Accéder au contenu principal

Un Musk contre dix Montebourgs

Né en 1971 d’un père ingénieur et d’une mère nutritionniste et mannequin à ses heures, Elon Musk est sans doute l’un des entrepreneurs les plus remarquables de sa génération. En 1995, après des études de commerce et de physique, il fonde Zip2, un éditeur de logiciel qu’il revend à Altavista (Compaq) en 1999 pour plus de 300 millions de dollars. La même année, il cofonde X.com, société avec laquelle, en 2000, il achète PayPal qui est alors totalement inconnu, développe l’activité et revend le tout à eBay en 2002, empochant au passage $165 millions en actions. C’est à ce moment qu’il fonde SpaceX, une entreprise qui produit rien de moins que des lanceurs spatiaux – notamment pour la NASA – et dont il est toujours propriétaire. En 2004, enfin, il rejoint l’aventure Tesla Motors et investit au passage (en 2006) dans SolarCity, un installateur de panneau solaire dont il est largement l’initiateur. Bref, Elon Musk est un type techniquement brillantissime doublé d’un serial entrepreneur au flair particulièrement affuté qui, selon les données de Bloomberg, était, avec un magot estimé à 7,9 milliards de dollars, la 161ème fortune mondiale au 31 décembre dernier [1].

À cette date, la fortune de Musk se décomposait comme suit :
— Ses 23% dans Tesla Motors, à $150,43 l’action, valaient 4,3 milliards de dollars ;
— Ses 80 millions d’actions SpaceX étaient estimées à environ 2,1 milliards de dollars (SpaceX n’est pas cotée) ;
— Ses 27% dans SolarCity, à $56,82 l’action, augmentaient sa fortune de 1,2 milliards de dollars ;
— Enfin, le reste de ses possessions était évalué à quelque chose de l’ordre de 300 millions de dollars.

Ce qui est intéressant ici, c’est que plus de 80% de la fortune d’Elon Musk sont concentrés dans deux sociétés cotées – Tesla et SolarCity ; ce qui va nous permettre de mesurer très précisément comment il s’est enrichi au cours de l’année 2013.

Au 31 décembre 2012, les positions de Musk dans Tesla et SolarCity valaient $921 millions et $248 millions respectivement. À la fin de 2013 (et sans tenir compte des achats qu’il a réalisés au cours de l’année), ces montants étaient devenus respectivement $4 milliards et $1,2 milliards. D’où cela vient-ce ? Eh bien de l’appréciation du cours de ces deux entreprises : en 2013, l’action Tesla monte de – tenez-vous bien – 344% et celle de SolarCity – encore plus fort – de 376%. En à peine une année, sur ces deux positions, il a gagné plus de 4 milliards de dollars et avec le reste, il semble qu’il ait engrangé [2] 1,6 milliards de plus.

Elon Musk rentre donc dans le club des 200 premières fortunes mondiale parce qu’il a gagné énormément d’argent en 2013. C’est la raison pour laquelle vous dites que les 200 premières fortunes mondiale ont gagné énormément d’argent récemment : précisément parce que si ce n’était pas le cas, ils ou elles ne feraient pas partie du top 200. Symétriquement, si Tesla périclite et/ou si le réchauffement climatique s’avérait finalement ne pas être d’origine humaine [3], il est possible que Musk perde des milliards aussi vite qu’il les a gagné. Dans ce cas, évidemment, il sortira du top 200 et c’est pour cette raison que vous ne direz pas que les ultra-riches ont perdu de l’argent. C’est ce qu’on appelle un biais de sélection ou, dans de trop nombreux cas, de la simple malhonnêteté intellectuelle.

Par ailleurs et comme vous l’avez sans doute noté, la fortune de Musk n’est ni d’or ni d’argent : elle est essentiellement constitué de ses parts dans des entreprises qu’il a fondé et qu’il est en train de faire exploser. Tesla, SpaceX et SolarCity c’est – au bas mot – 7 500 emplois et des emplois, pardonnez-moi de le dire, infiniment mieux payés que nous « emplois d’avenir » [4] nationaux. Si votre plan consiste à taxer le capital des riches – en les forçant à revendre une part de leurs actions pour payer l’impôt – pour financer des « emplois d’avenir » et autres machins subventionnés, vous admettez implicitement qu’un Arnaud Montebourg – au hasard – est plus compétent qu’un Elon Musk dès lors qu’il est question de créer de la richesse. Je dis ça, je ne dis rien.

Observez aussi que durant toute sa carrière, Musk a fondé des startups ou investi dans des startups qui avaient moins d’un an d’existence, les a développé puis, les a revendu avec force profits pour réinvestir dans le projet suivant [3]. Ce faisant, il a créé des montagnes de richesses, des milliers d’emplois sans parler des revenus fiscaux pour Oncle Sam. Si votre plan consiste à matraquer fiscalement et par anticipation les nombreux Musk potentiels qui pourraient voir le jour en France et ce, surtout s’ils ont le mauvais goût de revendre leur boîte dans un délai jugé trop court par l’administration fiscale ; si tel est votre plan, disais-je, ne vous étonnez pas si nos Musks en gestation décident de plier bagages et d’aller créer des fortunes ailleurs.

Enfin et pour la bonne bouche, si vous êtes de ceux qui pensent que les grands projets industriels innovants devraient être une mission de l’État parce que le marché est myope ou parce que le secteur privé ne sait pas être visionnaire, je vous signale que nous parlons ici d’un investisseur privé qui, sans aucune fortune à la naissance, développe des voitures électrique, construit des lanceurs spatiaux, installe des panneaux solaires et veut maintenant révolutionner l’industrie ferroviaire – si on peut encore parler d’industrie ferroviaire – avec son projet Hyperloop. Au risque de vous être désagréable, j’ai toute de même le sentiment diffus qu’en matière de redressement productif, il vaut mieux avoir un Musk qui gagne des fortunes qu’une dizaine de Montebourgs qui les dilapident.

---
[1] À l’heure où j’écris ces lignes, sa fortune est estimée à 9 milliards de dollars et il est 140ème.
[2] Le terme est impropre puisqu’il n’a pas réalisé ses plus-values, bien au contraire.
[3] Mauvaise nouvelle pour SolarCity et tous ses concurrents (qui, bien sûr, n’ont aucune activité de lobbying à Washington).
[4] Ainsi nommés parce que, précisément, ils n’en ont aucun.

Disclaimer : que ce soit à titre personnel ou professionnel, l’auteur de ces mots n’a aucune action ni autre forme d’intérêt dans Tesla Motors et SolarCity.

Commentaires


  1. Bonjour,

    Si vous êtes à la recherche d'une opportunité de travail sur internet !
    Que diriez-vous de recevoir un salaire chaque mois, à vie ?

    Vous pouvez vous créer un revenu passif à vie simplement en publiant des livres sur Amazon, sans avoir à faire de publicité ou créer de site, car c’est Amazon qui s’occupe des ventes en lui versant une partie comme commission.

    Vous pouvez générer des revenus réguliers et illimités, plus vous publiez d’ebooks plus vous gagnez.

    La formation est livrée avec 600 000 ebooks et 7 vidéos.

    Voici le lien: http://revenumensuel.com/

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Brandolini’s law

Over the last few weeks, this picture has been circulating on the Internet. According to RationalWiki, that sentence must be attributed to Alberto Brandolini, an Italian independent software development consultant [1]. I’ve checked with Alberto and, unless someone else claims paternity of this absolutely brilliant statement, it seems that he actually is the original author. Here is what seems to be the very first appearance of what must, from now on, be known as the Brandolini’s law (or, as Alberto suggests, the Bullshit Asymmetry Principle):The bullshit asimmetry: the amount of energy needed to refute bullshit is an order of magnitude bigger than to produce it.— ziobrando (@ziobrando) 11 Janvier 2013To be sure, a number of people have made similar statements. Ironically, it seems that the “a lie can travel halfway around the world while the truth is still putting on its shoes” quote isn’t from Mark Twain but a slightly modified version of Charles Spurgeon’s “a lie will go round the w…

Les comités Théodule

Le Comité Stratégique au Calcul Intensif, le Haut Conseil de l’Éducation Artistique et Culturelle, l’Observatoire des Jeux, la Grande Commission Nautique, la Conférence de la Ruralité, le Groupe Interministériel des Normes… L’imagination de nos dirigeants en matière de comités Théodule ne semble connaitre aucune limite.Grâce à quatre courageuses et courageux (un grand merci à Delphine, Ugo, Clément et Caroline qui nous a fourni un fichier de contrôle très utile), nous disposons maintenant d’un fichier exploitable conçu sur la base des données trouvées en annexe du PLF 2016 (le « jaune ») pour les années 2012, 2013 et 2014 (les coûts sont donnés en milliers d'euros).Au total, nous avons donc 504 comités, conseils, observatoires, commissions, conférences et autres groupes interministériels — ci-après « instances ». Certaines ont disparu depuis, d’autres sont de création très récente mais ça donne un ordre de grandeur. Ces instances occupent, plus ou moins, un maximum de 19 890 memb…

Logement social de luxe

Ian Brossat, adjoint (PCF) à la maire de Paris en charge du logement depuis avril 2014 annonçait ce 27 février qu’il s’apprêtait à inaugurer de nouveaux logements sociaux situés avenue du Coq, dans le 9ème arrondissement de Paris.L’élu communiste ayant eu l’excellente idée de joindre quelques photos, ce tweet a piqué ma curiosité : je me suis toujours demandé à quoi pouvait ressembler les logements sociaux de la capitale.Je vous laisse découvrir ça :Je ne sais pas ce que vous en pensez mais, de mon point de vue, c’est plutôt pas trop mal. On est quand même dans un bel immeuble haussmannien en pierre de taille, les parties communes relèvent clairement de la prestation haut-de-gamme et les logements eux-mêmes, manifestement refaits à neuf, n’ont pas grand-chose à voir avec l’idée que je me faisais d’un logement social.Clairement, je crois que cette série de photo aurait été tout à fait à sa place dans la vitrine d’une agence immobilière de luxe.Mais ça n’est pas fini. Il se trouve que l…