Accéder au contenu principal

Champs de pétrole contre champs de maïs

Sur le marché US, pour être compétitif, le prix du mélange E15 (85% essence + 15% éthanol) par gallon (1 gal = 3.79 L) doit être de $0.40 à $0.50 inférieur à celui de l’essence (pour compenser le fait qu’on fait moins de kilomètres avec un plein d’E15 qu’avec un plein d’essence). D’après e85prices.com, l’écart de prix à la pompe serait actuellement de $0.46 ($2.65 /gal pour l’E15 contre $3.11/gal pour l’essence).

Le 7 février 2011, le contrat CBOT Ethanol Mars 2011 valait $2.398/gal en clôture et le contrat RBOB Gasoline Mars 2011 à $2.4505/gal. Soit un prix pour l’E15 de $2.4426. On peut donc estimer que les marges de distributions sont de $0.2074 pour l’E15 et de $0.6595 pour l’essence ordinaire. En d’autres termes le prix-producteur de l’éthanol force les réseaux de distribution à se serrer la ceinture. Si on rapproche ça du nombre désespérément ridicule de stations qui offrent de l’E15 (environ 1 sur 170) on est tenté d’en conclure que, sans le Energy Independence and Security Act (2007) qui impose aux étasuniens d’utiliser 12 milliards de gallon de biocarburants en 2011 (contre 10.5 milliards en 2009 et 15 milliards en 2015), personne n’en vendrait.

Mais les producteurs peuvent-ils baisser leurs prix ? Avec 1 boisseau (1 bu de maïs = 25.4 kg) de maïs on peut produire 2.8 gallons d’éthanol et 17.5 livres (1 lb = 0.454 kg) de DDG (Distiller’s Dried Grains est un sous-produit de la distillation des grains utilisé pour nourrir le bétail). Sur la base des cours de clôture des contrats futures mars 2011 au 7 février 2011, le maïs cote $6.746/bu, l’éthanol cote $2.398/gal et le DDG cote $112.8 par tonne courte (1 st = 2 000 lb = 907.18 kg) soit $0.0564/lb. La marge sur 1 gallon d’éthanol est donc donnée par le prix du gallon ($2.398) auquel on retranche 10/28 du prix d’un boisseau de maïs ($2.4093) et auquel on rajoute 175/28 du prix d’une livre de DDG ($0.3525) soit une marge de $0.3412.

Comme l’industrie de l’éthanol reçoit une subvention de $0.45 par gallon (soit un budget total annuel de $6 milliards pour Oncle Sam), c’est avec 79.12 cents par gallon que les producteurs d’éthanol à base de maïs payent les coûts de transport, les coûts de stockage, les coûts liés au processus de distillation, les salaires et – s’il reste quelque chose – réalisent des bénéfices. Une étude du CME démontre que l’augmentation des prix du maïs – qui est notoirement liée à la demande additionnelle des producteurs d’éthanol– a considérablement réduit la marge de ces mêmes producteurs (page 12). Depuis 2008, elle est inférieure à $0.95 ($.50 de marge + $0.45 de subventions) et il semble que ce ne soit pas assez pour faire vivre les producteurs puisqu’une douzaine d’entre eux ont déjà mis la clé sous la porte depuis 2008.

Cette industrie n’est absolument pas viable sans subventions et toute subvention additionnelle ne fera qu’empirer les crises alimentaires auxquelles nous assistons depuis quelques années… Hayek disait que « la curieuse tâche de l’économie est de démontrer aux hommes à quel point ils en savent peu sur les choses qu’ils pensent pouvoir concevoir ».


Via Zero Hedge

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Pro Macron - lettre ouverte à mes amis libéraux

Pardon pour cette platitude mais le succès d’Emmanuel Macron c’est avant tout l’expression d’un désir de renouvellement de notre classe politique. Je ne crois pas, si vous me permettez cette hypothèse personnelle, que la plupart de ses électeurs aient voté pour son programme et je suis même convaincu que très peu l’ont lu. Emmanuel Macron est avant tout l’incarnation de ce que nombre de nos concitoyens attendent : une nouvelle tête — un candidat dont les débuts en politiques n’ont pas été photographiés en noir et blanc [1] — et, à tort ou à raison, une rupture avec le système politique hérité de la Libération.Et c’est précisément ça qui a, je crois, tué la candidature de François Fillon. Face à Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, lors de la primaire, il pouvait aisément passer pour le candidat du renouvellement de la droite et ce, d’autant plus qu’il tenait à l’époque un discours très libéral au regard de ce à quoi nous sommes habitués de la part des Républicains [2]. Seulement voilà : no…

Brandolini’s law

Over the last few weeks, this picture has been circulating on the Internet. According to RationalWiki, that sentence must be attributed to Alberto Brandolini, an Italian independent software development consultant [1]. I’ve checked with Alberto and, unless someone else claims paternity of this absolutely brilliant statement, it seems that he actually is the original author. Here is what seems to be the very first appearance of what must, from now on, be known as the Brandolini’s law (or, as Alberto suggests, the Bullshit Asymmetry Principle):The bullshit asimmetry: the amount of energy needed to refute bullshit is an order of magnitude bigger than to produce it.— ziobrando (@ziobrando) 11 Janvier 2013To be sure, a number of people have made similar statements. Ironically, it seems that the “a lie can travel halfway around the world while the truth is still putting on its shoes” quote isn’t from Mark Twain but a slightly modified version of Charles Spurgeon’s “a lie will go round the w…

Le prix des sardines quand les pêcheurs ont des téléphones

Soit deux petits villages de pêcheurs de sardines du sud de l’Inde. Chaque nuit, les pêcheurs de chaque bourg partent jeter leurs filets en mer et, le matin venu, ils vendent leurs prises sur la plage à la population de leurs villages respectifs. Parce qu’ils sont relativement distants l’un de l’autre et ne disposent pas de moyens de communication rapide, nos villages vivent en autarcie. C’est-à-dire que leurs habitants n’achètent de sardines qu’aux pêcheurs de leur propre village qui, symétriquement, n’en vendent à personne d’autre qu’à leurs concitoyens.Dans l’état actuel des choses, donc, la ration quotidienne de protéines des habitants de nos villages dépend exclusivement de leurs pêcheurs respectifs. Si la pêche est fructueuse, il est probable que les sardines seront bradées au marché du matin et il n’est pas impossible que les pêcheurs se retrouvent même avec des invendus — c’est-à-dire des poissons bons à jeter. Si, au contraire, la pêche de la nuit a été mauvaise, vous pouvez …