Accéder au contenu principal

La loi de Hofstadter

Si vous avez déjà fait appel à un professionnel du bâtiment — quel que soit le corps de métier — vous avez sans doute constaté que ces gens-là ne tiennent jamais leurs délais. C’est systématique. Un chantier qui devait durer trois jours, dans le meilleurs de cas, prendra une demi-journée de plus.

Peut-être avez-vous pensé qu’il y a là une démarche volontaire, que votre interlocuteur réduit sciemment son estimation pour vous inciter à signer le devis. Sur la base de mon expérience personnelle, je peux vous confirmer que ce n’est pas le cas : pendant plusieurs années, mon beau-père, qui est retraité du bâtiment, nous a aidé mon épouse et moi-même à retaper une maison et ce phénomène s’est manifesté à chaque fois. Électricité, plomberie, peinture… Quel que soit le chantier sur lequel nous nous sommes lancé, mon beau-père sous-estimait systématiquement le temps nécessaire pour arriver à nos fins.

Que les choses soient claires : mon beau-père est un professionnel très expérimenté. Il a commencé tout en bas de l’échelle, est devenu chef de chantier et a terminé sa carrière en tant que formateur. Par ailleurs, dans la mesure où il nous a aidé à titre tout à fait gracieux, il va de soi qu’il n’avait absolument aucun intérêt à sous-estimer le temps que prendrait nos travaux. Pourtant, à ma plus grande surprise, c’était le cas à chaque fois.

Eh bien figurez-vous que ce phénomène dont on peut observer les effets dans à peu près toutes les activités qui nécessite la planification d’un grand nombre de tâches séquentielles et interdépendantes porte un nom : c’est la loi de Hofstadter. Elle s'énonce comme suit :

« Il faut toujours plus de temps que prévu, même en tenant compte de la loi de Hofstadter. »

(Notez, ô merveille, que cette loi est récursive !)

Ce que cette loi a d’extraordinaire, c’est que même en tenant d'elle-même, nous tendons toujours à sous-estimer le temps nécessaire à la complétion d’un plan. Bien sûr, n’importe quel plombier expérimenté sait pertinemment qu’il rencontrera fatalement des difficultés ; pourtant, même en tenant compte de ce fait incontournable, il tendra à sous-estimer le temps qu’il mettra à réparer votre plomberie. Bien sûr, tous les développeurs savent que l’écriture d’un programme implique toujours un temps incompressible de débogage ; pourtant, même lorsqu’ils souhaitent sincèrement être conservateurs, ils commettent la même erreur que votre plombier.

Commentaires

  1. "dans la mesure où il nous a aidé à titre tout à fait gracieux" ooooh ! Malheureux ! Attention à l'Urssaf ! C'est un cas prévu par H16 : http://h16free.com/wp-content/uploads/2013/12/cerfa-travail-dissimul%C3%A9.jpg

    Sinon, informaticien moi-même, je confirme la réalité de la loi de Hofstadter. Par ailleurs, les causes des retards sont multiples : par exemple, en ce moment je commente un blog, au lieu d'avancer dans mon travail !.

    RépondreSupprimer
  2. Bonjour,
    Je suppose qu'il existe une loi similaire au supermarché ?
    Exemple : loi de Hofstadter#2

    "Si deux caisses sont ouvertes, on choisit toujours celle qui, au final, aura duré le plus de temps, même en tenant compte de la loi de Hofstadter#2."

    Bonne journée !
    GG

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Non, ça c'est une application de la loi de Murphy :-)
      (sans rire)

      Supprimer
    2. Non le pb des caisses de supermarché est simplement statistiques. Il y a plus de monde dans la queue la plus lente.
      Donc vous avez plus de probabilités d etre dans cette queue. Idem dans les bouchons

      Supprimer
  3. Moi j'ai un truc : je fais mon estimation. Je multiplie par deux (en sachant que une fois sur trois je dépasserai le délai). Les 2 tiers du temps, j'ai bon !
    Un petit truc en plus : plus le client est pressé, plus je table sur un terme long, car le client pressé met la charue avant les boeufs, là ou celui qui est organisé sait que les choses prennent du temps et a déjà donc préparé les choses en amont. (Je travaille dans le juridique).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Moi j’automatise tout de manière à ce qu’un truc qui, en apparence, devrait prendre plusieurs heures puisse être fait en quelques secondes ;-)

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Brandolini’s law

Over the last few weeks, this picture has been circulating on the Internet. According to RationalWiki, that sentence must be attributed to Alberto Brandolini, an Italian independent software development consultant [1]. I’ve checked with Alberto and, unless someone else claims paternity of this absolutely brilliant statement, it seems that he actually is the original author. Here is what seems to be the very first appearance of what must, from now on, be known as the Brandolini’s law (or, as Alberto suggests, the Bullshit Asymmetry Principle):The bullshit asimmetry: the amount of energy needed to refute bullshit is an order of magnitude bigger than to produce it.— ziobrando (@ziobrando) 11 Janvier 2013To be sure, a number of people have made similar statements. Ironically, it seems that the “a lie can travel halfway around the world while the truth is still putting on its shoes” quote isn’t from Mark Twain but a slightly modified version of Charles Spurgeon’s “a lie will go round the w…

Le prix des sardines quand les pêcheurs ont des téléphones

Soit deux petits villages de pêcheurs de sardines du sud de l’Inde. Chaque nuit, les pêcheurs de chaque bourg partent jeter leurs filets en mer et, le matin venu, ils vendent leurs prises sur la plage à la population de leurs villages respectifs. Parce qu’ils sont relativement distants l’un de l’autre et ne disposent pas de moyens de communication rapide, nos villages vivent en autarcie. C’est-à-dire que leurs habitants n’achètent de sardines qu’aux pêcheurs de leur propre village qui, symétriquement, n’en vendent à personne d’autre qu’à leurs concitoyens.Dans l’état actuel des choses, donc, la ration quotidienne de protéines des habitants de nos villages dépend exclusivement de leurs pêcheurs respectifs. Si la pêche est fructueuse, il est probable que les sardines seront bradées au marché du matin et il n’est pas impossible que les pêcheurs se retrouvent même avec des invendus — c’est-à-dire des poissons bons à jeter. Si, au contraire, la pêche de la nuit a été mauvaise, vous pouvez …

Le paradoxe des oignons

Cette fois-ci, c’est l’inénarrable Paul Jorion qui s’y colle dans un article publié le 26 septembre 2013 sur challenges.fr : « il faut, nous assène l’histrion médiatique, supprimer la spéculation. »Nous-y revoilà. C’est une antique tradition. Déjà, sous l’Ancien Régime, on avait coutume de faire porter le chapeau des aléas climatiques et des politiques imbéciles aux accapareurs ; aujourd’hui, force est de constater que rien n’a changé et qu’on trouve toujours, à la barre du tribunal révolutionnaire, un accusateur public prêt à dénoncer les méfaits des spéculateurs. Si les prix montent, qu’on les pende ; si les prix baissent, qu’on promène leur tête au bout d’une pique ! Au royaume du mensonge, la dénonciation de l’ennemi du peuple tient toujours lieu de pensée.Plutôt que de rentrer dans un débat théorique, je vous propose une approche purement expérimentale, une vérification empirique qui, si elle ne satisfait sans doute pas les conditions requises sur une paillasse – c’est le lot com…