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Prime exceptionnelle aujourd’hui, chômage demain

Sensible aux difficultés financières de nos concitoyens mais surtout à l’approche des échéances électorales de 2012, notre bon gouvernement s’apprête à enfanter un nouveau bricolage de circonstance qui hésite entre incompétence et démagogie pour « relancer le pouvoir d’achat des français ». Evoquée le 13 avril par François Baroin, l’usine à gaz gouvernementale consiste cette fois à obliger les entreprises qui paient des dividendes à leurs actionnaires à verser une prime exceptionnelle à leurs salariés. Dans un communiqué de Matigon du 20 avril, on a apprit que cette lubie devrait être soumise à l’approbation du Parlement d’ici l’été et qu’elle devrait instaurer l’obligation de négocier ladite prime dans les entreprises de cinquante salariés et plus qui versent des dividendes en augmentation.

Le caractère démagogique de cette nouvelle manifestation du syndrome de prolifération législative n’aura échappé à personne puisqu’on le dénonce jusque dans les rangs de la CGT. Il va de soit que prendre de l’argent dans les poches d’une minorité d’actionnaires pour le distribuer à une majorité de salariés constitue indéniablement un argument à faire valoir lors du grand concours de beauté de l’année prochaine (et ce, d’autant plus que lesdits actionnaires n’ont pas grand-chose de mieux à espérer d’un gouvernement « socialiste » [1] et encore moins des deux fronts). On est là, comme dans le cas des trente cinq heures, dans une de ces tartufferies que nos gouvernants – de droite comme de gauche – apprécient au plus haut point : une proposition purement électoraliste dans un étui d’arguments économiques fallacieux.

Au-delà de ce à quoi des « négociations obligatoires » peuvent aboutir, un petit exercice amusant auquel chacun peut se livrer dans le confort douillet de son canapé consiste à deviner les stratégies de contournement auxquelles les entreprises ciblées pourront se livrer pour échapper à cette loi et – exercice subsidiaire – quels en seront les effets pervers et évidemment inattendus. En réfléchissant moins d’une minute, vous devriez comme moi vous attendre à ce que l’immense majorité des entreprises de plus cinquante salariés veillent scrupuleusement à verser au titre de 2011 un dividende légèrement inférieur à celui de 2010 et compensent le manque à gagner pour leurs actionnaires par des rachats d’actions. De la même manière, il ne serait pas tout à fait surprenant que certaines entreprises décident de se séparer en plusieurs entités de moins de cinquante salariés ou de consolider leurs bénéfices dans une société-mère de trois salariés. On peut aussi imaginer que les patrons de PME de quarante neuf salariés éprouveront quelques réticences à embaucher et que cette prime exceptionnelle provoquera un gel des augmentations de salaires pendant quelques années… Et ce ne sont là que quelques exemples.

Sur un peu moins de 9 millions de salariés qui travaillent dans des entreprises de cinquante salariés ou plus, retranchez les entreprises qui perdent de l’argent ou réinvestissent leurs bénéfices (les deux tiers environ) puis celles qui trouveront une parade et enfin, celles qui choisiront de déménager sous des cieux plus cléments et vous aurez une vague idée du nombre de personnes qui bénéficieront de ce bricolage étatiste.

Au-delà des effets – ou de l’absence d’effets – de cette loi, il est peut être utile de rappeler qu’une entreprise privée n’a pas vocation à créer des emplois ni à veiller à un « juste » partage de la valeur ajoutée : la seule et unique raison d’être d’une entreprise privée c’est de faire gagner de l’argent à ses actionnaires – le reste n’est que littérature. Quand des investisseurs placent leur argent dans une entreprise, ils prennent des risques dans l’unique objectif d’en tirer quelques profits. Toute politique visant à réduire arbitrairement les profits des entreprises françaises [2] incite de facto les actionnaires potentiels à faire autre chose de leur argent – comprenez : à ne plus investir dans des entreprises françaises. Ces dernières, qui auront désormais plus de difficultés à trouver des investisseurs pour les accompagner dans leurs projets de développement, devront donc renoncer à investir ou réduire leurs ambitions ce que nous payeront tous en termes d’emplois et de salaires à moyen ou long terme.

La seule méthode économiquement viable qui puisse nous permettre de faire progresser la part des salaires dans la valeur ajoutée de notre économie [3] consiste à venir à bout du chômage afin de restaurer l’équilibre entre offre et demande de travail. Et pour venir à bout du chômage, nous avons besoin de croissance – et donc d’entreprises privées petites et grandes – et d’un marché du travail efficient – et donc peu réglementé. Les artifices sociaux-démocrates ont tous faillit les uns après les autres depuis quarante ans ; il serait peut être temps de l’admettre et de cesser de récompenser les politiciens qui cherchent à nous vendre ce genre de potions miraculeuses. Enfin, si le président Sarkozy (via François Baroin) cherche véritablement à encourager les employeurs « à mieux répartir la richesse des entreprises », je me permets de lui suggérer de s’intéresser de plus prêt à la part que s’arroge l’Etat sous forme d’impôts et de charges et à considérer un principe d’économie qui relève du simple bon sens : avant de songer à répartir les richesses, il faut les créer.

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[1] Les guillemets servent ici à souligner que le Parti Socialiste n’est pas du tout socialiste.
[2] Peu importe ce que vous entendez exactement par « entreprise française ».
[3] Ce qui, en soit, n’a aucune raison d’être un objectif.

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