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Trop d’état nuit gravement à la liberté

Jacques Attali a publié sa réponse aux différentes réactions suscitées par sa proposition d’interdire purement et simplement le tabac. Je ne commenterais ici qu’un court extrait :

« Pour ces actes d’automutilation, sous toutes leurs formes, le principe doit être simple : une société démocratique doit éloigner ses membres de ce qui peut leur nuire. Et pour cela, elle doit d’abord comprendre ce qui les amène à agir ainsi. Elle doit ensuite éduquer, inciter, puis interdire. Mais si l’interdiction n’est pas une perspective, au moins à moyen terme, la société est complice et l’éducation ne sert à rien. »

La première chose qui me frappe c’est que monsieur Atalli semble – dans la plus pure tradition socialiste – confondre la société et le gouvernement. Une société n’est pas « démocratique ». Une société peut être libre et elle peut être libre notamment si son mode de gouvernement est démocratique. C’est une condition sans doute nécessaire mais en aucun cas suffisante. La preuve en est justement, que monsieur Atalli cherche très démocratiquement à nous priver d’une liberté.

La liberté telle qu’elle est fort bien définie par l’article IV de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789« consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». A ce titre, le législateur peut légitimement proscrire la consommation de tabac dans les lieux publics au motif que la liberté des fumeurs nuit à celle des non-fumeurs mais n’est, en revanche, absolument pas légitime quand il prétend « éloigner » les membres de la société « de ce qui peut leur nuire ». Le choix de fumer ou de n’en rien faire est un choix individuel qui n’engage que celui qui le fait. Aussi inadéquat qu’il puisse paraître à monsieur Atalli, c’est un choix d’homme libre. Les défenseurs des thèses paternalistes ont cette fâcheuse habitude de prendre leurs concitoyens pour des enfants irresponsables placés sous la bienveillante responsabilité d’un état-maman charger d’« éduquer, inciter, puis interdire ». Encore une fois, je repose la question : comment peut-on manquer de logique à ce point qu’on estime les français incapables de faire preuve de suffisamment de libre-arbitre pour prendre la décision de fumer ou de n’en rien faire et, dans le même temps, les croire suffisamment responsables pour élire le gouvernement de leur pays ?


La « société démocratique » de monsieur Attali ressemble à s’y méprendre à une forme insidieuse de despotisme éclairé. Au-delà du problème anecdotique du tabac, c’est une question de principe : le gouvernement ne doit en aucun cas nous priver de l’usage de notre libre arbitre. Cet étroit maillage de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes qui nous est imposé jour après jour non seulement par Bruxelles mais aussi par nos propres élus sont autant d’attaques contre nos libertés individuelles. C’est une dangereuse erreur que de croire que la démocratie suffit à elle seule à nous garantir contre l’arbitraire. La démocratie est un excellent système, le meilleur que nous aillons jamais trouvé mais elle n’est pas parfaite. A chaque instant et avec les meilleures intentions du monde, elle peut dégénérer et devenir un régime liberticide. La défense de nos libertés, aussi insignifiantes semblent-elles, est une lutte permanente et c’est aussi une lutte que nous devons mener contre nos propres tendances à vouloir régenter la vie des autres. Friedrich Hayek disait que « ce n’est pas la source mais la limitation du pouvoir qui l’empêche d’être arbitraire ». Trop d’état nuit gravement à la liberté.

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