Accéder au contenu principal

UC Berkeley, de la théorie macroéconomique à la réalité budgétaire

Au 1er janvier 2016, le salaire minimum en Californie est passé de 9 dollars de l’heure à 10 dollars [1]. Le 4 avril 2016, le Fair Wage Act of 2016 signé par le gouverneur Jerry Brown prévoit une augmentation jusqu’à 15 dollars en 2022. La mise en œuvre de cette hausse est laissée à l’initiative des autorités locales : San Francisco, par exemple, entend atteindre cet objectif en 2018 tandis que Los Angeles se donne jusqu’en 2020. À Berkeley, siège historique de l’Université de Californie, le salaire minimum est déjà fixé à 11 dollars depuis le 1er octobre 2015.

Juillet 2015 — Dans un communiqué publié sur son site, l’Université de Californie (UC), annonce que le salaire minimum de ses employés (et des employés de ses fournisseurs) sera augmenté de 9 à 15 dollars de l’heure au cours des trois années qui suivent. Cette augmentation doit avoir lieu en trois étapes : le salaire minimum a été augmenté à 13 dollars le 1er octobre 2015 (soit 3 dollars de plus que le minimum californien et 2 dollars de plus que les autres employeurs de Berkeley), il doit passer à 14 dollars le 1er octobre 2016 puis à 15 dollars le 1er octobre 2017. Avec 195 000 employés répartis sur dix campus, UC est le troisième employeur de Californie (après l’État fédéral et l’État californien) et entend, en devançant la législation, « devenir la première université publique des États-Unis à établir volontairement un salaire minimum à 15 dollars. »

Mars 2016 — Michael Reich, Sylvia Allegretto, Ken Jacobs et Claire Montialoux du Centre de Recherche sur le Travail et l’Emploi d’UC Berkeley publient un article qui soutient sans ambigüité la hausse du salaire minimum californien et, en creux, la politique volontariste de l’université qui les emploie. Dans leur conclusion, ils notent : « Nos résultats indiquent qu’un salaire minimum de 15 dollars à l’échelle de l’État génèrera une augmentation salariale moyenne de 23.4% pour 3.16 millions de travailleurs. Cette hausse du niveau de vie compensera plus que largement le petit effet sur l’emploi. »

Avril 2016 — On apprend qu’UC Berkeley compte se passer des services de 500 de ses salariés d’ici deux ans — soit une réduction de 6% de son effectif. Les raisons invoquées par le chancelier Nicholas Dirks sont tout à fait claires : le budget d’UC Berkeley au titre de l’année 2016 est très largement déficitaire et il faut donc faire des économies ; M. Dirks espère réduire son trou budgétaire de 50 millions avec cette mesure. Le fait est que le budget de l’université était déjà tendu et que cet accroissement (tout à fait volontaire) de la masse salariale n’a évidemment pas arrangé cette situation.

---
[1] Le salaire minimum à l’échelle fédérale est fixé à 7.25 dollars de l’heure ; 29 États imposent un salaire minimum supérieur à ce niveau ; la Californie et le Massachusetts, à 10 dollars de l’heure, ont le salaire minimum le plus élevé des États-Unis.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Brandolini’s law

Over the last few weeks, this picture has been circulating on the Internet. According to RationalWiki, that sentence must be attributed to Alberto Brandolini, an Italian independent software development consultant [1]. I’ve checked with Alberto and, unless someone else claims paternity of this absolutely brilliant statement, it seems that he actually is the original author. Here is what seems to be the very first appearance of what must, from now on, be known as the Brandolini’s law (or, as Alberto suggests, the Bullshit Asymmetry Principle):The bullshit asimmetry: the amount of energy needed to refute bullshit is an order of magnitude bigger than to produce it.— ziobrando (@ziobrando) 11 Janvier 2013To be sure, a number of people have made similar statements. Ironically, it seems that the “a lie can travel halfway around the world while the truth is still putting on its shoes” quote isn’t from Mark Twain but a slightly modified version of Charles Spurgeon’s “a lie will go round the w…

Les comités Théodule

Le Comité Stratégique au Calcul Intensif, le Haut Conseil de l’Éducation Artistique et Culturelle, l’Observatoire des Jeux, la Grande Commission Nautique, la Conférence de la Ruralité, le Groupe Interministériel des Normes… L’imagination de nos dirigeants en matière de comités Théodule ne semble connaitre aucune limite.Grâce à quatre courageuses et courageux (un grand merci à Delphine, Ugo, Clément et Caroline qui nous a fourni un fichier de contrôle très utile), nous disposons maintenant d’un fichier exploitable conçu sur la base des données trouvées en annexe du PLF 2016 (le « jaune ») pour les années 2012, 2013 et 2014 (les coûts sont donnés en milliers d'euros).Au total, nous avons donc 504 comités, conseils, observatoires, commissions, conférences et autres groupes interministériels — ci-après « instances ». Certaines ont disparu depuis, d’autres sont de création très récente mais ça donne un ordre de grandeur. Ces instances occupent, plus ou moins, un maximum de 19 890 memb…

Logement social de luxe

Ian Brossat, adjoint (PCF) à la maire de Paris en charge du logement depuis avril 2014 annonçait ce 27 février qu’il s’apprêtait à inaugurer de nouveaux logements sociaux situés avenue du Coq, dans le 9ème arrondissement de Paris.L’élu communiste ayant eu l’excellente idée de joindre quelques photos, ce tweet a piqué ma curiosité : je me suis toujours demandé à quoi pouvait ressembler les logements sociaux de la capitale.Je vous laisse découvrir ça :Je ne sais pas ce que vous en pensez mais, de mon point de vue, c’est plutôt pas trop mal. On est quand même dans un bel immeuble haussmannien en pierre de taille, les parties communes relèvent clairement de la prestation haut-de-gamme et les logements eux-mêmes, manifestement refaits à neuf, n’ont pas grand-chose à voir avec l’idée que je me faisais d’un logement social.Clairement, je crois que cette série de photo aurait été tout à fait à sa place dans la vitrine d’une agence immobilière de luxe.Mais ça n’est pas fini. Il se trouve que l…