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Articles

Affichage des articles du juillet, 2015

De la livre au franc

Sous l’ancien régime, le système monétaire français est organisé autour de la livre tournois (lt), une unité de compte divisée en 20 sous (ou sols) de 12 deniers. Depuis la réforme de mai 1726, les pièces de référence sont le louis d’or qui a un cours légal de 24 lt et l’écu d’argent pour 6 lt.À compter de la réforme de Calonne, le 30 octobre 1785, on taillera 32 louis d’or au marc avec un titre de 917 millièmes ce qui nous donne un louis de 7.649 g dont 7.014 g d’or fin et ramène la livre à 0.292 g d’or fin [1]. Par ailleurs, on taillera 8.3 écus d’argent au marc avec un titre de 917 millièmes ce qui fait un écu de 29.488 g dont 27.041 g d’argent pur, établit la valeur de la livre à 4.507 g d’argent fin et le rapport légal entre l’or et l’argent à 1 pour 15.42.La réapparition du franc [2] date du 7 avril 1795, lorsque la loi du 18 germinal de l’an III débaptise la livre tournois pour la renommer « franc ». C’est une loi purement cosmétique qui vise à faire disparaître le nom de l’uni…

Sa banque

Le 24 Pluviôse an VIII de la République française (13 février 1800), les actionnaires réunis en assemblée générale approuvent les statuts primitifs de la toute nouvelle Banque de France. C’est une banque tout ce qu’il y a de plus privée qui, comme ses concurrentes dans cette brève période de banque libre qu’a connu la France [1], a principalement vocation à émettre des billets de banque et escompter des effets de commerce. Pourtant, à la lecture de ses statuts, on comprend très rapidement que cette nouvelle venue a une dimension un peu particulière. Flour de Saint-Genis (1896), qui a eu les feuillets entre les mains, note :« Au verso de la feuille où se termine le texte des Statuts du 24 pluviôse an VIII, s’ouvre la liste des souscripteurs qui remplit environ quatre pages. En tête, d’une écriture ferme, nette et extraordinairement régulière :
« Bonaparte, Premier Consul. Trente actions.
« Viennent ensuite et dans cet ordre, ses intimes, ses parents, les officiers de son état-major, se…

Si de Gaulle vous entendait...

Contrairement à ce que semblent penser ceux qui se réclament de lui, le président de Gaulle était tout sauf un partisan des dévaluations compétitives et des politiques inflationnistes. Il les avait même en horreur. Né en 1890, il faisait partie de cette génération qui avait vu la valeur du franc — le franc-or de la belle époque — dégringoler toute leur vie et ce n’est pas sans amertume qu’il évoquait ce « vieux franc » qui ne valait plus, quand il est revenu au pouvoir, que 18 milligrammes d’or. La réalité, c’est que de Gaulle ne jurait que par un « franc lourd », une monnaie forte, et c’est dans cet esprit qu’il a créé le nouveau franc.Les partisans d’une vision alternative de l’histoire m’opposent trois dévaluations : les deux de 1958, alors que de Gaulle vient à peine de revenir au pouvoir et celle de 1969, alors qu’il vient de le quitter. Un point historique s’impose.D’abord, il faut se souvenir qu’on est à l’époque en pleine ère de Bretton Woods. Depuis le 20 septembre 1949, le …

Et pourquoi pas un défaut sans Grexit ?

« Ce n’est jamais sans créer pour l’avenir de grands dangers et de grandes difficultés qu’on soustrait l’individu aux conséquences de ses propres actes. »
— Frédéric Bastiat, Harmonies économiques.Le problème, au fond, n’est pas vraiment économique. La Grèce pourrait, pour peu qu’elle remette de l’ordre dans ses finances publiques et réforme enfin son économie, se sortir de cette mauvaise passe sans souffrances excessives et ce, d’autant plus que les conditions auxquelles la Troïka lui fait crédit sont particulièrement avantageuses. En effet, et contrairement à ce qu’affirment les suspects habituels, on a déjà vu des pays se sortir d’une crise grave avec des politiques d’austérité — sans aller chercher bien loin, c’est précisément ce qu’a fait le président de Gaulle : excédents budgétaires, réduction de la dette publique, modernisation de l’économie et le tout, sans dévaluation ni subsides européens.(La suite est en accès libre sur Causeur.fr.)

La prime de risque

Considérez l’alternative suivante : option A, nous jouons à pile ou face avec pile, vous gagnez 200 ducats et face, vous ne gagnez rien ; option B vous gagnez 100 ducats de manière certaine. Face à ce choix, la réaction immédiate consiste à évaluer l’espérance mathématique de l’option A ; une chance sur deux de gagner 200 ducats et autant de ne rien gagner du tout ce qui nous donne une espérance de gain de 100. $$E(A) = \frac{1}{2}200 + \frac{1}{2}0 = 100$$ On en conclue que ces deux options sont strictement équivalentes et donc, qu’un individu parfaitement rationnel devrait être incapable de choisir l’une ou l’autre.Sauf que, dans la pratique, la plupart des gens choisissent l’option B et partent avec les 100 ducats.L’explication, le principe de l’utilité marginale décroissante, c’est sans doute Daniel Bernoulli qui, le premier, l’a formulée de manière claire et non-ambigüe [1]. Très simplement, c’est le principe qui veut qu’un gain de 200 ducats ait beaucoup plus de valeur quand o…

Mauvais signe

Comme vous le savez sans doute, à compter du 1er septembre 2015, le seuil au-delà duquel il est interdit de régler une transaction en liquide passera de 3 000 euros à 1 000 euros. L’objectif de cette mesure, assure-t-on au ministère, est de lutter contre les « actions de fraude, de blanchiment » et, forcément, « de financement du terrorisme ».Évidemment, avec une bonne dose d’humour, le coup de la lutte contre le financement du terrorisme a de quoi faire sourire ; c’est la tarte à la crème du moment — ce gouvernement entend manifestement nous resservir cette excuse ridicule à toutes les sauces pour mieux faire passer la pilule des tombereaux de lois liberticides dont il se fait le champion.Évidemment, tout le monde a immédiatement pensé à une mesure essentiellement fiscale ; notre bon gouvernement entend ainsi ramener dans le circuit officiel cette partie de l’activité économique qui tente désespérément de survivre en échappant, au moins partiellement, au matraquage de Bercy — il n’es…

Échec et mat

Comme vous le savez sans doute, l’objectif initial de Syriza était double : ses dirigeants voulaient mettre fin aux politiques d’austérité exigées par leurs créanciers mais sans quitter la zone euro. C’est le programme sur lequel ils ont été élus et, reconnaissons-le, c’est effectivement ce qu’ils ont essayé de faire ces six derniers mois. Pour y parvenir, ils se sont lancés dans une grande partie de poker qui consistait, grosso modo, à faire planer la menace d’un Grexit (dont les Grecs ne veulent absolument pas) si leurs exigences n’étaient pas satisfaites — ce qui n’est rien de moins qu’un immense coup de bluff.(La suite est en accès libre sur Causeur.fr.)

L’insoutenable dette des Grecs

Il faut reconnaître une chose : en matière de communication sur le mode victimaire, les petits gars de Syriza sont quand même très forts. Voilà maintenant des mois que les Tsipras, les Varoufakis et leurs innombrables relais médiatiquement exposés relaient à l’envi l’idée selon laquelle les « criminels » de la Troïka cherchent à « humilier le peuple grec » en le noyant sous le poids d’une dette forcément illégitime, mais surtout inremboursable. L’histoire est belle et a ce petit je-ne-sais-quoi d’épique — le peuple qui se lève comme un seul homme pour abattre le tyran qui l’oppresse — qui fait rêver les jeunes aventuriers et pleurer les vieilles dames. L’ennui, c’est que c’est une vaste blague. Démonstration.(La suite est en accès libre sur Causeur.fr)

Non, la Fed n'est pas une banque privée

De toutes les rumeurs infondées qui trainent sur Internet, il en est une qui a le don de m’exaspérer tant, conformément à la loi de Brandoloni, elle semble absolument impossible à réfuter : c’est l’idée selon laquelle la Federal Reserve américaine serait un cartel de banques privées qui n’agirait que dans le sens des intérêts de Wall Street — et donc, implicitement, au dépens de Main Street. On est là dans la pure légende urbaine pour ne pas dire la théorie du complot ; voici pourquoi.Avant toute autre considération, il faut bien comprendre que « la Federal Reserve » est un abus de langage. Lorsque vous entendez parler de la Fed, c’est en réalité du Federal Reserve System qu’il est question ; un système composé de douze Federal Reserve Banks (ci-après les FRBs) réparties au travers des États-Unis [1] et placées sous la direction d’une agence fédérale : le Board of Governors of the Federal Reserve System (ci-après le BoG). Le fameux Eccles Building sur Constitution Avenue à Washington …

Quelques chiffres sur la dette grecque

Au dernier pointage officiel, le 31 mars 2015, le total de la dette publique grecque atteignait 312.7 milliards d’euros. Ne soyez pas surpris si vous voyez circuler des chiffres légèrement différents : ce total incluait près de 15 milliards de dettes à court terme (typiquement à 13 ou 26 semaines) ce qui fait qu’il varie régulièrement au rythme des remboursements et des nouvelles émissions [1]. Sans tenir compte de cette partie fluctuante et en omettant les 16.2 milliards de garanties émises par l’État grec [2], ça nous donne 297.8 milliards d’euros de dettes à plus ou moins long terme.Après la restructuration de 2012 (107 milliards effacés), le stock d’obligations à long terme ne s’élève plus qu’à 66.5 milliards. On sait que l’Eurosystème (la BCE et les banques centrales nationales) détient 27 milliards de ce total [3] ce qui signifie donc que le reste du monde ne détient plus que 39.5 milliards d’obligations grecques — dont, vraisemblablement, une bonne partie pour les banques grecq…

Timeo Danaos

Après avoir reçu, de 2001 à 2013, pas moins de 57 milliards d’euros d’aides européennes nettes et après avoir obtenu, en 2012, l’annulation pure et simple de 107 milliards d’euro de sa dette publique — la plus importante restructuration de dette jamais observée — l’État grec doit encore 312 milliards d’euros (174% de son produit intérieur brut en 2014) à ses créanciers. Sur ce total, 235 milliards (trois quarts de la dette publique grecque) ont été prêtés par la fameuse Troïka qui, en contrepartie de taux d’intérêt et d’échéanciers de remboursement particulièrement accommodants, exige d’Athènes une remise en ordre à marche forcée de ses finances publiques et de son économie.La suite est sur Causeur.fr

Le mystérieux bilan de la Fed

Parmi les légendes urbaines qui font florès ces dernières années, il en est une qui voudrait que le bilan de la Federal Reserve [1] soit entouré d’un épais mystère et que personne, en dehors de quelques élus mis dans la confidence, ne saurait ce que la banque centrale des États-Unis détient à son actif. Comme annoncé ci-dessus, c’est un mythe ; on peut sans doute reprocher beaucoup de choses à la Fed mais certainement pas un manque de transparence.Avec une simple connexion internet, je puis vous affirmer qu’au 24 juin 2015, l’actif total de la Fed atteignait 4 495.055 milliards de dollars. Il était composé essentiellement d’un portefeuille d’emprunts d’État étasuniens pour 2 460.911 milliards de dollars (54.7% du total) et, à hauteur de 1 746,393 milliards (38.9%), des fameuses Mortgage-backed securities [2] rachetées aux banques durant la crise. Ces chiffres sont mis à jour chaque semaine (le jeudi) sur la base des positions de la veille.Si vous souhaitez avoir plus de détails et, no…

Malinvestissements et productivité

La croissance réelle à long terme d’une économie [1], rapportée au nombre d’individus, repose fondamentalement sur la croissance de sa productivité. Cette dernière repose en premier lieu et de manière évidente, sur le progrès technique qui se traduit par une accumulation de capital physique et humain de meilleure qualité. C’est ce qui permet, par exemple, aux ouvriers du secteur automobile de produire infiniment plus, en valeur, que leur prédécesseurs d’il y a quelques décennies et donc, de bénéficier de niveaux de vie [2] bien plus élevés. Le progrès technique nous permet de produire plus de richesses tout en économisant les facteurs de production ce qui, in fine, se traduit par un « gâteau » plus grand à se partager. En d’autres termes, la croissance du revenu réel par habitant repose sur l’accumulation et l’amélioration du capital physique et humain — c’est-à-dire de l’investissement, de la recherche et de l’éducation [3].Encore faut-il, bien sûr, que ces facteurs de productions so…