Business case : les tabacchi de Vintimille

Soit un fumeur qui habite avenue Jean Médecin à Nice et qui dispose d’une voiture de taille moyenne qui roule au sans plomb 98.

À Nice, dans son bar-tabac habituel, il paye ses cigarillos préférés 63 euros la cartouche (Panter Mignon Dessert, 10x20). À Vintimille, à 39 km de là mais de l’autre côté de la frontière, la même cartouche ne lui coûte que 42 euros. La différence, naturellement, ce sont des taxes.

À 1,566 euro le litre de sans plomb 98, l’aller-retour en passant par l’A8 va lui coûter 9,86 euros d'essence (estimation fr.mappy.com) et 9,20 euros de péage (péage de la Turbie à 2,20 euros et Confine di Stato à 2,40 euros).

Légalement, il peut, sans aucun risque, acheter 4 cartouches en Italie et revenir avec en France. Au total, il économise donc 84 euros moins les 14,26 euros d’essence et de péage ; soit un gain net de 64,94 euros pour un trajet de 34 minutes à l’aller et autant au retour.

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Erratum (2012-02-23 17:12) : j'avais oublié le péage de Vintimille !

Le grizzly qui cachait la forêt

Résumons l’affaire. Goodyear veut fermer son usine de pneu d’Amiens parce qu’elle perd de l’argent. Le gouvernement cherche un repreneur et approche – notamment – Titan ; lequel regarde le dossier et, s’apercevant que l’affaire est dangereusement politisée (souvenez-vous de Mittal) et qu’en plus, le site est tenu par un « syndicat fou » (la CGT), décide de ne pas donner suite. Le 31 janvier, alors que Goodyear confirme son intention de fermer le site, Montebourg écrit au P-DG de Titan, Maurice « Morry » Taylor dit The Grizz, pour tenter de le rattraper au collet mais, dans sa réponse, ledit grizzly, fidèle à son style quelque peu (comment dire ?) rugueux, envoie le ministre balader.

Jusque-là, pas de quoi fouetter un chat : nous avons fait le choix – démocratiquement – d’un modèle social qui implique un niveau de taxes, de réglementation et d’interventionnisme élevé de telle sorte que, malgré la taille de notre marché intérieur et de celui de l’Union européenne au milieu duquel nous nous trouvons, des entreprises comme Goodyear ou Titan préfèrent de plus en plus aller investir ailleurs. Simple lien de causalité qui, si j’en crois les commentaires des uns et des autres, est parfaitement assumé.

Haro sur la mondialisation

Mais là où l’affaire du grizzly devient plus intéressante, c’est quand, mystérieusement, la lettre qu’il adresse au ministre du Redressement Productif (note à l’attention de la rédac’ : prière de conserver les majuscules et les caractères italiques) se retrouve dans la presse. Gros scandale ! Gros scandale parce que le plantigrade s’offre une charge à la hussarde contre le ministre et la sacro-sainte CGT – certes – mais aussi, et surtout, à cause d’un passage bien précis de sa réponse : celui dans lequel il écrit – horresco referens ! – que « Titan va acheter un fabricant de pneus chinois ou indien, payer moins d’un euro l’heure de salaire et exporter tous les pneus dont la France a besoin. »

Alors là, c’est la curée ! Songez un peu, ma bonne dame, à cet infâme américain mondialisé qui, dans une même phrase, ose non seulement déclarer qu’il refuse de venir contribuer au Redressement Productif National (quel manque de patriotisme !) mais en plus, se vante d’aller exploiter ces pauvres travailleurs chinois et indiens à raison d’un euro de l’heure. Voilà toute l’horreur de la Mondialisation ultralibérale™ révélée, l’abject cynisme de ces grands patrons exploiteurs de la misère du monde étalé au grand jour : Taillo ! Taillo ! Démondialisons pendant qu’il en est encore temps !

Et voilà donc notre grizzly affublé du plus infâmant des adjectifs de notre temps : le voilà ultralibéral. On nous rappelle ses méthodes de management brutales, la condamnation de son père, la pollution du site qu’occupait l’entreprise familiale – que sais-je encore ? Bref, voilà notre plantigrade devenu le symbole vivant du mal qui nous oppresse, de l’euro surévalué selon les experts, du libre-échangisme qui opprime les peuples, de la finance apatride qui attaque les nations etc.

Grizzly, piège à cons

Sauf que, chers amis, je crains fort que cet aspect de la réponse du grizzly ai été mal comprise. Je crains fort, pour tout vous dire, que celles et ceux d’entre vous qui ont fait du grizzly le symbole de l’affreuse mondialisation aient, ce-faisant, commis un léger – mais très léger – contresens : en effet, en quatre mots, Morry Taylor est protectionniste. Vous avez bien lu : le grizzly est et a toujours été un fervent adepte des barrières douanières et autres formes de restriction au commerce international. Il est au moins aussi protectionniste qu’Arnaud Montebourg et Marine le Pen ; c’était même un des thèmes majeurs de sa campagne lors des primaires républicaines de 1996.

Le véritable sens de cette fameuse phrase – qui est, j’en conviens, mal écrite – est en fait très précisément l’inverse de ce que la plupart de nos glorieux commentateurs [1] ont compris. Amis protectionnistes, souverainistes, socialistes, nationaux-socialistes et assimilés, ce Taylor que vous avez voué aux gémonies avec un tel empressement, est en réalité l’un des vôtres ; il n’a jamais eu d’autre intention, dans cette lettre comme ailleurs, que de fustiger l’absence de barrières douanières entre l’occident et les grands pays émergents que sont l’Inde et la Chine. C’est bête hein ?

Surpris ? Vous auriez bien tort ! Une rapide recherche sur internet vous l’aurait appris et vous auriez pu en profiter pour vous renseigner sur l’histoire des politiques protectionnistes – de l’Allemagne de Bismarck au tarif Smoot–Hawley de 1930 – : vous y auriez découvert qu’elles ont toujours été promues et mises en œuvre par des gouvernements conservateurs soucieux de plaire à leur clientèle de grands propriétaires terriens et d’industriels ; lesquels souhaitaient ainsi préserver leurs bénéfices d’une concurrence jugée déloyale en continuant à nous vendre leurs produits au prix fort. Le grizzly ne fait probablement pas exception.

Cui bono ?

Mais terminons, si vous le voulez bien, sur une note plus légère. Je ne sais pas pour vous mais je n’arrive pas à m’empêcher de me demander comment une lettre privée adressée par grand patron américain à l’un de nos ministres a pu se retrouver comme par enchantement sur la place publique. C’est surprenant vous ne trouvez pas ? Pour un peu, on jurerait que c’était intentionnel – en tout cas, c’est ce que le grizzly semble penser si l’on en juge par ses dernières déclarations.

Livrons-nous à quelques spéculations et, comme Cicéron, demandons-nous à qui profite le crime. Qui donc, au sein du ministère du Redressement Productif, pourrait avoir intérêt à nous faire lire cette lettre ? Quel obscur objectif la mystérieuse origine de cette non moins mystérieuse fuite ministérielle pouvait-elle bien poursuivre en nous jetant en pâture un des (prétendus) suppôts de la Mondialisation libérale™ ?

Je n’ose conclure.

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[1] À l’exception remarquable de Pascal-Emmanuel Gobry dans les colonnes d’Atlantico.

C’était il y a 15 ans

En 1998, il y a 15 ans, si vous étiez à la pointe de la technologie, vous aviez un StarTAC pour téléphoner, un PalmPilot professionnel qui vous tenait lieu d’agenda, un Rio PMP300 pour écouter de la musique et un Ruvi pour filmer et prendre des photos. Au total, vous vous en sortiez pour environ $2 400 (soit $3 380 actuels) et je vous passe l'encombrement de vos poches...

Aujourd’hui, vous pouvez acheter un iPhone 5 à partir de $649 (sans abonnement) qui vous permettra, accessoirement, de surfer sur internet.

De l’amour de la liberté

« Je ne crois pas non plus que le véritable amour de la liberté soit jamais né de la seule vue des biens matériels qu’elle procure ; car cette vue vient souvent à s’obscurcir. Il est bien vrai qu’à la longue la liberté amène toujours, à ceux qui savent la retenir, l’aisance, le bien-être, et souvent la richesse ; mais il y a des temps où elle trouble momentanément l’usage de pareils biens ; il y en a d’autres où le despotisme seul peut en donner la jouissance passagère. Les hommes qui ne prisent que ces biens-là en elle ne l’ont jamais conservée longtemps.
« Ce qui, dans tous les temps, lui a attaché si fortement le cœur de certains hommes, ce sont ses attraits mêmes, son charme propre, indépendant de ses bienfaits ; c’est le plaisir de pouvoir parler, agir, respirer sans contrainte, sous le seul gouvernement de Dieu et des lois. Qui cherche dans la liberté autre chose qu’elle-même est fait pour servir.
« Certains peuples la poursuivent obstinément à travers toutes sortes de périls et de misères. Ce ne sont pas les biens matériels qu’elle leur donne que ceux-ci aiment alors en elle ; ils la considèrent elle-même comme un bien si précieux et si nécessaire qu’aucun autre ne pourrait les consoler de sa perte et qu’ils se consolent de tout en la goûtant. D’autres se fatiguent d’elle au milieu de leurs prospérités ; ils se la laissent arracher des mains sans résistance, de peur de compromettre par un effort ce même bien-être qu’ils lui doivent. Que manque-t-il à ceux-là pour rester libres ? Quoi ? Le goût même de l’être. Ne me demandez pas d’analyser ce goût sublime, il faut l’éprouver. Il entre de lui-même dans les grands cœurs que Dieu a préparés pour le recevoir ; il les remplit, il les enflamme. On doit renoncer à le faire comprendre aux âmes médiocres qui ne l’ont jamais ressenti.

– Alexis de Tocqueville, L’ancien Régime et la Révolution L3, III.

L’Ancien Régime et la solidarité

« L’administration de l’ancien régime avait d’avance ôté aux Français la possibilité et l’envie de s’entraider. Quand la Révolution survint, on aurait vainement cherché dans la plus grande partie de la France dix hommes qui eussent l’habitude d’agir en commun d’une manière régulière et de veiller eux-mêmes à leur propre défense ; le pouvoir central seul devait s’en charger, de telle sorte que ce pouvoir central, étant tombé des mains de l’administration royale dans celles d’une assemblée irresponsable et souveraine, et de débonnaire devenue terrible, ne trouva rien devant lui qui pût l’arrêter, ni même le retarder un moment. La même cause qui avait fait tomber si aisément la monarchie avait rendu tout possible après sa chute.

– Alexis de Tocqueville, L’ancien Régime et la Révolution L3, VII.

Disette

« 19 mai – La disette vient d'occasionner trois soulèvements dans les provinces ; à Ruffec en Angoumois, à Caen et à Chinon. On a assassiné sur les chemins des femmes qui portaient des pains. Cette simple nourriture y est plus enviée aujourd'hui qu'une bourse d'or en d'autres temps, et, en effet, la faim pressante et l'envie de conserver ses jours, excuse plus le crime que l'avarice d'avoir des moyens accumulés pour les besoins à venir. La Normandie, cet excellent pays, succombe sous l'excès des impôts et sous la vexation des traitants. La race des fermiers y est perdue ; je sais tels gens qui viennent d'être contraints d'y faire valoir leurs terres excellentes par des valets ; tout périt, tout succombe. M. le duc d'Orléans [1] porta l'autre jour au conseil un morceau de pain de fougère ; à l'ouverture de la séance il le mit devant la table du roi [2] et dit : « Sire, voilà de quel pain se nourrissent aujourd'hui vos sujets ! »

– René Louis de Voyer d'Argenson, Mémoires (mai 1739).

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[1] Louis d'Orléans (1703-1752).
[2] Louis XV.

En fait, non...

Contrairement à la rumeur répandue par des agents séditieux qui annonçait que je déménageais sur Tumblr, je vais finalement rester ici (mais aussi sur Tumblr).

Pardon !

Pour me faire pardonner, The Lumineers – Ho Hey :

Votre mot de passe

On ne va pas épiloguer pendant 150 ans, vous avez besoin : De mots de passe très forts (à partir de 128 bits), un par site (sauf, éventuel...