands blocs — l’URSS et les États-Unis — se livrent une lutte sans merci pour accroître leurs zones d’influences respectives. Dans la longue liste des terrains d’affrontement, l’Amérique Latine figure en bonne place et le Chili n’échappe pas à cette règle. La situation chilienne, du point de vue américain, est particulièrement inquiétante : la gauche y vire marxiste, le reste du spectre politique est divisé et les politiques populistes du général-président Carlos Ibáñez ne laissent rien présager de bon. À Washington, on cherche donc à restaurer l’influence des États-Unis dans la région.C’est dans ce contexte qu’en juin 1955, Theodore Schultz, Earl Hamilton, Arnold Harberger et Simon Rottenberg, tous représentants de l’Université de Chicago, débarquent à Santiago pour y signer un accord avec l’Université Pontificale Catholique du Chili. L’objet de l’…