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Le gambit des pions

Aux échecs, le gambit est une manœuvre qui consiste à sacrifier une pièce – en général un pion jugé sans importance – dans le but d’obtenir un avantage stratégique sur son adversaire. Appliquée à la chose politique, les pions étant de gentils électeurs suffisamment naïfs pour croire qu’on leur veut du bien, cette stratégie peut s’avérer particulièrement machiavélique et démontrer l’absence totale de scrupules de celui ou celle qui la met en œuvre. Dernière illustration en date par Jean-Luc Mélenchon :

La dernière grande idée de Monsieur Mélenchon consiste donc à augmenter le Smic à 1 700 bruts par mois et à financer cette mesure, notamment, en limitant la rémunération mensuelle maximale des français à 30 000 euros par mois. S’il est une chose absolument certaine c’est que, d’un point de vue purement politique, la manœuvre est tout ce qu’il y a de plus rationnelle : ni vous ni moi ne connaissons beaucoup de gens payés au Smic qui refuseraient une augmentation de 350 euros bruts par mois (259 nets). Par ailleurs, ces derniers étant beaucoup plus nombreux que les quelques péquins qui gagent 360 000 euros par an, dans les urnes ça ne fera pas un pli.

Pour ce qui est de l’autofinancement du dispositif, je suis déjà plus circonspect. A vue de nez et toutes choses égales par ailleurs, si on taxait l’intégralité des salaires supérieurs à 10 381 euros par mois, le produit de cet impôt atteindrait péniblement 12,1 milliards par an à répartir entre les 3,37 millions de nos compatriotes qui sont payés au Smic : soit même pas 300 euros par tête et par mois. Je n’ai pas l’intégralité de la distribution mais cet exemple suffit à démontrer que taxer au-delà de 30 000 bruts par mois n’a absolument aucune chance de financer le Smic à 1 700 euros : on est loin du compte, il va donc falloir compléter et là, de toute évidence, il n’y a pas que les « super-riches » qui vont y passer. Accessoirement, on voit difficilement pourquoi un employeur continuerait à payer un de ses salariés plus de 30k si ce dernier se fait confisquer l’excédent ; quand le filon des avantages en nature aura été usé jusqu’à la corde, je vous fiche mon billet que des salariés payés plus de 360k par an il n’y en aura plus un seul. Et donc, qui va payer ?

D’autant plus qu’à 1 700 euros bruts par mois, un salarié payé au Smic coûtera environ 2 636 euros à son employeur sauf bien sûr si Monsieur Mélenchon décide d’augmenter les charges « patronales » [2] ; auquel cas se sera encore plus cher. Pour mémoire, l’Insee estime qu’une augmentation de 10% du Smic détruit 290 000 emplois ; le plan de Monsieur Mélenchon c’est une augmentation de 26%. Autant vous dire qu’à ce prix là il va aussi falloir sérieusement songer à un moyen de financer l’assurance chômage et ce, sans compter sur les boîtes qui auront mis la clé sous le paillasson, réduit leurs activités ou délocalisé.

Parallèlement à ça nos riches désormais bien taxés auront une solide incitation (de plus) à aller exploiter le vulgum pécus ailleurs. Si j’en crois les velléités gouvernementales d’instaurer une « exit tax » dans notre beau pays il semble qu’avant même que Monsieur Mélenchon ne soit élu, les riches ont déjà fortement tendance à aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs. « Qu’ils s’en aillent tous ! » disait-il. Outre un petit problème de recettes fiscales qui va se rajouter à celui déjà évoqué plus haut, il faut aussi considérer que le riche est souvent aussi un patron – c'est-à-dire un employeur ; ai-je pensé à évoquer le financement de l’assurance chômage ?

Un autre effet amusant des chasses aux riches en général c’est que ça vous bousille toute l’industrie du luxe de manière assez radicale. C’est idiot mais les types qui font vivre les grands hôtels, l’industrie automobile haut de gamme, la haute couture, les grands restaurants, les domaines viticoles prestigieux, les gestionnaires de fortune (etc…) ce sont justement les riches. Contrairement à ce que croient beaucoup de gens, il y a encore une industrie de l’habillement en Europe ; mais entre la disparition de ses seuls clients solvables et la remontée du Smic à 1 700 euros, il est à peu près certain qu’elle ne va pas faire long feu. Vraiment, il va y avoir un vrai sujet du côté de l’assurance chômage.

Je passe rapidement sur quelques aspects purement sentimentaux : qui restaurera les châteaux de nos campagnes ? Comment nos grands crus vont-ils survivre ? Quid de la haute couture parisienne ? De nos beaux hôtels et de nos chefs étoilés ? Quand on soviétise un pays, on récupère avec l’architecture, la mode et la gastronomie soviétique. C'est un choix...

Enfin, après que cette taxe sur les super-riches se soit transformée en taxe sur les très-riches, puis sur les riches et enfin sur les moins pauvres, Monsieur Mélenchon aura définitivement réglé ce problème d’inégalité : tous au chômage ou au Smic (payé en monnaie de singe) pour les plus chanceux.

Et voilà le gambit : Jean-Luc Mélenchon n’est certainement pas bête à ce point. Quand on sait qu’on ne sera pas élu, il est beaucoup plus malin de coller une pression malsaine sur le prochain occupant de l’Elysée, de le pousser à augmenter le Smic et à plafonner les salaires et de récolter le résultat cinq ans plus tard en accusant les effets catastrophiques de la « mondialisation ultralibérale ». En substance, Monsieur Mélenchon est en train de chercher à sacrifier quelques centaines de milliers de ses pions pour gagner un avantage stratégique lors des prochaines échéances électorales … à moins que ce ne soit Marine le Pen qui rafle finalement la mise.

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[1] C'est-à-dire les 1% de nos compatriotes les mieux payés selon l’Insee (2007), une population de 133 000 personnes qui gagnent plus de 124 573 euros bruts par an.
[2] Environ 788 euros par mois (partant du principe que la réduction Fillon a sauté).

Commentaires

  1. Vous êtes sur ILYS maintenant ! :-) Bientôt on vous appellera "Je suis partout" (je plaisante...). Excellent article, comme d'hab.

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  2. Robert Marchenoir25/09/2011 01:01

    Désolé, mais ça ne tient pas debout.

    Pour que cette théorie soit vraie, il faudrait que Méluche soit personnellement acquis aux thèses libérales ; qu'il soit, en son for intérieur, persuadé qu'augmenter le Smic aggraverait la pauvreté et augmenterait le chômage, mais qu'il fasse semblant d'être un communiste pour la galerie.

    Ce n'est pas crédible une seconde.
    A l'évidence, Méluche croit en ce qu'il raconte.

    Ou alors, cette histoire de gambit est à prendre au second degré, mais alors j'avoue ne pas en voir l'intérêt.

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  3. Robert,
    Alors peut être devriez-vous y réfléchir par deux fois...

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  4. Il faudrait rappeler à Méchancon qu'un smicard est déjà payé plus de 1700 euros bruts grâce au mythe des charges "patronales".

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  5. Salut Robert,
    bien sur que Mélenchon, s'il n'est pas acquis aux thèses libérales, sait très bien qu'en l'état actuel des choses, une hausse du Smic accroitra le chomage. Le méluche n'est pas un idiot.
    mais à partir de ce point, 2 hypothèses :
    - soit il est parfaitement cynique et ne fait que défendre son positionnement politique dans la plus pure tradition de mauvaise foi des responsables politiques français depuis 40ans.
    - soit il est convaincu qu'en ayant le pouvoir, il pourra à la fois augmenter le Smic et faire baisser le chomage (ne serait-ce qu'en créant des emplois publics 'fictifs). Bref, il imagine qu'il y a à l'Elysée un paramètre, un levier qu'il ne connait pas encore, mais qui lui permettra justement de contraindre assez fortement la réalité pour casser la causalité entre prix du travail et demande de travail.

    Cette deuxième hypothèse revient souvent en fin d'argumentation économique des socialistes, une fois que leurs autres hypothèses ont été démontées : "une fois au pouvoir, on verra bien comment faire".

    Pythéas

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  6. GK, ce qui est certains c'est que la demande de Mélenchon de plafonnement des salaires est un idéal finalement assez ancien.

    La question sur laquelle peu de gens se penchent est pourquoi les individus veulent-ils toujours plus ? Pourquoi le carpe diem a-t-il été à ce point rangé du coté de la force obscure ?

    Je me souviens d'un épisode de Star Trek (cast original) dans lequel le capitaine Kirk et son équipage arrivaient sur une planète fort dangereuse puisqu'elle endormait leurs sens de l'aventure,de l'entreprise et du struggle for life. Heureusement le brave Kirk sortait de sa torpeur, et réussissait à sortir des griffes atroces de cette planète Otium ses équipiers. Ouf.

    Version moderne de l'île des Lotophages, cet épisode en pleine guerre froide est une réelle curiosité historique dans le sens où il révèle le weltanschauung US qui a si bien présidé la mondialisation. Force est de le reconnaitre cela a eu des effets salutaires sur l'économie mondiale jusqu'à aujourd'hui.

    Mais la question actuellement est complètement ailleurs. Comment mieux partager dans un monde dont on a exploré tous les contours (ou presque) et où l'avancée technologique induit que la production de nombreux bien puisse se passer de labeur humain...Après tous la course aux étoiles, aux planètes lointaines d'où nous pourrions tirer les ressources nécessaire à une croissance débridée de populations n'est pas advenue.

    Autrement dit, cette préoccupation de Mélanchon sur le salaire maximum, sur l'accaparement progressive du capital par un petit groupe excluant ainsi les masses des décisions fondamentales sur l'économie n'est pas le seul apanage de la gauche extrême. C'est là un mouvement de pensée qui regroupe en son sein des hommes de tous les bords politiques dont la seule pensée commune est que le Darwinisme, AKA la sélection naturelle sauvage, n'est pas fatalement un horizon probant pour l'humanité et pour ceux qui la composent : les individus.
    Il y a eu des tentatives de pousser à l’extrême le Darwinisme social notamment par le truchement du massacre de populations jugées ex-ante inférieures pour favoriser l'avènement tant rêvé des übermensh. On le sait cette tentative échoua lamentablement, et il n'est qu'à observer la promptitude avec laquelle ces régimes fou chutèrent, entrainant avec eux les populations qu'ils étaient censé conduire vers la domination pour valider la parfaite nocivité de la sélection naturelle appliquée au genre humain...

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  7. Anonyme,
    J’en suis bien d’accord mais la méthode (le plafonnement arbitraire des rémunérations) n’est pas un moyen adapté aux fins cherchées (la réduction des inégalités).
    L’idée qui veut que l’économie de marché tend à accroître les inégalités et donc qu’il soit nécessaire que le gouvernement intervienne pour redistribuer ne repose sur rien de solide.
    Un exemple : quel a été l’effet du libre échange sur le niveau de vie des chinois relativement au notre ? Un autre : que tend à faire Boeing en voulant ouvrir une usine en Caroline du Sud plutôt que dans l’Etat de Washington (et, question subsidiaire, qui veut l’en empêcher) ?

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  8. "L’idée qui veut que l’économie de marché tend à accroître les inégalités et donc qu’il soit nécessaire que le gouvernement intervienne pour redistribuer ne repose sur rien de solide."
    Énorme celle-là!!!
    L'idée n'est pas que l'économie de marché tend à accroître les inégalités, l'idée est que la dérégulation des marchés tend à accroître les inégalités.
    Allez pour refaire votre éducation:
    http://www.les-crises.fr/inegalites-revenus-usa-3/

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  9. Les gens sont simplement écœurés parce qu’on leur annonce qu’il vont devoir se serrer la ceinture pour « soutenir l’économie » et que s’ils ne le font pas, c’est la récession par leur faute.
    Alors que depuis que Reagan à déréguler cette économie qui tournait pas si mal, les créanciers les plus riches font fructifier leur capital sans accepter les pertes; celle-ci sont systématiquement reportées sur le péquin moyen de façon dégueulasse (cf. au futurs effets désastreux de la grande inflation à venir, à moins qu'un défaut fasse enfin payer les créanciers les plus riches, qui n'ont jusque là pas accepter les risques).
    - plus de 70% de la dette française est détenue par les deux déciles de populations les plus riches;
    - 1% des américains les plus riches détiennent 24% du capital total des américains en 2007 (contre 9% en 1975) (merci qui, merci les ultra-libéraux);
    - le patrimoine de Liliane Betancourt équivaut au patrimoine de 20% de français les plus pauvres (13 200 000 qd mm…).

    Si tous le monde il était beau et gentil, peut-être. Mais là, non, vraiment, le libéralisme dérégulé j'adhère pas, vous semblez sous-estimer que beaucoup sont des loups, et qu'un tel système revient à appliquer la loi de la jungle.
    Mais vous semblez heureusement animé par la volonté de réduire les inégalités, alors je ne perds pas espoir sur votre cas.

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  10. Anonyme,
    Que les très hauts revenus aient mieux tiré leur épingle du jeu ces dernières décennies ne fait aucun doute. Que ce fait par ailleurs incontestables soit la conséquence de cette prétendue « dérégulation » relève du slogan politique.
    Qui sont les individus les plus riches de France ? Liliane Bettencourt (l'affaire Woerth-Bettencourt…), Francois Pinault (un des meilleurs amis de Jacques Chirac, qui a financé ses premières opérations ?), Serge Dassault (qui a financé le programme Rafale ?), Jean Claude Decaux (comment a-t’il fait fortune ?), Martin et Olivier Bouygues (comment papa a-t’il fait fortune ? qui est leur premier client ?)… Vous avez déjà jeté un coup d’œil aux CVs des dirigeants du Sbf120 ? Combien d’anciens directeurs de cabinets ministériels ? Combien de hauts fonctionnaires ? Jean-Marie Messier, Bernard Tapie… On continue la liste des super-riches français ?

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  11. Donc selon vous, tous ces inégalités sont la cause du copinage, du réseautage... Ben faut y mettre de l'ordre alors, c'est à dire des règles quoi... ;)

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  12. Anonyme,
    Vous allez demander au gouvernement de créer des règles et de s'obliger à les suivre ?
    ...

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  13. gaspard (c'est plus sympa qu'anonyme.. ;) )26/09/2011 14:11

    Et les marchés sont tenus par qui..., par les même que vous venez de citer. Je n'ai rien contre ces entrepreneurs dans le sens où ce sont eux qui créent la vrai valeur, mais j'en ai pour ceux s'enrichissent sur leurs capitaux et en font profiter ces gros entrepreneurs qui du coup consentent.
    Et tant qu'il y en aura pour qui s'enrichir est plus important que tout, c'est à dire...toujours...Il sera nécessaire de réguler
    CQFD

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  14. Et oui, c'est bien la dérégulation des marchés, arrivée avec Reagan qui a fait exploser les inégalités (Pourtant c'était à l'époque dans un but noble, celui de faire repartir l'économie!!).
    Regarder la progression de la répartition du patrimoine, ou mieux, de l'incide GINI aux States après cette date...
    Démontrer moi le contraire après ça.

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  15. Gaspard,
    Les marchés ne sont tenus par personne, sauf éventuellement les Etats et leurs petits amis (et cette remarque et notoirement valable pour les marchés financiers).
    Dans une économie de marché, l’enrichissement d’un entrepreneur est la mesure de la valeur ajoutée, de la richesse qu’il a *créé* lui, personnellement. Il *créé* de richesse, en dépense une partie (ce qui fait vivre beaucoup de monde) et en épargne une autre (ce qui permet de financer de nouveaux projets économiques et donc une nouvelle création de richesse).
    La remarque précédente ne tient pas quand l’entrepreneur profite d’une situation privilégiée indue qui lui est accordée par les pouvoirs publics (typiquement nos opérateurs télécom).

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  16. Les marchés sont une somme d'investisseurs et de spéculateurs ayant un objectif en commun: faire plus d'argent que les autres à partir de l'argent des autres (il n'y a aucune création de valeur réelle la dedans, seulement financière).
    Grâces aux dérégulations intervenues après 81 et 83, les investisseurs ne prennent quasiment plus les pertes lorsqu'ils jouent au casino; en effet, et peut-être malheureusement, ces pertes sont la plupart du temps absorbées par les états, les BCE ou l'inflation afin d'éviter la récession et ses traumatismes.
    Tant que vous continuerez à penser que la majorité de ces investisseurs a des scrupules quant aux vies humaines en jeu derrière leurs calculs de risques sur investissement, ce débat sera stérile.

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  17. Gaspard,
    1/ Les investisseurs dont vous parlez ne sont ni pire ni meilleurs que vous. J’en suis un moins même et j’en connais suffisamment pour savoir de quoi je parle.
    2/ Ils sont, en effet, largement motivés par les profits qu’ils tirent de leurs activités ; au même titre que votre boulanger ou Steve Jobs.
    3/ Les investisseurs investissent soit pour leur propre compte, soit pour l’établissement qui les emploie, soit pour le compte de tiers comme vous et moi.
    4/ Ces métiers ont une utilité fondamentale : allouer le plus efficacement possible l’épargne disponible pour financer la croissance future.
    5/ Le sauvetage des banques en difficulté par nos gouvernants ou leurs banques centrales est une des principales causes de la crise que nous traversons. Voir ici.

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  18. Et pourquoi dans ce cas a-t-on du sauver ces banques, qu'est-ce qu'elle avait fait de si mal pour en arriver là?

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  19. Je ne vais pas vous contredire sur la théorie du libéralisme, dans un monde de bisounours ou tout le monde il est beau et tout le monde il est gentil, il n’y aurait même pas besoin de loi tout court! Et pas seulement pour l’économie.
    Dans ce monde idyllique, les gentils investisseurs ferait leur job; pour aider des jeunes entrepreneurs, développer la recherche, l’éducation, et en acceptant les pertes… Dans ce monde, les traders, (je vous crois sans pb, pour la plupart plein d'empathie), comprendrait qu'un investissement à risque ne peut pas être chiffré uniquement par un coût financier...

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  20. Anonyme(s),
    Il ne s’agit pas d’un « monde de bisounours » et encore moins d’un monde sans lois ni sanction ; il n’y a pas plus dur et plus immédiat que la loi et les sanctions du marché. Juste pour mémoire : le marché « voulait » tuer Bear Stearns ; c’est l’Etat US qui l’a sauvée.
    Sur la crise dite des « subprimes » :Fannie, Freddie et les bonnes intentions, “Too Big To Fail” Réglementation bancaire et conséquences inattendues et Il n’y a pas eu de « crise des subprimes”. Sur un sujet connexe : Le surprenant pouvoir des agences de notation.

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  21. Ce n'est donc pas parce qu'elles peuvent faire n'importe quoi (pas assez de régulation) que les banques ont spéculées sur des produits toxiques?
    Vous pensez donc qu'il faut laisser les spéculateurs eux-même tuer les mauvaises banques? Et les épargnants, que leur dites-vous? Qu'ils n'auraient pas dues avoir les yeux plus gros que le ventre et vouloir des taux d'intérêt plus intéressants... Et vous les laisser crever... Belle humanité... Et vous pensez bien sur que si tout fonctionnait comme cela depuis le début, les gens prendraient moins de risque, ne vivraient pas à crédit, et n'encourageraient pas les spéculateurs à prendre encore plus de risque qu'eux (ou pour eux)... Ben je ne pense résolument pas comme vous. Parce qu'à terme le plus fort se renforce et le plus faible s'affaiblit. Le plus fort bombarde de pub incitant à la consommation tout en faisant miroiter de magnifique possibilités de crédit. Le plus faible qui finit aussi par être moins éduqué (ben oui, le plus fort met ses enfants dans les meilleurs écoles) gobe tout.
    Ce jeu n'a que trop duré.

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  22. @ Anonyme : Soit, ce jeu là n’a que trop duré.
    Vous proposez, j’imagine, de définir de nouvelles règles du jeu ?
    Bien. Mais qui les définit ? Qui choisit ceux qui les définissent ? En fonction de quoi ? Le problème est toujours le même : plus vous mettez de contraintes, plutôt vous incitez les individus à trouver des solutions de contournement…
    Pourquoi ? Parce qu’il est dans la nature humaine de chercher son intérêt en premier lieu. On peut le regretter avec vous. On peut même se dire qu’on manque de gens désintéressés.
    N’empeche que partir du principe que chacun est parfaitement désintéressé de son confort et de la situation matérielle de ses enfants, c’est voir en chacun un Saint Siméon.
    A se demander qui vit dans un monde de bisounours...
    Alors oui, puisque je n’ai ni l’envie ni le droit de contraindre chacun à renoncer à son propre intérêt, autant responsabiliser au maximum pour éviter les désastres.
    Quant à l’école, ma foi, elle fonctionnait mieux avant que les pédagogos, la main sur le cœur et jurant d’œuvrer à l’émancipation des classes laborieuses, ne la mettent en coupe réglée.
    Car c’est avec une école exigeante et élitiste avec tous que des enfants dont les parents ne savaient pas lire sont devenus prix nobel de littérature.

    Pythéas

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  23. A long terme, le plus fort se renforce uniquement s'il acquiert le soutien de l'Etat. Le plus faible s'affaiblit pour cette même raison.

    L'Etat n'est ni meilleur ni moins bon que les "spéculateurs". Il arbitre d'abord en fonction de son intérêt propre, de ses fonctionnaires et de l'oligarchie associée. Bref, l'Etat cherche avant tout à survivre. Mettre 4 millions de "faibles" au chômage est ainsi un "sacrifice" tout à fait supportable pour l'Etat.

    Le seul moyen d'aider les plus faibles est de garantir que l'Etat reste limité aux pouvoirs régaliens et à un rôle d'arbitre, ce qui revient à leur garantir un accès libre au marché, unique moyen de leur développement.

    Le "spéculateur" est un des boucs-émissaires (riche, juif, arabe, étranger, etc.) utilisé par les politiques pour camoufler les échecs répétés des politiques constructivistes. Ne soyez pas naïf et pensez par vous-même plutôt que de répéter des slogans vides de sens.

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  24. Benjamin Franklin26/09/2011 21:15

    @Georges
    Vu le déferlement des commentaires, vous avez fait mouche ! Manifestement Contrepoints et votre blog gagnent sans cesse en visibilité, avec les avantages et les inconvénients que ça apporte...
    Concernant l'industrie du luxe que vous évoquiez, il eût peut-être fallu mettre en avant le poids de l'industrie du luxe dans l'économie et l'emploi en France, un paramètre que bien des dirigistes ignorent...

    Mais la percolation continue !

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  25. Georges, vous êtes un détecteur de cons.

    Remplacez le mot riches par Juifs ou banquiers, et vous aurez l'essence du socialisme : l'envie, la jalousie, qui sont l'apanage des minables. Sans oublier l'obsession pathologique du socialiste pour l'argent, surtout celui des autres.

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  26. Pour que les choses soient claires, je suis L'anonyme de 11:13, celui qui laissa aussi un message sur les étourneaux (d'ailleurs, il me semble que ce blog pourrait être considéré par des économistes comme source d'accroissement de productivité: vous rendant heureux, il vous permet sans doute de vous sentir plus à l'aise dans votre vie de tous les jours dont celle professionnelle. Ceci sans préjuger non plus de l'effet positif qu'il produit à l'occasion pour ceux qui aiment à vous suivre dans vos réflexions...), et enfin celui qui aux alentours de cette heure laissa aussi un message au bas de votre "laissez faire, morbleu".

    Il y a tellement d'anonyme qu'autant vous permettre de trier.

    Pour le plaisir de vous contredire:
    L'industrie du luxe Français a énormément évolué. Le gros de ses marges ne sont guère réalisées auprès des ultra-riches en leur vendant des produits hors de prix (en fait sur ce terrain, ce serait plutôt des pertes qu'elle accumule) mais sur des produits finalement destinés au grand public et vendus à des centaines de milliers d'exemplaires.

    Avec un salaire de 30 000 € par mois même plafonné, il y aura toujours des personnes pour acheter vins fins et produits extravagants ou se construire un appartement douillet...La nature humaine est ainsi faite que certain investirons dans la bonne chère, d'autres dans la bonne chair, et d'autres dans la bonne chaire.

    On pourrait même penser que la part du gâteau à redistribué étant plus important, les salaires augmentant, l'appétit du citoyen lambda pour des produits de luxe irait en s’accroissant.

    Bon enfin là je fais une plaidoirie pro-merluchiste. Dans la réalité, je crains que sont programme ne soit guère taillé pour une élection mais bien plus pour une insurrection. Ce en quoi je rejoins parfaitement les conclusions de votre article.

    En ce qui concerne vos affirmations sur Bettencourt, Pineau et consorts, je crois que vous taillez large. Si Pineau fit fortune sur le dos du Crédit Lyonnais (et donc par les entrées qu'il avait dans les cabinets ministériels) force est de reconnaitre qu'il fit un pari de taille tout de même.
    Bettencourt, dont la vieillesse est un naufrage à la pointe du raz, n'a pas amassé sa pelote par exactement les mêmes méthodes. Certes L'Oréal fut certainement choyé par les grands pontes du ministère de l'économie mais en tant que champion national et non en tant qu'appartenant à la famille Bettencourt. Enfin, c'est ce qu'il me semble.

    Par ailleurs vous avouez travailler dans l'investissement (connaissez vous Guillaume N. qui est aussi dans ce même secteur ?). Ne vous est il jamais arrivé de participer à une opération financière portée par l'une des entreprises tentaculaires dont ces personnes sont les affluents propriétaires ? Si tel est le cas n'avez vous pas ce faisant participé à l'accroissement de leurs capitaux et partant soutenu un processus d'intervention étatique que pourtant vous ne cessez de condamner ?

    Enfin, je me permets de vous contredire cette fois avec un certain aplomb. Vous écrivîtes :
    "Dans une économie de marché, l’enrichissement d’un entrepreneur est la mesure de la valeur ajoutée, de la richesse qu’il a *créé* lui, personnellement. .
    Ceci était certainement vrai dans les temps anciens et reste gravé dans le marbre des théories économiques. Néanmoins la financiarisation de l'économie a induit un biais capital :
    L'entrepreneur s'enrichit de nos jours sur la base des anticipations que font les "investisseurs" sur la richesse ou valeur ajoutée générée potentiellement sur le long ou moyen terme. Ainsi Steve Case et la bande d'AOL étaient les cadors de la bourse; rachetèrent Time Warner. Que reste-t-il aujourd'hui d'AOL ???

    Où l'on retourne au problème de l'irrationalité de la nature humaine.

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  27. Anonyme,
    Je crains fort que ce blog, au contraire, ne réduise considérablement ma productivité…
    Sur l’industrie du luxe, tout est une question de définition : la notion de luxe est relative. Par exemple, pour la plupart des gens, s’acheter un voilier chez Benetau est un luxe. Eh bien Benetau c’est un peu plus de 5 000 emplois.
    Dire qu’une augmentation arbitraire du Smic va faire monter les bas salaires suppose que les entreprises puissent se le permettre. C’est l’erreur classique des politiciens qui ne voient que des multinationales et oublient que les principaux pourvoyeurs d’emplois en France restent des PME déjà étranglées par les taxes et les coûts induits par la règlementation. Il y a beaucoup d’entrepreneurs dans ce pays qui gagnent moins de 1 700 euros par mois.
    Sur Bettencourt, le « champion national » c’est exactement ce que je reproche aux politiciens de droite comme de gauche : l’Oréal est une entreprise privée ; ce n’est pas un « champion national ». Pas plus que Dassault Aviation, le groupe Lagardère, Bouygues etc…
    Vous voulez savoir si j’exploite le système à titre personnel ou professionnel ? Oui, bien sûr : comme tout le monde. J’ai la faiblesse de penser que les gens ne sont pas « mauvais », qu’ils sont juste humains et que c’est le système qui est mauvais.
    Oui, je connais un Guillaume N qui est marseillais comme moi.
    Enfin, sur la valeur d’une entreprise c’est un sujet un peu complexe : disons pour faire court que le métier d’un entrepreneur est d’optimiser l’usage des capitaux dont il dispose pour faire en sorte que ces capitaux génèrent le plus de valeur ajoutée possible et c’est ce potentiel de bénéfices futurs qui est valorisés sur les marchés financiers : la rémunération d’un entrepreneur est donc bien directement liée à la richesse qu’il créé ; soit celle qu’il a déjà créé et qu’il a perçu sous forme de salaire ou de dividendes, soit celle qu’il créera dans le futur mais qu’il n’a pas encore perçu (valorisation du cours).

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  28. J’ai modifié les paramètres du blog pour limiter le nombre d’Anonymes dans les commentaires.

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  29. Ne pensez vous pas que les voiliers beneteau sont abordables pour des personnes ayant des revenus compris entre 10K€ et 30K€ mensuels ?

    J'aime la théorie que vous prônez mais la réalité est encore loin:
    "champion national": d'accord avec vous mais le fait demeure que tant que les population seront attachées à l'idée de nation, ce favoritisme perdurera. Ainsi Kanebo, quasi inconnu en France est N°1 au Japon et a été un temps mis sous tutelle par le gouvernement Japonais pour éviter un rachat à vil prix par L'Oréal.
    D'un point de vue pratique vous ne pourrez jamais empêcher que l'émergence de réseaux se basant sur la seule notion d'origine, ce qui est parfaitement irrationnel. Ainsi vous même avez sans doute un a-priori assez favorable envers d'autres Marseillais. Il me parait à un moment inutile de faire l'impasse sur ces sentiments de type au fond universel dans la théorie économique quand bien même ils entravent le marché.

    Oui la valorisation d'une entrerprise c'est complexe. Ce qui l'est moins quand on sort du consensus général (à savoir, plus une personne s'enrichit ,plus elle est est considérée comme étant intelligente ) et que l'on considère que le premier facteur d'enrichissement personnel extrême est la faculté à accaparer pour soi au mépris des intérêts sur le long terme de la collectivité (qui sont aussi sur le même long terme celui de l'individu).

    Ainsi je vois mal comment vous faites rentrer la fortune d'un Abramovitch dans votre définition de la valorisation d'une entreprise. Plus proche de nous, on pourra aussi noter que les quelques entreprises créées par Bernard Arnault et non rachetées ont quasi toutes fini à la benne....

    Sans remettre en cause absolument leurs talents respectifs et ceux de leurs commensaux à la table de la finance internationale, force est de constaté que la création de valeur par l'innovation dont ils peuvent se réclamer est sujette à débat...

    Ce qui devient irritant pour le public non fortuné c'est de constater que ces messieurs s'observent entre pairs et s'étourdissent dans une compétition endogame à celui qui a la plus grosse. Peu d'entre eux sont encore capables de porter des projets industriels qui fassent sens pour le bien-être présent et futur des communautés auxquelles, malgré tout, ils continuent de réclamer une appartenance mais dont ils négocient par egotisme/egoïsme/avarice le coût.

    et je mets fin à mon anonymat...

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