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La surveillance de masse est statistiquement inopérante

Au chapitre des fausses bonnes idées en matière de lutte antiterrorisme, la surveillance de masse – ou le chalutage si vous préférez – continue manifestement à faire rêver celles et ceux qui nous gouvernent ou prétendent le faire. Au-delà des évidentes questions morales que ce type de système pose, il y a un aspect qui semble ne pas être encore tout à fait évident pour tout le monde : la surveillance de masse, ça ne fonctionne pas.

Je reposte ici un papier initialement publié le 10 avril 2015 qui faisait suite à cet article.

« La grande question que nous devrions tous nous poser est : sachant que notre système de surveillance vient de générer une alerte, quelle est la probabilité qu’il ait effectivement repéré un terroriste ?

« Pour répondre à cette question, nous allons devoir faire appel au théorème de Bayes et évaluer trois probabilités :

« Primo, la fréquence de base ; c’est-à-dire la proportion de terroristes dans la population – le chiffre de 3 000 individus circule ce qui, rapporté à la population française âgée de 20 à 64 ans (37,8 millions d’individus [1]) nous donne une fréquence de base de l’ordre de 0,008%.

« Deuxio, le taux de précision du système de surveillance ; c’est-à-dire la probabilité qu’un terroriste génère effectivement une alerte – par hypothèse, nous allons retenir un taux extrêmement élevé de 99%.

« Tercio et pour finir, nous avons également besoin du taux d’erreur ; c’est-à-dire de la probabilité qu’un innocent soit accusé à tort par le système – prenons, là encore, une hypothèse très optimiste de 1%.

« Ce que nous dit le théorème de Bayes c’est qu’avec ces paramètres, la probabilité qu’une alerte ait effectivement identifié un terroriste est de l’ordre de 0,78%. Non, ce n’est une typo : concrètement, notre système va générer 380 940 alertes dont 2 970 vrais positifs (99% des 3 000 terroristes) et 377 970 faux positifs : soit 1% des 37 797 000 citoyens innocents comme vous et moi.

« En d’autres termes, même en prenant des hypothèses hautement irréalistes quant au taux de précision et au taux d’erreur d’un hypothétiques système de surveillance de masse, on aboutit à rien d’autre qu’une déperdition colossale d’énergie. La surveillance de masse en matière d’antiterrorisme est statistiquement impossible. »

Addendum (2016-07-19 @ 13:42) : juste pour que les choses soient claires : cet argument n’a rien de nouveau ; c’est un biais cognitif classique depuis les années 1970 (on utilise habituellement l’exemple d’un test pour une maladie rare). Il existe même une fiche sur Wikipédia.

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[1] Au 1er janvier 2015 selon l’Insee.

Commentaires

  1. Guillaume, ne peut-on pas transposer l'impossibilité de la surveillance de masse dans l'économie administrée, vu que les planificateurs ont besoin de collecter une information d'une certaine qualité pour savoir quels choix économiques adopter ?

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    1. Je pense que c’est un autre problème. L’impossibilité d’une planification systématique tient plus, je crois, à la révélation des préférences individuelles, à l’impossibilité de prioriser en l’absence de prix de marché, à la complexité des chaînes de production et à l’absence de feedback (pertes) de ce type de systèmes.

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