Accéder au contenu principal

Les chemises noires de la revolución

Squadrismo désigne les milices caractéristiques du fascisme italien qui ont donné naissance aux sinistres Milizia Volontaria per la Sicurezza Nazionale, les « chemises noires », connues pour avoir été les bras armés officieux du régime de Mussolini. Officieux seulement parce qu’officiellement, la Parti national fasciste n’avait aucune relation avec ces organisations paramilitaires qui opéraient dans la plus parfaite illégalité ; n’hésitant pas à agresser, torturer et assassiner ceux qui avaient le malheur de s’opposer au futur Duce. À la matraque et à l’huile de ricin, ce sont les chemises moires qui ont porté Mussolini au pouvoir, de la même manière que les chemises brunes — les Sturmabteilung de Ernst Röhm — ont permis à Adolf Hitler de régner en maître dans les rues allemandes.

Les chemises, donc qu’elles soient noires ou brunes étaient, pour reprendre la définition de Carlos Raúl Hernández, des « groupes paramilitaires, des mécanismes répressifs qui ne compromettent pas le gouvernement devant l’opinion internationale. » À ceci près que les groupes paramilitaires qu’évoque ce docteur en sociologie de l’Université centrale du Venezuela ne sont ni italiens ni allemands : ce sont les colectivos, les gardiens du chavisme, ces organisations paramilitaires qui ont juré de défendre coûte que coûte la révolution bolivarienne mais n’ont — officiellement — aucun lien avec le gouvernement de Caracas.

Parmi les plus éminentes, on trouve les Tupamaros — officiellement le chapitre vénézuélien du Movimiento Revolucionario Tupac Amarú (MRTA) — qui soutiennent le processus révolutionnaire depuis les coups d’États ratés de 1992. À leur tête, Alberto « El Chino » Carias, une espèce de molosse qui n’aime rien de mieux que de poser un fusil d’assaut à la main, jure qu’il n’agît que de sa propre initiative même s’il dispose d’un bureau personnel dans le bâtiment de la Commission des sciences et de la technologie (juste à côté du Parlement).

Alberto « El Chino » Carias

Le comandante « Murachi » des Carapaicas et leurs petits camarades des Piedritas, deux autres groupes de colectivos, ne disent d’ailleurs rien d’autre : cagoulés, vêtus de treillis militaires et lourdement armés, tous revendiquent leur totale indépendance et jurent — dans le même mouvement — de défendre le gouvernement Maduro jusqu’à la mort — quitte à avoir recours à des actions « illégales et violentes ».

Mais n’allez pas croire, chers lecteurs, qu’ils soient pour quoi que ce soit dans les violences de cette dernière quinzaine de jours. Si « El Chino » reconnait volontiers que les Tupamaros étaient bien dans la rue pour protéger la révolution contre les hordes d’étudiants fascistes qui menacent la démocratie, il jure que son joyeux groupe de boyscouts n’avaient, à ce moment-là, aucune arme et n’a donc pas pu s’en servir.

Par ailleurs, il serait sans doute mal à propos de se demander pourquoi ces pacifiques gardiens de la révolution semblent jouir d’une totale impunité auprès des tribunaux de la république bolivarienne du Venezuela. Nous ne nous demanderons pas non plus comment ils se procurent des armes de guerre (sagement rangées en lieu sûr, cela va de soi) dans un pays où la pénurie de dollars vide irrémédiablement les étals des magasins. Enfin, il est sans doute déplacé de s’interroger sur l’identité de ces motards que l’on voit un peu partout sur les vidéos chevaucher leur machines rutilantes (et d’un bleue si uniforme qu’on croirait presque à une commande groupée) en tirant les (méchants) étudiants comme des lapins (armés jusqu’aux dents).

Comme ils disaient, « no pasarán ! »

Commentaires

  1. Alain Briens21/02/2014 12:26

    Bonjour Guillaume, et merci de cet éclairage intéressant sur le paradis socialiste vénézuélien. Il est dommage que vous ne fassiez plus profiter les lecteurs de "Causeur" de vos analyses, car si sur les sujets de société un pluralisme de bon aloi est de mise, en ce qui concerne les thèmes économiques, c'est haro sur la mondialisation à longueur de colonne. Sur la révolution bolivarienne, un autre article intéressant sur Atlantico :
    http://www.atlantico.fr/decryptage/venezuela-et-argentine-en-disent-long-france-h16-988870.html

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Brandolini’s law

Over the last few weeks, this picture has been circulating on the Internet. According to RationalWiki, that sentence must be attributed to Alberto Brandolini, an Italian independent software development consultant [1]. I’ve checked with Alberto and, unless someone else claims paternity of this absolutely brilliant statement, it seems that he actually is the original author. Here is what seems to be the very first appearance of what must, from now on, be known as the Brandolini’s law (or, as Alberto suggests, the Bullshit Asymmetry Principle):The bullshit asimmetry: the amount of energy needed to refute bullshit is an order of magnitude bigger than to produce it.— ziobrando (@ziobrando) 11 Janvier 2013To be sure, a number of people have made similar statements. Ironically, it seems that the “a lie can travel halfway around the world while the truth is still putting on its shoes” quote isn’t from Mark Twain but a slightly modified version of Charles Spurgeon’s “a lie will go round the w…

Le salaire minimum à 15 dollars de Seattle

En général, la (fonction de densité de la) distribution des salaires ressemble à quelque chose comme ça : C’est-à-dire que relativement peu de gens touchent des salaires très bas (à gauche de la distribution), la plupart perçoivent un salaire proche du salaire médian (au milieu) et, plus on monte dans l’échelle des rémunérations (vers la droite), plus ça devient rare. Sur un graphique de ce type, le P.-D.G. d'une société du CAC 40 ou un joueur international de football se promènent à quelques dizaines de centimètres à droite de votre écran mais ces cas sont si exceptionnels que le trait bleu est invisible à l’œil nu.Le point MinW indique le niveau du salaire minimum légal. À gauche de ce point, en rouge, vous trouvez toutes les personnes dont le travail vaut moins que le salaire minimum. Typiquement, ce sont des gens peu qualifiés, peu expérimentés et même souvent les deux. C’est-à-dire qu’étant donné le niveau du salaire minimum, ces gens-là sont tout simplement inemployables. C&#…

Un garçon qui n’a jamais eu de métier

Jean-Luc Mélenchon fait ses premières armes en politique à Lons-le-Saunier, en mai 1968. À cette époque il n’est que lycéen — en première littéraire — mais c’est lui, racontent ses anciens camarades de classe, qui va importer les évènements parisiens dans son Jura d’adoption. C’est lors de cette première expérience politique qu’il va réaliser son indiscutable talent d’orateur et se familiariser avec la pensée d’extrême gauche et notamment Karl Marx qui devient son livre de chevet en terminale. Il passe son bac en 1969 et s’inscrit à la faculté des lettres de l’université de Besançon pour y étudier la philosophie.Sitôt inscrit, le jeune Mélenchon se rapproche de l’UNEF et déserte les amphis pour se consacrer au militantisme. Il parviendra quand même à obtenir sa licence en 1972 mais ne poussera pas ses études plus loin : la même année, il rentre formellement en politique en rejoignant l’Organisation Communiste Internationaliste (OCI), une organisation trotskyste de tendance lambertiste…