Accéder au contenu principal

La dette publique

Au 30 septembre 2016, la dette publique française (a.k.a. dette des administrations publiques au sens de Maastricht) s’établissait à 2 160.4 milliards d’euros soit 97.6% du PIB. C’est le niveau le plus élevé jamais constaté en temps de paix.

Cette dette comprend la dette de l’État lui-même, les dettes des organismes divers d’administration centrale [1], les dettes des administrations publiques locales [2] et les dettes des administrations de sécurité sociale [3]. Voici comment elles se répartissaient au 30 septembre 2016, en milliards d’euros (source : Insee) :

Entité Montant Poids
État 1 722.6 79.7%
Autres 437.9 20.3%

C’est donc l’État lui-même, au sens de la comptabilité nationale, qui a contracté l’essentiel de notre dette publique. Cette dette de l’État, de façon marginale, a été contractée sous forme de dépôts réalisés auprès du Trésor (l'État, entre autres choses, est aussi banquier) et de crédits (je n'en sais pas plus). Mais l'écrasante majorité, 1 636.2 milliards d’euros au 30 septembre 2016 (source : AFT), soit 95% de la dette de l’État, a été contractée sous forme d'obligations émises sur les marchés financiers. C'est la dette négociable de l’État.

Cette part de la dette publique est intégralement gérée par l’Agence France Trésor (AFT), une agence placée sous l'autorité du directeur général du Trésor et chargée de gérer la dette et la trésorerie de l'État. Elle prend la forme de deux types d'obligations :

  • Les Bons du Trésor à taux Fixe et à intérêts précomptés (BTF) qui sont des obligations à court terme (un an au maximum) destinés à pourvoir aux besoins de trésorerie de l'État (comme payer les salaires des fonctionnaires à la fin du mois) ;
  • Les Obligations Assimilables du Trésor (OAT) qui représentent l'essentiel (91% au 30 septembre 2016) et permettent à l'État d'emprunter de l'argent sur de plus longues périodes [4] : l’échéance la plus lointaine à l'heure où j'écris ces lignes est fixée au 25 mai 2066 soit un peu moins d'un demi-siècle [5].

Bref, si on ne tient compte que de la dette publique officielle [6], les 3 quarts ont été empruntés sur les marchés financiers sous forme d’obligations. Ça n’a, en soit, rien d’exceptionnel : la plupart des autres pays s’endettent de la même façon et c’est aussi de cette façon que nous avons fonctionné pendant des siècles [7].

---
[1] Les organismes divers d’administration centrale (ODAC) forment une catégorie d’établissements publics composée, pour l’essentiel, d’agences gouvernementales (le CEA, l’AMF, Météo France…), de groupement d’intérêt public et d’écoles et universités publiques. On en compte environ 700 selon la liste des ODAC publiée par l’Insee en mai 2016.
[2] Les administrations publiques locales regroupent les collectivités locales — 35 885 communes, 101 départements, 18 régions et 2 062 métropoles et communautés (source, 1er janvier 2016) et les organismes divers d’administration locale (ODAL) ; c’est-à-dire, principalement, les collèges, les lycées, les chambres consulaires (commerce, agriculture, métiers), les établissements publics locaux (pompiers, CCAS…) et un certain nombre d’associations financées sur fonds publics locaux.
[3] Les administrations de sécurité sociale (ASSO) comprennent les régimes obligatoires de sécurité sociale — régime général, régime social agricole (MSA), régime social des indépendants (RSI), AGIRC et ARRCO —, l’assurance chômage, la caisse d’amortissement de la dette sociale (CADES) et le Fond de réserve des retraites (FRR) mais aussi les hôpitaux et certaines œuvres sociales.
[4] L'AFT utilisait également, jusqu'au 31 décembre 2012, des Bons du Trésor à intérêt ANnuel (BTAN) pour les maturités intermédiaires. Ces choses n'existent presque plus : le dernier BTAN arrivera à maturité le 25 juillet 2017.
[5] En moyenne, la dette négociable de l’État avait une durée de vie (le temps qui nous sépare du remboursement du capital) de 7 ans et 124 jours au 30 septembre 2016.
[6] Les engagements hors bilan de l’État sont, à eux seuls, un vaste sujet qui occupe beaucoup la Cour des Comptes : outre de nombreuses garanties accordées aux uns et aux autres, ils comportent des milliards de dettes en bonne et due forme (retraites des fonctionnaires, dettes de la SNCF…) qui n’apparaissent pas dans les chiffres officiels.
[7] Emprunter de l’argent et, éventuellement, exproprier ses créanciers est une habitude des États presque aussi vieille que la monnaie elle-même. Les historiens estiment habituellement que le premier véritable emprunt public de l'État français date de 1535, sous le règne de François Ier.
[8] Non, personne n’a interdit au Trésor d’emprunter de l’argent à la Banque de France en 1973.

Commentaires

  1. LA DETTE
    1981 (Mitterrand) 110 milliards €
    2016 (Hollande) 2200 Milliards €

    RépondreSupprimer
  2. Acceptons nous de jouer au MONOPOLY avec la banque planquée sous la table ?
    Un enfant de 7 ans non lobotomisé refuse catégoriquement.
    Nous sommes sous contrôle mental, sous hypnose.
    Sachant cela, toutes les théories économiques n'ont absolument aucun sens.

    RépondreSupprimer
  3. Si on écoute certains gauchistes comme Mélenchon c'est pas grave la dette sera jamais remboursée. Comment peut-on raconter des conneries pareilles ???

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Brandolini’s law

Over the last few weeks, this picture has been circulating on the Internet. According to RationalWiki, that sentence must be attributed to Alberto Brandolini, an Italian independent software development consultant [1]. I’ve checked with Alberto and, unless someone else claims paternity of this absolutely brilliant statement, it seems that he actually is the original author. Here is what seems to be the very first appearance of what must, from now on, be known as the Brandolini’s law (or, as Alberto suggests, the Bullshit Asymmetry Principle):The bullshit asimmetry: the amount of energy needed to refute bullshit is an order of magnitude bigger than to produce it.— ziobrando (@ziobrando) 11 Janvier 2013To be sure, a number of people have made similar statements. Ironically, it seems that the “a lie can travel halfway around the world while the truth is still putting on its shoes” quote isn’t from Mark Twain but a slightly modified version of Charles Spurgeon’s “a lie will go round the w…

Les prix « avant l’euro »

(J’ai l’intention de compléter cet article au fur et à mesure. Si vous avez des prix à proposer (avec des sources crédibles), n’hésitez pas à le me suggérer dans les commentaires.)L’euro a été introduit en deux temps. La première étape a eu lieu le 1er janvier 1999 à minuit, quand le taux de change irrévocable des différentes monnaies nationales par rapport à l’euro a été fixé définitivement — soit, pour ce qui nous concerne, 1 euro = 6.55957 francs. La seconde étape, l’introduction des pièces et billets en euro, s’est étalée sur un mois et demi : du 1er janvier 2002 au 17 février 2002 ; date à laquelle les espèces en franc ont été privées du cours légal [1] — c’est-à-dire qu’il était interdit de les utiliser ou de les accepter en règlement d’une transaction.SalairesÀ compter du 1er juillet 2000, le SMIC horaire brut était fixé à 42.02 francs soit, pour avec une durée légale du travail de 39 heures par semaine (169 heures par mois), 7 101.38 francs bruts par mois. Le 1er juillet 2001,…

Le marché des actions US est-il si cher que ça ?

Avec un Price-to-Earnings Ratio (cours sur bénéfices nets) désormais nettement supérieur à 20, le marché des actions américaines apparaît désormais très cher et même, selon nombre de commentateurs, trop chers. Cela fait plusieurs mois que le mot en B (« bulle ») a été prononcé [1] et force est de reconnaître que, sur la seule base de ce ratio, c’est effectivement le cas. Néanmoins, un rapide retour sur la théorie de la valorisation donne un éclairage tout à fait différent.Si le PER est un ratio très couramment utilisé sur les marchés, les chercheurs qui s’intéressent à la valorisation des actions utilisent plus volontiers son inverse : le Earnings Yield. En notant $E$ le niveau actuel des bénéfices nets et $P$ le prix du marché, le Earnings Yield s’écrit simplement : $$\frac{E}{P} $$ C’est donc la même mesure mais exprimée sous forme de taux plutôt que de ratio. Si nous utilisons plus volontiers cette présentation c’est que, contrairement au PER, elle a une signification très précis…