Accéder au contenu principal

Pourquoi je ne vous embaucherai pas

En tant que patron et actionnaire unique, je n’embaucherai un salarié que si j’ai des raisons objectives de penser de sa contribution aux résultats de ma petite entreprise sera supérieure ou au moins égale à son salaire. Je sais bien que les marxistes appelleront ça de l’exploitation mais je me permets de vous rappeler que, dans cette opération, celui qui prend tous les risques, c’est moi. C’est le principe du capitalisme : celui qui investit ses économies et s’endette même parfois lourdement pour créer son entreprise, c’est le patron. Celui qui devra faire la variable d’ajustement si son salarié est malade, en vacances ou en congé-maternité, c’est le patron. Celui qui devra réduire ses émoluments, ne rien gagner du tout ou même perdre de l’argent si ses affaires périclitent, c’est le patron. Si les bolchéviques veulent éviter d’être exploités, je les invite à créer leurs propres boîtes ; on en reparlera. En attendant, celui qui risque la faillite, celui qui travaillera 60 heures par semaine sans même être sûr de pouvoir se payer, c’est moi. Alors oui, je vous le confirme, je n’embaucherai quelqu’un que si j’ai de bonnes raisons de penser que j’ai quelque chose à y gagner.

Mais je suis un garçon optimiste et, à vrai dire, le simple fait d’avoir quelqu’un avec qui discuter durant mes journées de travail est une perspective qui m’est agréable. Aussi, suis-je prêt à embaucher un salarié pour peu que sa contribution au résultat de mon entreprise rembourse son salaire ; c'est-à-dire que je ne gagnerai rien et, qu’au sens marxiste du terme, je ne l’exploiterai pas. Par exemple, si je rencontre un candidat qui, selon mes estimations, est capable de générer 4 215 euros de bénéfices pour mon entreprise, je suis prêt à le payer 4 215 euros [1].

Un salaire de 4 215 euros, ça peut vous sembler beaucoup mais n’oubliez pas que sur cette somme, je devrai payer 689 euros de charges sociales dites « salariales » et 1 400 euros de charges sociales dites « patronales » : après ces prélèvements obligatoires, la somme que je verserai effectivement sur le compte de mon employé – son salaire net – ne sera plus que de 2 126 euros. Et ce n’est pas fini : sur son salaire net, il devra vraisemblablement s’acquitter de 168 euros d’impôt sur le revenu et d’au moins 125 euros de TVA ce qui fait qu’au total, sur les 4 215 euros que je débourserai chaque mois, il disposera d’un salaire disponible après impôts de 1 833 euros ; le solde, 2 382 euros, 56,5% de son salaire réel, étant ponctionné par l’État. C’est, selon une étude récente de l’Institut Économique Molinari réalisée sur la base de données fournies par Ernst & Young [2], le deuxième taux de fiscalisation le plus élevé de l’Union Européenne après la Belgique (59,2%). Avec ces 1 833 euros il devra se loger, s’habiller, se nourrir, payer ses factures et, s’il en reste un peu, il pourra s’offrir quelques loisirs.

Et ça, voyez-vous, c’est déjà un gros problème. C’est un gros problème parce que j’ai beau accepter de ne pas gagner un centime grâce au travail de cet hypothétique salarié, j’ai tout de même besoin d’un type compétent et motivé. Si c’est pour me coltiner un incompétent notoire ou un bonhomme qui n’en fiche pas une et va finir par couler ma boîte, pardon, mais je préfère faire sans. Seulement voilà : à 2 126 euros nets par mois, même pas deux fois le Smic, ça commence à être très juste pour motiver des gens du calibre dont j’ai besoin et ce, d’autant plus que si l’un de mes concurrents anglais avait la même idée que moi, le salaire disponible après impôts de mon employé serait 47% plus élevé outre-manche qu’à Marseille. Autant vous dire que pour un employeur français, la concurrence est rude. Oh ! Bien sûr, me direz-vous, il y a bien des gens qui sont prêts à gagner moins pour le simple plaisir de vivre au bord de la Méditerranée ; je ne vais pas vous dire le contraire : c’est mon cas. Mais il n’en reste pas moins que 2 126 euros nets par mois, dans ma branche, ce n’est pas grand-chose et que ce pas grand-chose peu vite devenir un problème.

Tenez par exemple : imaginez que j’embauche une jeune femme. Naturellement, au sens le plus humain que ce terme puisse avoir, il arrivera fatalement un moment où, ayant rencontré son prince charmant, elle sera titillée par l’envie d’avoir un bébé. Elle sera donc placée devant un choix extrêmement clair : privilégier son métier et continuer à toucher son salaire dont elle sait qu’il n’est pas à la hauteur de ce à quoi elle pourrait prétendre et faire un bébé et continuer à toucher le même salaire avec l’assurance, la loi l’imposant, de retrouver son poste à la fin de son congé-maternité. Que croyez-vous qu’elle fera ? Eh bien, voyez-vous, pour moi ça signifie que, pendant toute la durée de sa grossesse, non seulement elle ne rapportera pas un centime à l’entreprise mais c’est moi qui devrais assurer sa charge de travail ou embaucher quel qu’un d’autre pour la remplacer [3]. Voilà pourquoi je n’embaucherai certainement pas une jeune femme. Croyez bien que le regrette mais je ne suis pas riche à ce point.

Soyons optimistes et imaginons que je décide, finalement, d’embaucher un homme ou une femme d’âge mûr qui partage mon amour immodéré pour la citée phocéenne. Même dans ce cas, mes problèmes sont loin d’être réglés puisque ma capacité à payer un salaire de 4 215 euros par mois est intimement liée au chiffre d’affaires que réalise ma société. Je dois à ce stade vous préciser que mon métier, l’activité de ma petite entreprise, consiste à gérer un portefeuille d’actions. Vous en conviendrez, il y a, de nos jours, des métiers qui bénéficient d’une meilleure publicité que le miens et c’est justement là que se niche la difficulté dont je veux vous entretenir maintenant. Je vous expliquais plus haut pourquoi être le patron de sa petite entreprise est un métier risqué : une des principales sources de risque tient au fait que vos revenus ne sont pas garantis, ils fluctuent en fonction de la marche de vos affaires et peuvent même, en période de vaches maigres, se transformer en pertes. De toute évidence, lorsque vous êtes de surcroît un employeur, c'est-à-dire que vous devez dans mon exemple payer vos 4 215 euros chaque mois, le risque n’en est que plus grand.

Or voilà, mon métier consistant à gérer l’argent des autres, la bonne marche de mes affaires est naturellement conditionnée par l’existence de clients potentiels ; c'est-à-dire de gens qui disposent d’un patrimoine financier ; c'est-à-dire – pour reprendre la terminologie officielle – de riches. C’est aussi simple que cela : sans riches, mon entreprise n’existe plus et du coup, elle ne risque pas d’embaucher. Je vais donc faire appel à votre intelligence et à votre bon sens : si vous étiez à ma place, lorsque le président de votre pays décrète que vous êtes son ennemi, qu’il va taxer les riches au bazooka et poursuivre ceux qui tentent de fuir à l’étranger, qu’il va taxer les marchés financiers, en remettre une couche sur les entreprises en général et sur celles qui payent des dividendes en particuliers, qu’il se pique de donner des leçons de stratégie industrielle alors que lui-même n’a jamais rien réussit d’autre que de ruiner le département dont il avait la charge… Vous embaucheriez vous ? Eh bien laissez-moi vous le dire, à moins que vous ne soyez un des très riches amis dudit président ou totalement fou : il n’y a pas la moindre chance. Voilà pourquoi, et croyez bien que j’en suis sincèrement désolé, je n’embaucherai pas.

De toute manière et pour être parfaitement honnête, j’ai un aveu à vous faire : ma petite entreprise n’existe pas. Ce n’est pas que je n’ai pas envie ni que je doute de mes capacités mais plutôt que les coûts règlementaires qui pèsent sur la création d’une entreprise dans mon secteur ne me permettent tout simplement pas de le faire. Nous pourrions passer encore quelques heures ensemble – le temps que je vous décrive par le menu ce à quoi ressemble vraiment cette soi-disant « dérégulation de la finance » – mais je me contenterai d’un seul exemple qui, je le crois, fixera bien les idées. Figurez-vous que, pour exercer mon métier en France, je dois au préalable obtenir un agrément, une autorisation administrative. Comme toute autorisation administrative, son obtention nécessite de longues et laborieuses négociations avec l’autorité de tutelle présumée compétente mais surtout, avant même d’entamer ce long chemin de croix, la règlementation m’impose d’avoir embauché non pas un mais deux salariés. C'est-à-dire que pendant environ six mois, sans même savoir si j’obtiendrai le droit de travailler, je dois être en mesure de financer deux emplois au tarif évoqué plus haut. Je vous fais un dessin ?

Voilà où nous en sommes les amis. Si vous faites partie de celles et ceux qui pensent que notre salut passera par plus de dépense publique, plus d’impôts et plus de réglementations sachez au moins qu’au rythme où vont les choses, il faudra bientôt prévoir un peu de la première pour que ma famille subsiste, ne pas trop compter sur moi pour les seconds et ne pas perdre de temps sur les dernières : il n’y aura plus grand-chose à réguler. Lorsque vous-même ou l’un de vos enfants chercherez du travail dans le champ de ruines que nous préparent nos bons politiciens, vous aurez peut-être une petite pensée pour moi et pour ce job à 4 215 euros par mois que j’aurais pu vous offrir. D’ici là, bonne chance à toutes et à tous.

---
[1] Je vous fais grâce des mètres-carrés, du bureau, du matériel informatique, des frais téléphoniques, de l’éventuel surcoût que représente une embauche auprès de mon comptable etc.
[2] Cécile Philippe, Nicolas Marques et James Rogers, Fardeau social et fiscal de l'employé lambda au sein de l'UE ‐ 2012 ‐ 3ème édition (juillet 2012).
[3] Dans la première version de ce paragraphe, j’ai commis une grosse erreur : j’inférais à tort que cette employée resterait à ma charge, ce qui est faux ; en fait, elle sera payée par la CAPM. Mea culpa ! (GK, 2012-07-25 @ 13:50)

Commentaires

  1. fred2vienne24/07/2012 16:18

    merci pour ce joli copié-collé-traduit d'un texte qui circulaire déjà il y a au moins 6 mois, dont j'ai lu une version d'un pays de l'est (je ne sais plus lequel) avec la même tirade sur les femmes, sur les vieux et les charges!

    Bravo par contre pour l'accusation infondée sur Hollande qui aurait fait couler la Corrèze, ce qui est faux et facilement vérifiable puisque les données sont publiques.
    Les comptes étaient déjà dans le rouge avant sa présidence du département.

    Enfin bravo pour l’amalgame honteux entre taxes et cotisations ("charges" pour vous).
    Les cotisations sont versées en effet à l'Etat, mais le salarié bénéficiera d'une retraite quand l'heure sera venue. Certes y'a mieux comme système, mais c'est le notre.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tiens, pour la Corrèze et la gestion désastreuse de Flanby :
      -->
      http://www.youtube.com/watch?v=d6mVlfbc7uI

      Supprimer
    2. "Les cotisations sont versées en effet à l'Etat, mais le salarié bénéficiera d'une retraite quand l'heure sera venue. Certes y'a mieux comme système, mais c'est le notre."

      Huhu ^^. Vous y croyez vraiment? Si oui, j'espère que vous n'êtes pas jeune, vous risqueriez de déchanter quand vous serez en âge de prendre votre retraite...

      Et sinon, le Français moyen touche 1500€ net / mois. Et bien chaque année, l'État prendra 15000€ (oui, QINZE MILLE EUROS, chaque année) sur son travail pour le donner à la sécu.

      Maintenant, renseignez-vous sur ce qu'on peut avoir comme assurance santé et retraite pour 15000€ par an. Et comparez avec les remboursements ridicules et les retraites faméliques versés par la sécu.

      Supprimer
    3. fred2vienne25/07/2012 08:17

      je sais tout ça Mateo, d'où "Certes y'a mieux comme système, mais c'est le notre."

      Je souligne quand même le fait que pour la sécu, cela ne me dérange pas de leur lacher 15000€ car:
      -Si j'ai un cancer, je serai pris en charge
      -si je mord dans un sandwich et qu'il y a une aiguille infectée dedans avec du VIH, je serais couvert aussi.

      Pour moi le mieux est un juste chemin entre le chacun pour sa gueule qui clochardisera les plus faibles, et tout pour tout le monde qui est actuellement mal employé.

      Supprimer
    4. Allons, même avec "seulement" 5000€ / an tu peux te payer une assurance qui te prendra en charge en cas de cancer ou de VIH...

      Pour les plus démunis, un libertarien te diras que l'initiative privée est bien plus efficace et respectueuse des droits naturels que l'État pour leur venir en aide.

      Personnellement, je préfère mettre en avant l'idée de chèque-santé dégressif en fonction des revenus, afin que les plus démunis se payent l'assurance de leur choix plutôt que de subir la Sécurité Sociale.
      Et je ne peux m'empêcher de parler du système de "plan épargne santé". Google permet de trouver toutes les infos sur ce système.

      Supprimer
    5. "Les cotisations sont versées en effet à l'Etat, mais le salarié bénéficiera d'une retraite"

      Encore un qui croit qu'il y a une jolie enveloppe qui l'attend pour ses vieux jours.

      C'est faux : seuls les rendements (pensions) sont garantis par le système. Une personne qui n'a jamais "cotisé" peut prétendre à une pension de retraite.

      C'est encore faux dans la mesure où les fonctionnaires n'ont pas de caisse de retraite. En revanche, eux ont le droit de capitaliser pour leurs vieux jours, chose qui est refusé au privé par les mêmes syndicats.

      Enfin, comme seuls les rendements sont garantis, comme les versements baissent du fait de la réduction du nombre d'actifs, le manque à payer est financé par de la dette. Ce sont donc plusieurs milliers de milliards d'euros de retraites qui ne sont pas provisionnés. Quand l'Etat fera faillite, les anciens seront en première ligne, comme jadis en URSS.

      Supprimer
  2. Alors primo, ce texte n’est pas un « copié-collé-traduit » de celui auquel vous faites référence (qui venait de Hongrie) ; il s’en inspire dans l’approche, dans la manière de tourner l’argument mais le fond est – ne vous en déplaise – directement inspiré de l’expérience personnelle de son auteur.
    Pour ce qui est de la gestion Hollandaise de la Corrèze, les chiffres publiés par Bercy me semblent être une source tout à fait fiable. Je vois un résultat comptable nettement positif en 2007 et nettement négatif en 2010, une croissance de 55% des charges de personnel et une dette qui progresse de près de 34%.
    Enfin, votre dernier point est un pur sophisme à moins, bien sûr, que vous ne considériez que ce que vous appelez « une taxe » n’a pas vocation à créer des services à l’usage des français. Par ailleurs, le terme de « charges sociales » s’utilise indistinctement de « cotisations sociales » et il est même plus juste dans la mesure où la notion de cotisation induit au moins implicitement l’idée qu’elles sont volontaires – ce qui n’est bien sûr pas le cas.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. fred2vienne25/07/2012 08:26

      Ok pour vos chiffres, mais sachez qu'ailleurs d'autres circulent.

      Je veux bien croire à ceux-là si vous répondez à Choupinet!!!

      Supprimer
    2. C'est sa gestion qui a poussé Flanby Ouille Molle à faire appel à l'aide des cons tribuables. Quand on hérite d'une gestion catastrophique, on en rajoute pas une couche en payant des Ipads à plusieurs milliers de collégiens.

      Supprimer
  3. Le texte Hongrois :
    http://ordrespontane.blogspot.fr/2012/01/en-hongrie-aussi.html

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si je puis me permettre, Contrepoints en avait publié une traduction :
      http://www.contrepoints.org/2012/01/30/66717-pourquoi-je-ne-vous-embaucherai-pas

      Supprimer
  4. Le salarié bénéficiera d'une retraite s'il en reste...
    Et sur les 56% de racket, ça m'étonnerait qu'il y en ait beaucoup qui retourne au salarié. Ni maintenant, ni "quand l'heure sera venue."

    RépondreSupprimer
  5. Georges, vous êtes un vrai salaud de ne pas embaucher! Et si vous le faites, vous serez un salaud de capitaliste exploiteur! ;)

    Sinon, une petite note donnant le texte d'inspiration aurait permis d'éviter certains commentaires ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. fred2vienne25/07/2012 08:22

      J'ai le droit de souligner ce que je veux sur son texte vu qu'il a ouvert les commentaires, cher Mateo.

      En je ne critique pas sa position sur le fait que ce soit dure de créer de l'emploi surtout quand on voit la gestion des "charges" par l'etat si mal fichue.

      Supprimer
    2. Ah mais pas de critique ici! Juste un fait: si Georges avait mis dès le départ une petite note, ça aurait évité des commentaires qui, tu en conviendras, n'apportent pas grand chose au débat.

      Supprimer
  6. @Jojo

    "Or voilà, mon métier consistant à gérer l’argent des autres"

    Et à quel moment prenez-vous ce fameux risque semblant justifier vos hautes prérogatives d'homme optimiste aux vertues Randiennes ?

    RépondreSupprimer
  7. Choupinet n'a pas bien lu. Choupinet doit retourner à l'école puis créer une entreprise en France pour que nous puissions rire un peu.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Buzzzz ! Jojo fait erreur, car Choupinet est bien à la tête d'une entreprise en France, la sienne !

      Choupinet, qui a bien lu, repose la question qui fâche et laquelle jojo n'arrive pas à répondre manifestement :

      "Or voilà, mon métier consistant à gérer l’argent des autres" Dites-vous.


      A quel moment prenez-vous ce fameux risque semblant justifier vos hautes prérogatives d'homme optimiste aux vertus Randiennes ?

      Supprimer
    2. fred2vienne25/07/2012 08:27

      je suis bien curieux de la réponse de Goerges aussi tiens!!

      Supprimer
  8. C’est quoi votre question ? Quels risques je prends en créant une société de gestion de portefeuille en France ? Le même genre de risques que prennent tous ceux qui créent une entreprise en général et dans ce pays en particulier.
    Je dois, dès la première année gagner au minimum 129 000 euros rien que pour atteindre mon point mort : i.e. 100k de salaires, 15k d’abonnement à des sources de données et 14k de frais divers (forfait de charges sociales, loyer, prestataires…).
    Je facture 2% de frais de gestion sur l’encours que m’ont confié mes clients et 20% de la surperformance par rapport au S&P 500. Pour que ma société soit viable, je dois couvrir mes frais de fonctionnement avec mes frais de gestion fixe ; le calcul est facile à faire : je dois donc gérer – en moyenne et au minimum – 6 450 000 euros.
    Je rappelle qu’à ce stade je ne gagne pas un centime ; pour faire vivre ma petite famille, je pompe sur mes économies.
    Supposons que j’arrive à trouver 6,45 millions d’euros à gérer dès le premier jour (rien que ça…) et laissons de coté les 6 mois que je vais passer à payer sans avoir le droit de travailler. Si l’encours de mon fonds baisse de 10% (i.e. parce que le marché baisse, parce que ma stratégie de gestion ne fonctionne pas, parce que le dollar baisse vs. euro, parce que des clients s’en vont), je perds 12 680 euros en rythme annuel. C'est-à-dire que je dois prendre ce fric sur mes économies pour payer mes salaires et tout le reste.
    Ça vous va comme risque ça ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. fred2vienne25/07/2012 10:15

      donc vous associez le fait de travailler à la prise de risque?
      et apparemment vous vous payez bien, donc il vous faut prendre d'autant plus de risque pour pouvoir vous dégager un salaire.
      Donc diminuer votre salaire, cela baissera vos charges, vous diminuerez votre portefeuille, donc moins d'abonnements et de frais de gestion.

      Allez, je vous accorde que mon raisonnement est simpliste, mais on n'est pas tous des experts et c'est pour ca que j'échange avec vous, pour comprendre!!

      Supprimer
  9. fred2vienne,
    Non, j'associe le fait d'investir dans une entreprise à une prise de risque.
    Où avez-vous vu que je me paye bien : dans l'hypothèse où j'arrive à trouver des clients qui me confient 6,45 millions d'euros, je ne gagne pas un centime.
    Pour info, en France, le forfait de charges sociales vous le payez même si vous perdez de l'argent.
    Par ailleurs les frais que je liste ci-dessus sont des frais fixes : que j'ai des clients ou pas, je dois les payer.

    RépondreSupprimer
  10. fred2vienne25/07/2012 13:25

    donc pour mettre en place votre entreprise, abonnements, frais divers, forfait de charges, il faut que vous gériez un portefeuille de 6.5M€.
    et dans ce cas, tous vos frais et charge sont payés sauf vous?

    Et c'est la partie charge qui prend la plus grosse part? Impossible d'engager une procédure de paiement sur le CA réel?

    RépondreSupprimer
  11. Non, le poste le plus lourd c'est les salaires (les vrais, ceux qui incluent toutes les charges sociales); viennent après mes abonnements (i.e. en l'espèce c'est Bloomberg), ensuite c'est mon expert comptable, le loyer et finalement le forfait de charges sociales que je dois payer quelque soit mon chiffre d'affaires.

    RépondreSupprimer
  12. fred2vienne25/07/2012 14:48

    ok mais dans votre exemple, y'en a pas de salaire, donc à part ce poste, la répartition entre ce qui reste est de quel ordre? non parce qu'après, dans une situation stable, en régime de croisière, le salaire, il devient de l'ordre du négligeable j'ai l'impression.
    Non?

    RépondreSupprimer
  13. @Georges,

    1. Il me semble que vous confondez charges et risque, ce qui, à mon sens, n'a rien à voir. Il y a un aléa dans le risque. Les charges dont vous parlez sont fixes ou en tout état de cause les modalités de calcul de celles-ci sont fixées pour au moins un exercice. Un investissement peut se révéler être dans l'immédiat une charge, mais les charges dont vous parlez ne sont pas des investissements, la notion de risque est à leur propos inadapté.

    2. Si il existe entre vous et votre patrimoine personnel l'écran d'une personne morale c'est celle-ci qui assume en fait le risque ; et encore, quand celle-ci assume un aléa véritable lié à un investissement, à la mise en oeuvre d'une activité comportant par elle-même un risque.

    Ainsi, ce n'est pas vous qui serez en cessation des paiements Georges - sauf fautes de gestion - si le risque pris sur le patrimoine de l'entreprise se révèle de manière négative ; c'est bien la personne morale qui sera liquidés, et non le patrimoine du gérant - sous réserve encore de la faute de gestion.

    Le fait que vous rajoutiez des liquidités dans votre société, ne change rien au fait que la structure portant invariablement le risque est la personne morale et non vous-même. Ne peut-on pas considérer d'ailleurs que ces ajouts incessant sont bien peu libéraux et attestent du fait que la structure en cause n'est pas adaptée aux furieuses exigences du marché ?

    3. Sur la société de gestion de portefeuille : mais qui prend les vrais risques en la cause ? Qui investit ? Qui met de l'essence dans le moteur, qui même prête la voiture et met de l'essence dans ce moteur, vous ? Quels sont les risques de votre société en terme d'investissement par exemple ? Et n'avez-vous pas des assurances, contractés par votre société, en cas de faute(une RCP...)? Donc, qui met sur la table la monnaie ? Vos clients, ce sont eux qui assument, me semble t-il, l'essentiel du risque avec lequel joue votre personne morale.

    Je résume :
    1. vous confondez charges et risques
    2. le risque est assuré par la personne morale faisant écran à votre patrimoine
    3. Vos clients assument l'essentiel du risque du service proposé par votre société.

    Du coup, le risque dont vous nous parlez...

    Non ?

    RépondreSupprimer
  14. Cela étant Georges, si vous voulez dire qu'il faut être un peu zinzin - j'en suis - pour créer une entreprise dans ce pays, je ne peux pas vous donner entièrement tort...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. fred2vienne26/07/2012 08:27

      merci, vous avez mis les mots justes sur mon sentiment bien flou dans cet échange.
      Et d'accord aussi pour la création d'entreprise.

      Supprimer
  15. Aventin/Desaix/Choupinet,
    Comme le gouvernement, dans son immense sagesse, propose des aides financières aux particuliers qui s’équipent de panneaux solaires photovoltaïques et que, de surcroît, il a donné instruction à EDF de racheter l’électricité ainsi produite à un tarif préférentiel, Fanny et son mari investissent 50k dans la création d’une petite Sarl spécialisée dans la commercialisation et la pose de tels panneaux. Comme l’entreprise est une Sarl, la responsabilité des associés est limitée à leurs apports – c'est-à-dire à 50k ; c'est-à-dire toutes les économies de Fanny et son mari.
    Dans les grandes lignes Fanny – qui est gérante de l’entreprise – doit faire face à des charges variables (principalement l’achat de panneaux auprès de ses fournisseurs) qui représentent en gros les 2/3 de son chiffre d’affaires ; en sus, elle a également un loyer à payer, des frais téléphonique, un expert comptable… soit 20k annuels de charges fixes.
    La première année, avec un chiffre d’affaires de 30k, le couple subit une perte de 10k mais ne s’en inquiète pas outre mesure puisque, précisément, c’est une première année. D’ailleurs, dès leur deuxième exercice, ils réalisent 78k de C.A. et Fanny se verse sa première rémunération : 6k pour l’année. Mais les choses se gâtent quand le gouvernement, dans son immense sagesse, décide de réduire les différentes aides financières qu’il accordait jusqu’ici aux clients de Fanny. La troisième année, le chiffre d’affaires de l’entreprise s’effondre brutalement à 9k et le couple essuie une perte sèche 29k. Les soucis de trésorerie commencent : ils sont obligés de demander des avances à la banque pour payer leurs charges fixes et se retrouve avec un stock de panneaux dont personne ne veux sur les bras.
    S’ils avaient arrêté les frais à ce stade ; s’ils avaient bradé le stock, remboursé la banque et fermé l’entreprise, ils auraient pu s’en sortir en récupérant environ 29k de fonds propres et donc, en ne perdant que 21k. Mais ils y ont cru, ils ont fait le pari que le gouvernement reviendrait sur sa décision… Avant la fin de leur quatrième exercice, ils ont tout vendu, remboursé leur crédit, déposé le bilan et, des 50k qu’ils avaient investit, ils n’ont récupéré qu’un peu moins de 10k.
    Vous avez sans doute compris que Fanny et son mari sont des amis et que cette histoire, bien que simplifiée à la hache, est véridique. Ainsi donc, vous me dites que Fanny et son mari n’ont pas pris de risque ?

    RépondreSupprimer
  16. 1. Il y a des charges et il y a des produits. Si les produits sont supérieurs aux charges, vous gagnez de l’argent ; peut être pas assez pour vivre mais c’est déjà ça. Si les produits et les charges sont égaux, vous ne gagnez, ni ne perdez d’argent. Si les charges sont supérieures à vos produits, vous perdez de l’argent ; et ça, c’est quelque chose que vous ne voulez pas. Mettons que mes charges soit fixes à, par exemple, 100k euros par an : mon objectif est donc de générer au moins 100k de produits pour atteindre mon point mort. La question est : quelle certitude, quelle garantie ais-je d’y arriver ? Voilà l’alea, voilà le risque.
    2. Le principe de responsabilité limitée limite la responsabilité de chaque associé à ses apports ; c'est-à-dire qu’en tant que propriétaire de l’entreprise, vous ne pouvez pas (sauf faute de gestion) être poursuivit sur vos biens propres (nb : contrairement à une entreprise individuelle). En revanche, vous pouvez tout à fait perdre 100% de votre mise. Vous investissez 100, vous récupérez 0 : vous avez perdu 100.
    3. Effectivement, mes clients prennent des risques et pas qu’un peu. Ils prennent des risques précisément parce qu’au travers du portefeuille que je gère, ils investissent leur argent dans des entreprises de la même manière que, si je devais créer une société de gestion en France, j’investirai mon argent dans cette entreprise. Investir dans une entreprise, directement ou indirectement, qu’elle soit cotée ou non, qu’elle soit grosse ou petite, c’est toujours risqué.
    Si vous croyez qu’il est possible de gagner de l’argent avec des investissements sans risque, vous êtes un client potentiel du prochain Bernard Madoff.

    RépondreSupprimer
  17. M. Kaplan, sur un autre sujet,
    Que dites-vous du tout récent "Gasgate" au lieu d'évoquer constamment le prétendu (depuis dégonflé) "Climategate" ?
    On y apprend que treize des seize « auteurs scientifiques » du rapport favorable (publié en février) sur le gaz de schiste (dont vous vous êtes inspiré largement...), membres de l'Energy Institute de l'université du Texas subventionnée par les pétroliers, se révèlent liés à l'industrie des hydrocarbures. En faveur de laquelle leur rapport est une arme de lobbying... Pire, non seulement les auteurs du rapport seraient en plein conflit d'intérêt, mais ils auraient truqué leur travail...
    http://plunkett.hautetfort.com/archive/2012/07/27/gaz-de-schiste-le-rapport-favorable-avait-ete-bacle-par-des.html#more

    Vos arguments libéraux sur ce sujet commencent à sentir le gaz et à prendre l'eau avec ou sans fracturation...Très cordialement.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. nicolasbruno16/08/2012 17:31

      Bonjour,
      Je suis toujours étonné de constater à quel point les socialistes comme vous sont incapables de comprendre la pensée d'un libéral.
      Un libéral n'est pas quelqu'un qui va considérer
      que toutes les entreprises du privé sont bonnes et honnètes. Mais quelqu'un qui va considérer que l'Etat au-delà de ses fonctions régaliennes corrompt et se révèle d'une grande inefficience dans la conduite des affaires.

      Pour ce qui est de notre sujet, vous ne démontrez pas en quoi le rapport de l'Energy Institute serait faux mais relayez des sites selon lesquels son principal auteur serait en conflit d'intérêt. C'est possible. Mais, tous les sites écologistes et autres ONG soit disant indépendantes
      sont aussi dans ce cas. C'est leur dfonds de commerce.

      La différence, c'est qu'un libéral acceptera toujours une prise de risque raisonnable, inévitable force de progrès, ce à quoi se refusera un socialiste, le socialisme étant foncièrement rétrograde par nature.

      Dans notre cas, si le danger de l'extraction du gaz de schiste était avéré, et s'il devait mettre en péril les droits fondamentaux des citoyens, je ne vois pas en quoi un libéral le défendrait encore.
      Par exemple, vous serez sans doute surpris de ce que vous lirez sur ce site libertarien:

      http://www.quebecoislibre.org/10/101215-3.html

      Mais c'est bien loin d'être le cas et vous le savez.
      En revanche, les contre-vérités, las rumeurs assénées vous suffisent à justifier l'interdiction, ici du gaz de schiste, ailleurs des OGM (pourtant utlisés depuis des dizaines d'années sans crise sanitaire).Car ce qui vous gène n'est pas le danger potentiel mais tout ce qui n'entre pas dans vote cadre de pensée.

      Pour ce qui enfin concerne les lobbyings dont vous essayez de nous faire croire qu'ils sont pour l'essentiel le fait des riches conglomérats industriels, je vous engage à taper sur google l'un quelconque des sujets environementaux à la mode. Comme résultats, vous ne trouverez quasiment que des pages de sites écolo-socialisants, assénant rumeurs, faits non démontrés, anecdotes visant à faire peur aux lecteurs, blogs de point de vue strictement politiques. Vous devriez vous intéresser aux pompes à fric que sont les associations écolos qui se payent sur le dos des contribuables et qui creusent notre déficit.
      La morale est loin d'être là où vous vous escrimez à nous expliquer qu'ell est.

      Supprimer
  18. Le "prétendu" Climategate? Dégonflé??? C'est une blague? Ou alors vos sources d'information sont les médias français! Parce-que le Climategate a eu un impact très important (ailleurs qu'en France, évidemment).

    Sinon pour le gaz de schiste, avez-vous des liens vers de exemples réels et avérés de contamination de nappe phréatique? Je demande, parce-que je n'arrive pas à trouver de truc crédible... Pourtant j'ai demandé à certains et pas eu de réponse à ce jour.

    RépondreSupprimer
  19. Hum je viens de me rendre compte que ça n'avait strictement aucun rapport avec le billet...
    Désolé Georges, tu peux supprimer mon dernier com si tu le souhaites.

    RépondreSupprimer
  20. Et encore, vous avez omis de dire que dans le secteur financier, l'entreprise paye la TVA, mais ne la récupère pas.

    RépondreSupprimer
  21. C'est un très bon papier. Mais, et c'est le problème des libéraux :

    1/ En visant la prédominance de l'état on oublie que dans un pays démocratique, l'état ce sont les citoyens et que la question est plus du contrôle des dépenses de l'état par ces mêmes citoyens.

    2/ Le problème n'est pas de passer à une assurance sociale de type privée vs. une assurance sociale de type public mais de s'assurer que l'assurance sociale public puisse fonctionner de manière aussi efficace que le privée. Dans ce cadre là encore le contrôle des citoyens doit être renforcé. Il est incompréhensible que les dirigeants des caisses de sécu ne soient pas élus par ceux qui cotisent à ces caisses.

    Pour information la Nouvelle Zélande qui est un des pays les plus libéraux au monde conserve un système de sécurité sociale publique.

    3/ Les libéraux sont toujours très silencieux quant à la façon dont ils pourraient réduire la dette publique en préservant une concorde sociale même ad-minima. Thatcher a conservé la NHS par exemple..En France quelles seraient les étapes envisagées pour rendre la société plus libéral

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Brandolini’s law

Over the last few weeks, this picture has been circulating on the Internet. According to RationalWiki, that sentence must be attributed to Alberto Brandolini, an Italian independent software development consultant [1]. I’ve checked with Alberto and, unless someone else claims paternity of this absolutely brilliant statement, it seems that he actually is the original author. Here is what seems to be the very first appearance of what must, from now on, be known as the Brandolini’s law (or, as Alberto suggests, the Bullshit Asymmetry Principle):The bullshit asimmetry: the amount of energy needed to refute bullshit is an order of magnitude bigger than to produce it.— ziobrando (@ziobrando) 11 Janvier 2013To be sure, a number of people have made similar statements. Ironically, it seems that the “a lie can travel halfway around the world while the truth is still putting on its shoes” quote isn’t from Mark Twain but a slightly modified version of Charles Spurgeon’s “a lie will go round the w…

Les prix « avant l’euro »

(J’ai l’intention de compléter cet article au fur et à mesure. Si vous avez des prix à proposer (avec des sources crédibles), n’hésitez pas à le me suggérer dans les commentaires.)L’euro a été introduit en deux temps. La première étape a eu lieu le 1er janvier 1999 à minuit, quand le taux de change irrévocable des différentes monnaies nationales par rapport à l’euro a été fixé définitivement — soit, pour ce qui nous concerne, 1 euro = 6.55957 francs. La seconde étape, l’introduction des pièces et billets en euro, s’est étalée sur un mois et demi : du 1er janvier 2002 au 17 février 2002 ; date à laquelle les espèces en franc ont été privées du cours légal [1] — c’est-à-dire qu’il était interdit de les utiliser ou de les accepter en règlement d’une transaction.SalairesÀ compter du 1er juillet 2000, le SMIC horaire brut était fixé à 42.02 francs soit, pour avec une durée légale du travail de 39 heures par semaine (169 heures par mois), 7 101.38 francs bruts par mois. Le 1er juillet 2001,…

Comment j’ai déprogrammé l’obsolescence

C’est arrivé ce matin. Notre lave-vaisselle familial, que nous avions programmé pour tourner la nuit dernière, n’avait pas fonctionné. Mon épouse, étonnée par cette inhabituelle défaillance, a essayé de le relancer : rien à faire, le bestiau ne fonctionnait plus. Dépités, nous convînmes donc, ma dulcinée et moi-même, qu’il était temps de lui trouver un remplaçant. Cette fois ci, nous disions nous pas plus tard que ce matin, nous n’achèterons pas la première camelote venue à 300 euros : rendez-vous fût pris en début de soirée pour faire l’acquisition d’une bête de course qui, nous l’espérions, durerait vingt ans, comme celle de belle-maman.Dans les entrailles de la bêteMais la journée avançant, cette histoire ne sortait pas de ma tête. Le lave-vaisselle en question, nous l’avions tout de même acheté il y a à peine plus de trois ans : ce n’est pas Dieu possible que ce machin, même s’il ne nous avait objectivement pas coûté grand-chose, nous lâche aussi vite. Si ça se trouve, me disais-j…