Accéder au contenu principal

Craquer iOS, ça ne sert à rien

« However beautiful the strategy,
you should occasionally look at the results. »

— Attribué à Winston Churchill

Supposons un instant qu’Apple et Google finissent par rendre les armes et, comme l’exigent le FBI, Yann Galut et Éric Ciotti, permettent aux autorités de casser la sécurité de leurs smartphones dans le cadre d’enquêtes anti-terroristes. À quoi, Ô lecteur, sommes-nous en droit de nous attendre ?

C’est très simple : les terroristes cesseront immédiatement, si ce n’est pas déjà le cas, d’utiliser les appareils dont la sécurité sera désormais compromise. C’est aussi simple que ça.

Ça vous surprend ? Voyons, souvenez-vous : il y a quelques années, nous avons tous appris avec stupeur que le gouvernement des États-Unis s’était doté d’un système d’espionnage des données numériques qui transitent par les serveurs des entreprises américaines — c’est-à-dire la plupart. Que s’est-il passés ensuite ? Eh bien une explosion de la demande (et de l’offre) de VPN, de machines virtuelles, de système de cryptage des disques durs, de messageries instantanées sécurisées (Cryptocat, Wickr, Telegram…), de services de courrier électronique cryptés (GhostMail, Tutanota…), de navigateurs anonymes (Tor) et autres serveurs proxy.

C’est-à-dire qu’à la fin de l’histoire, mesdames et messieurs les politiques, vous n’aurez absolument rien. Dès que la sécurité des données stockées sur un iPhone ou un téléphone tournant sous Android sera compromise, les premiers à quitter le navire seront les terroristes : ils s’empresseront de changer de technologie à supposer, encore une fois, qu’ils ne l’aient pas déjà fait. Vous pouvez compter là-dessus ; c’est une certitude : vous ne trouverez plus la moindre donnée compromettante sur aucun des appareils ciblés.

Comprenez bien, mesdames et messieurs les politiques, qu’à chaque mouvement que vous faites en ce sens, vous créez de plus en plus de demande et de plus en plus d’offre. Lorsque vous ciblez la sécurité d’iOS ou d’Android, ce ne sont pas seulement les terroristes qui vont chercher une alternative ; c’est à peu près tout le monde. Juste un exemple au hasard : que feront les chinois [1] quand ils apprendront que leur gouvernement peut désormais fouiller le contenu de leur smartphone ? À votre avis ?

Ce que ça signifie concrètement, c’est que vous êtes en train de créer une demande massive et solvable pour des systèmes de communication sécurisés ; laquelle permettra l’émergence d’une offre ; laquelle, que vous le vouliez ou non, finira par servir les desseins des terroristes. À force de raisonner à court terme et de gesticuler sans réfléchir, vous obtiendrez exactement l’inverse de ce que vous semblez espérer.

---
[1] On estime le nombre d’utilisateurs de smartphones en Chine à environ 563.3 millions — soit à peu près 27% du marché mondial.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Brandolini’s law

Over the last few weeks, this picture has been circulating on the Internet. According to RationalWiki, that sentence must be attributed to Alberto Brandolini, an Italian independent software development consultant [1]. I’ve checked with Alberto and, unless someone else claims paternity of this absolutely brilliant statement, it seems that he actually is the original author. Here is what seems to be the very first appearance of what must, from now on, be known as the Brandolini’s law (or, as Alberto suggests, the Bullshit Asymmetry Principle):The bullshit asimmetry: the amount of energy needed to refute bullshit is an order of magnitude bigger than to produce it.— ziobrando (@ziobrando) 11 Janvier 2013To be sure, a number of people have made similar statements. Ironically, it seems that the “a lie can travel halfway around the world while the truth is still putting on its shoes” quote isn’t from Mark Twain but a slightly modified version of Charles Spurgeon’s “a lie will go round the w…

Pro Macron - lettre ouverte à mes amis libéraux

Pardon pour cette platitude mais le succès d’Emmanuel Macron c’est avant tout l’expression d’un désir de renouvellement de notre classe politique. Je ne crois pas, si vous me permettez cette hypothèse personnelle, que la plupart de ses électeurs aient voté pour son programme et je suis même convaincu que très peu l’ont lu. Emmanuel Macron est avant tout l’incarnation de ce que nombre de nos concitoyens attendent : une nouvelle tête — un candidat dont les débuts en politiques n’ont pas été photographiés en noir et blanc [1] — et, à tort ou à raison, une rupture avec le système politique hérité de la Libération.Et c’est précisément ça qui a, je crois, tué la candidature de François Fillon. Face à Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, lors de la primaire, il pouvait aisément passer pour le candidat du renouvellement de la droite et ce, d’autant plus qu’il tenait à l’époque un discours très libéral au regard de ce à quoi nous sommes habitués de la part des Républicains [2]. Seulement voilà : no…

Les Chicago Boys, Milton Friedman et Augusto Pinochet

Cinq Chicago Boys vers 1957
(dont Sergio de Castro, à droite)Tout commence en 1955. Nous sommes alors en pleine guerre froide et les deux grands blocs — l’URSS et les États-Unis — se livrent une lutte sans merci pour accroître leurs zones d’influences respectives. Dans la longue liste des terrains d’affrontement, l’Amérique Latine figure en bonne place et le Chili n’échappe pas à cette règle. La situation chilienne, du point de vue américain, est particulièrement inquiétante : la gauche y vire marxiste, le reste du spectre politique est divisé et les politiques populistes du général-président Carlos Ibáñez ne laissent rien présager de bon. À Washington, on cherche donc à restaurer l’influence des États-Unis dans la région.C’est dans ce contexte qu’en juin 1955, Theodore Schultz, Earl Hamilton, Arnold Harberger et Simon Rottenberg, tous représentants de l’Université de Chicago, débarquent à Santiago pour y signer un accord avec l’Université Pontificale Catholique du Chili. L’objet de l’…