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L’écologie totalitaire

Les prophètes de l’Apocalypse n’ont de cesse que de nous vendre l’imminence d’un cataclysme terrible, causé par la main de l’homme, qui finira par précipiter la perte non seulement de l’humanité mais de toute forme de vie à la surface de cette planète. Crises alimentaires liées à la surpopulation, disparition de l’écosystème causée par la pollution, exodes massifs précipités par le réchauffement climatique… Voilà une bonne cinquantaine d’années que les adorateurs de Gaïa nous prédisent les pires calamités pour un avenir proche, que leurs prophéties sont constamment réfutées par les faits et que pourtant leur influence politique n’en finit plus de se renforcer.

L’écologie telle que nous la connaissons aujourd’hui est un projet politique. C’est une conception du monde qui veut que l’homme – parce qu’il cherche à améliorer ses conditions de vies, parce qu’il est « matérialiste », « égoïste » et n’est « motivé que par les profits à court terme » – soit coupable de détruire la Terre nourricière. Le projet de cette écologie politique consiste à organiser le sauvetage de la planète en centralisant, en planifiant et – finalement – en empêchant les hommes de poursuivre leurs vies comme bon leur semble. C’est de totalitarisme qu’il est question. Les idées selon laquelle l’homme est mauvais, selon laquelle il est incapable de prendre en main sa propre destinée sans nuire aux autres et qui voudrait que ceux qui se propose de planifier sa vie sont plus sages et d’aspirations plus élevées que le commun des mortels sont au cœur de toutes les idéologies totalitaires.

Soyons très clairs : si nous sommes 7 milliards aujourd’hui c’est parce que les progrès que nous avons réalisé au cours des deux derniers siècles nous permettent de l’être ; revenir à l’organisation technique et économique du moyen-âge, c’est aussi revenir à la population du moyen-âge – pour mémoire, au début de la révolution industrielle (vers 1800), nous n’étions qu’un milliard. Quand le projet écologique consiste à organiser la « décroissance » pour « sauver la planète », c’est bel et bien d’un sacrifice de l’humanité – ou du moins d’une grande partie de cette dernière – qu’il est question. Qui recevra l’autorisation de vivre ? Qui décidera ?

Ce que les décroissants recherchent à obtenir de nous c’est ce qu’Ayn Rand appelait la « caution de la victime » : pour nous faire accepter leur projet et ses conséquences, ils doivent nous convaincre non seulement de l’urgence d’une intervention gouvernementale massive mais surtout de notre culpabilité. Nous sommes coupables de chercher à améliorer nos conditions d’existence, nous sommes coupables d’exister, nous devrions expier nos fautes et mériter le pardon de Gaïa. Relayé urbi et orbi, ce discours culpabilisateur a pavé pendant des décennies la voie de sa seule conclusion logique : c’est au gouvernement de prendre les choses en main.

L’ironie de la chose c’est qu’en matière de politiques environnementales, nos gouvernements omnipotents et omniscients ne cessent de nous prouver jour après jour l’ineptie de leurs solutions – et ce, même (surtout ?) quand ils sont conseillés par une palanquée d’écologistes certifiés bio. L’interdiction du DDT qui provoque une recrudescence de la malaria en Afrique, les subventions à la production de biocarburants qui provoquent une crise alimentaire mondiale, la condamnation des OGM qui oblige les agriculteurs à utiliser plus de pesticides… On pourrait passer des heures à lister ces politiques imbéciles et leurs conséquences « inattendues » sur la vie de nos semblables et cette même Mère Nature qu’elles étaient supposées protéger.

Le débat écologique exclue systématiquement toute proposition qui n’implique pas de confier plus de pouvoirs au gouvernement parce que – précisément – nos « écologistes » sont avant tout des dirigistes pour qui la réduction de l’homme au rang d’esclave obéissant est un objectif en tant que tel. C’est une prémisse au même titre que la nécessité de protéger Gaïa. Ceux d’entre nous qui cherchent sincèrement des solutions pour protéger notre environnement, des solutions qui respectent l’homme libre en tant qu’habitant légitime de cette planète ont le devoir moral de considérer honnêtement toutes les options. Des forêts françaises aux éléphants du Zimbabwe, la propriété privée des ressources naturelles a fait ses preuves : c’est un système qui fonctionne durablement, qui protège la nature tout en respectant les hommes.

Commentaires

  1. Cher Monsieur,

    Il n'y a d'ordre spontané qu'à hauteur des déterminismes commandés par la nature. La société des fourmis, par exemple, est soumise à l'ordre spontané que la nature lui dicte : destruction et création d'un matériel biologique enferré dans l'ordre naturel, et jeu inlassable de survie et de reproduction.

    Le propre de l'Homme, nous dit Pic de la Mirandole, c'est d'avoir à se définir lui-même ; et c'est bien cela qui permet à l'Homme de sortir de ce strict déterminisme animal, en vertu duquel, on ne verra jamais un lion se faire végétarien après une réflexion sur la vie.

    De fait, « l'ordre » humain – un mouvement plus qu’un ordre - ne peut être spontané, ou alors il n'est plus humain. L'ordre Humain, tout comme l'Homme, est de l'ordre de ce qui se construit et qui est indéfiniment à construire. La fameuse chute de l’Homme est à chaque moment possible : l’Homme est labile. L'animal ne chute pas, il est inlassablement à hauteur de son animalité.

    Si ordre purement humain il y a, il est ailleurs, et porte un autre nom qu’ordre humain. L’ordre humain, ici, ce n’est donc que cette tentative vers l’Homme.

    Ce qui est purement spontanée en l'homme, c'est ce qui relève de sa part d'animalité. Quand la pulsion gagne, l'Homme n'est plus là, il ne reste que le singe : « Un homme ça s’empêche » disait Camus. La colonie de fourmis ne s’empêche pas, elle poursuit inlassablement son programme.

    Votre fameuse main invisible n’est validée que dans votre esprit et par l'ordre animal ou biologique. A mon sens, votre main invisible - toujours pas identifiée véritablement si ce n'est par un acte de foi -, vos théories de l'ordre spontané, ce n'est que l’animalité de l’Homme mise en équation : une stricte équation du singe.

    La main invisible ne révèle rien d’autre que l’invisibilité de l’homme, elle n’institue donc jamais que le singe.

    Un « ordre » humain spontané – ordre passant aussi par un minimum d’organisation sociale - est une contradiction dans les termes. L’ordre spontané n’est pas humain. Nous ne sommes pas une colonie de fourmis. Pensez au clinamen de Lucrèce.

    Un ordre spontané est un équilibre parfait, régi à l’équilibre par une équation fondamentale. Cette équation fondamentale n’est pas de ce monde. Postuler l’inverse tend vers les dogmes les pires dont les conséquences pratiques sont bien connues : de grandes catastrophes humaines.

    L’Evangile de Thomas fait dire à Jésus : « Heureux le lion que l’homme mangera, et le lion deviendra homme ; et maudit est l’homme que le lion mangera, et le lion deviendra homme. »

    L’effrayant esprit utilitariste à la base de vos théories de l’ordre spontané est un anti-humanisme militant ; cet utilitarisme a déjà fait bien du mal tout au long du 20ème siècle, et manifestement il n’a pas fini d’en faire.

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  2. Cher Monsieur,
    Ma réponse arrive.

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  3. Je conseille également à vos lecteurs éventuels, et ce aux fins d'éclairer vos prises de positions philosophiques sur ce blog, l'ouvrage de Jean-Claude Michéa "Impasse Adam Smith".

    Vous trouverez dans ce dernier ouvrage, une critique concise et claire de la "pensée" libérale, mais également une bonne introduction aux autres ouvrages de Michéa ainsi qu'à la pensée du brillant Christopher Lasch - lequel s'est tout de même focalisé, lui, sur le libéralisme culturel, si tant est que cela puisse avoir un sens dès lors que l'on prend au sérieux la notion de Culture.

    En dernier lieu, on pourra ajouter deux ouvrages important d'un grand juriste français contemporain, Alain Supiot :

    "Homo juridicus : essai sur la fonction anthropologique du Droit"

    "L'Esprit de Philadelphie : la justice sociale face au marché total"

    ps : une lecture de l'Evangile - ou des évangiles - n'est pas non plus inutile.

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  4. Bonjour,

    J'ai une question pas (trop) longue :

    Comment pouvez-vous à la fois
    - regretter la lutte menée contre l'emploi des pesticides (qui sauf erreur de ma part est plutôt une lutte d'origine "écologiste")
    - et condamner celle contre l'emploi des OGM au motif qu'elle provoquerait plus d'utilisation des pesticides.

    En d'autres termes, vous semblez nous dire dans un cas que les pesticides ne sont pas mauvais (quand ce sont les "écolos" qui luttent contre) et juste après qu'ils sont mauvais.

    Or, contrairement à ce que vous semblez chercher à démontrer, les partisans de l'agriculture "biologique" eux ne manquent à mon sens pas de cohérence : ils refusent les OGM ET les pesticides.
    Et ils sont non seulement cohérents dans leur tête, mais également dans leurs actes : en effet lorsqu'ils cultivent c'est sans l'un ni l'autre.

    Votre position ne me semble donc pas très cohérence sur ce point. Vous pourriez peut-être m'éclairer ?

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  5. Fabrice,
    Ce n’est pas ce que je dis. Je pointe juste du doigt une contradiction entre les moyens mis en œuvre et les fins cherchées : en obtenant l’interdiction des OGMs, les écologistes ont – de fait – provoqué une recrudescence de l’utilisation de pesticides.
    Je ne suis pas biologiste et je suis bien incapable de vous dire s’il vaut mieux (selon quel critère ?) utiliser des OGMs ou des pesticides. Je n’en sais rien. Ce que j’observe, en revanche, c’est qu’en cherchant à imposer leur point de vue par la force de la loi, les écologistes ont provoqué une réaction qui n’est – comme vous le notez très justement – certainement pas celle qu’ils espéraient.
    L’étrange tâche de la science économique, disait Hayek, est de démontrer aux hommes à quel point ils en savent peu sur les choses qu’ils pensent être capables de concevoir.
    Maintenant, à ceux qui nous expliquent qu’il faut bannir les OGMs et les pesticides je réponds la chose suivante : qui doit mourir de faim ? Nous sommes 7 milliards et si ces 7 milliards d’individus peuvent vivre sur terre aujourd’hui c’est notamment grâce au progrès technologiques réalisés par l’agriculture ces dernières décennies ; ils veulent revenir à des méthodes de production d’autrefois ? Fort bien mais il faudra aussi revenir à la population d’autre fois.
    Qui décidera qui a le droit de vivre ?

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  6. Je pense qu'il existe plusieurs courants mais en particulier l'un d'entre eux se trouve à l'ONU et cherche à mettre en place une gouvernance planétaire à partir du chantage aux générations futures.
    Un autre courant très proche a été, il faut bien le reconnaître, fondé par de grandes fortunes autour du Club des 1001. La notion de propriété privée, ici, me laisse doucement rêveur...

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