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Quelques chiffres sur la dette grecque

Au dernier pointage officiel, le 31 mars 2015, le total de la dette publique grecque atteignait 312.7 milliards d’euros. Ne soyez pas surpris si vous voyez circuler des chiffres légèrement différents : ce total incluait près de 15 milliards de dettes à court terme (typiquement à 13 ou 26 semaines) ce qui fait qu’il varie régulièrement au rythme des remboursements et des nouvelles émissions [1]. Sans tenir compte de cette partie fluctuante et en omettant les 16.2 milliards de garanties émises par l’État grec [2], ça nous donne 297.8 milliards d’euros de dettes à plus ou moins long terme.

Après la restructuration de 2012 (107 milliards effacés), le stock d’obligations à long terme ne s’élève plus qu’à 66.5 milliards. On sait que l’Eurosystème (la BCE et les banques centrales nationales) détient 27 milliards de ce total [3] ce qui signifie donc que le reste du monde ne détient plus que 39.5 milliards d’obligations grecques — dont, vraisemblablement, une bonne partie pour les banques grecques qui les apporte en garantie de leurs emprunts auprès de la BCE.

Le reste, 231.2 milliards, ce sont des prêts que l’on peut répartir en quatre groupes : (i) le Fonds Européen de Stabilité Financière, d’abord, qui porte l’essentiel avec pas moins de 130.9 milliards d’euros, (ii) les prêts accordés directement par les États européens en 2010 pour 52.9 milliards, (iii) les prêts du FMI, en incluant celui qui n’a pas été remboursé le 30 juin, pour 21.2 milliards et, pour finir, (iv) la catégories tutti frutti, qui inclue notamment la Banque de Grèce, pour un total de 26.2 milliards.

Au total, donc, la Troïka — le Fond Monétaire International, la Banque Centrale Européenne et les États-membres de la zone euro — assure donc 74% du financement de l’État grec pour un total de 232 milliards d’euros et les États-membres de la zone euro détiennent à eux seuls 59% de la dette accumulée par Athènes ; voyons maintenant à quoi ressemblent les conditions réputées usuraires de ces prêts.

L’aide des États-membres de la zone euro s’est faite en deux temps. D’abord, en 2010, sous forme de prêts via la Greek Loan Facility pour un montant de 52.9 milliards. Afin de laisser au grecs le temps de remettre de l’ordre dans leurs finances publiques, aucun remboursement ne leur sera réclamé avant le 15 juin 2020 et l’échéancier s’étale jusqu’en 2041 ; par ailleurs, le taux d’intérêt pratiqué — qui est variable (Euribor 3 mois plus 50 points de base) — est loin d’être usuraire : en ce moment, ça fait moins de 0,5% par an.

Le deuxième plan de secours, a été mis en place en 2012 avec le Fonds Européen de Stabilité Financière qui, ayant prêté 130.9 milliards d’euros est de loin le premier créancier de l’État grec. Le principe en est fort simple : le FESF est une structure garantie par les États-membres de la zone euro (et donc, par nous) qui emprunte de l’argent sur les marchés puis, le prête à la Grèce. La Grèce est supposée rembourser le FESF à partir du 24 février 2023 et ce, jusqu’en 2054. En terme de taux d’intérêt c’est du prix coutant : le FESF prêt au taux auquel il s’est lui-même endetté plus 0.01% pour couvrir ses frais de fonctionnement.

Au total, donc, les États-membres de la zone euro prêtent pas moins de 183.8 milliards d'euros à la Grèce, acceptent d’étaler les remboursements entre 2020 et 2054 et réclament un taux d’intérêt moyen inférieur à 1%.

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[1] Au 7 juillet 2015 et selon les calculs de votre serviteurs, on doit en être aux alentours de 314.8 milliards.
[2] Principalement pour des entreprises publiques.
[3] Dont les 3.5 milliards d’obligations à 3.7% qui arrivent à échéance le 20 juillet et les 3.2 milliards à 6.1% pour le 20 août.

Si vous ne l'avez jamais vu, le WSJ propose un récapitulatif assez bien fait.

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