Sophismes à tous les étages

Jacques Sapir s’est récemment fendu d’une réponse à ses détracteurs dans laquelle il dénonce la bassesse des arguments de ces derniers — principalement Jean-Marie Colombani et Pierre Moscovici — et les tentatives d’assimilation particulièrement douteuses dont il fait l’objet. En substance, au motif que les positions anti-euro et dirigistes de Sapir ont été reprises — entre autres — par le Front National, les susnommés se croient autorisés à accuser l’auteur de RussEurope d’être lui-même d’extrême-droite et par là même, puisqu’il est désormais convenu chez ces gens-là que le racisme et l’antisémitisme sont des idées de droite, de fourrer Sapir dans le même panier de crabes sans — bien sûr — le dire explicitement. « Calomnions, calomnions, il en restera toujours quelque chose ! »

Je ne suis d’accord sur rien avec Jacques Sapir mais là, dans ce cas précis, je vais me ranger de son côté.

Je vais me ranger de son côté parce que l’usage du sophisme, de la calomnie et de cette espèce de sous-entendus est proprement immonde. Si c’est ainsi que nos intellectuels et nos ministres entendent mener le débat public, en se roulant dans la fange des arguments fallacieux, ils ne valent pas mieux que les courants politiques qu’ils dénoncent. Le « déshonneur par association », monsieur le ministre, est typiquement le genre de procédés sophistiques dont l’extrême-droite raffole.

Je vais me ranger de son côté parce que si ce sont là les seuls arguments que ces messieurs aient à opposer à ceux de Sapir, alors vraiment, l’euro est perdu. C’est d’une nullité effarante qui ne peut signifier que deux choses : soit les auteurs de ces attaques sont incapables d’apporter le moindre argument raisonné — c’est de l’incompétence — soit ils nous croient trop bêtes pour les entendre — c’est de l’arrogance.

Je vais me ranger de son côté, enfin, parce que si c’est là l’idée que se font nos élites médiatiques et politiques de la République, alors c’est la République qui est en danger. Je ne suis — encore une fois — pas d’accord avec Sapir mais lui, au moins, argumente et tire le débat public vers le haut : si ce dernier ne doit plus être nourri qu’à coup de hochets sociétaux « clivants » et de sophismes minables, il n’y aura bientôt plus de débat public possible et donc, plus de République.

.../...

Je conclue rapidement par un mot à l’attention de nos amis anti-libéraux de droite comme de gauche et, en particulier, à ceux qui se reconnaissent sous le nom de souverainistes.

Pourriez-vous, s’il vous plait, cesser d’utiliser le mot « néolibéralisme » ? Personne ne se réclame de ce « néolibéralisme », c’est un courant de pensée qui n’existe pas et le procédé qui consiste à l’accuser de tous les maux qui affligent ce monde n’est pas honnête. Il existe toute une palette de mots qui permettent de désigner les différents courants de notre famille — « libéraux » (classiques), « libertariens », « minarchistes », « anarcho-capitalistes », « objectivistes » (i.e. « randiens ») etc. — : de grâce, utilisez ceux-là et utilisez-les à bon escient.

Par ailleurs, puis-je espérer que vous cesserez un jour de nous prêter les pires intentions du monde pour mieux nous discréditer ? Pourriez-vous, par exemple, arrêter de laisser accroire que Milton Friedman a soutenu la dictature de Pinochet et en profiter pour nous assimiler à l’extrême droite (c’est un comble !) ? Pourriez-vous ne plus nous accuser systématiquement d’être les « suppôts de la finance mondialisée et apatride » ? Pourriez-vous simplement considérer que le fait que nos avis divergent n’implique nullement que nos intentions soient mauvaises ?

Enfin et au risque de trop en demander, est-il envisageable que vous cessiez un jour de qualifier de « libérales » — quand ce n’est pas d'« ultralibérales » — les politiques qui ont été mises en place en France ces dernières décennies. Qu’il y ait quelques éléments de libéralisme, comme le libre-échange qui vous déplaît tant, j’en conviens volontiers mais de là à dire que l’UMP de M. Copé ou le PS de M. Hollande sont des partis « libéraux », c’est objectivement ridicule.

Ceci étant dûment dit, revenons-en au débat.

7 commentaires:

  1. Bien dit ! Par contre, il semblerait que vous ayez des arguments libéraux pour l'Euro, ca serait bien de faire un article a ce sujet si c'est le cas... Perso, je serai pour une sortie de l'Euro meme si la priorité pour la France reste une (tres) forte réduction des dépenses publiques. J'aime beaucoup les écrits de Charles Gave notamment (voir son site "Institut des Libertés" ou ses livres).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je pense qu'un tel article pourrait effectivement avoir un réel intérêt. Même si beaucoup de nos courageux politiques ont tendance à faire de la monnaie unique la source de tous nos maux pour mieux s'exonérer de toute responsabilité, j'avoue avoir du mal à trouver de solides arguments en faveur de l'euro.

      On peut certes citer quelques avantages:
      - Des coûts de transaction réduits pour les entreprises commerçant au sein de la zone euro avec la suppression des frais de change
      - La suppression de l'incertitude liée à l'évolution des taux de changes au sien de la zone
      - Des produits importés moins chers (avantage d'une monnaie forte, contrebalancé par un renchérissement des exportations)
      - Des taux d'emprunts historiquement faibles (mais, et je sais que je me répète, je doute que cela soit une bonne chose)

      Cela semble un peu léger, alors qu'on nous prédit une réaction cataclysmique en cas de sortie de l'euro...

      Supprimer
  2. Remarquable Guillaume, merci, ça fait du bien ! Matthieu

    RépondreSupprimer
  3. J'aime particulièrement l'énumération des injures/accusations lancées de manière récurrente aux (rares) défenseurs des idées libérales.

    Et surtout : « suppôts de la finance mondialisée et apatride » ... C'est du Mélenchon dans le texte ? ou MLP ?

    RépondreSupprimer
  4. Je ne suis généralement d'accord avec vous sur rien.
    Cela dit en préambule, je me dois de vous dire mon admiration pour cette probité intellectuelle et cette honnêteté deux qualités si rares de nos jours!
    Ne pas confondre l'individu avec son discours, donc respecter l'homme malgré une opposition franche de vue, si je comprends bien, et par conséquent ne pas se laisser aller à l'attaque ad-hominem voilà ce que l'on peut définir comme sens de l'Honneur en 2014
    et c'est une qualité rare,
    puissiez vous en faire toujours montre et sur tous les sujets!
    (comme je ne doute pas que ce soit le cas! :) )

    RépondreSupprimer
  5. Pour ma part un certain libéralisme de bon aloi commence à Alexis-Henri-Charles Clérel, vicomte de Tocqueville

    RépondreSupprimer

La loi Pompidou-Giscard (encore)

« Un mensonge fera le tour du monde avant que la vérité ait eu le temps de mettre ses bottes. » — Charles Spurgeon « Le Trésor public ne p...