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Articles

Affichage des articles du mai, 2014

Infaillibilité collective

Cette histoire de trains trop larges rappelle furieusement les plus belles heures de l’ex-URSS et en particulier les ratés les plus mémorables du Gosplan. Scandaleux pour certains, loufoque pour la plupart, ce énième raté de la SNCF a attiré presqu’autant de foudres que de raillerie. Évidemment, personne ne s’en étonne vraiment et il est sans doute inutile de revenir encore sur les raisons profondes des dysfonctionnements de ce service public.Mais il y a un aspect de cette affaire qui m’a particulièrement frappé ces derniers jours et qui jette une lumière assez crue sur la manière dont fonctionne l’esprit de nos chers dirigeants. Je vais appeler ça le principe de l’infaillibilité collective. Il est assez simple et peut se résumer en deux règles :Règle #1 : tout succès ne saurait être que collectif et toute démarche collective ne peut être qu’un succès. Fondamentalement, la SNCF est une entreprise collectiviste au sens où la performance individuelle n’y a pas sa place, où le succès de …

Shadow capital

Question : combien vaut une rente de 1 000 euros annuels, payables dans un an et pour les 17 années suivantes, le tout assortie d’une garantie publique notée Aaa ?Une manière simple de répondre à cette question consiste à reproduire le portefeuille d’obligations d’État qui permettrait d’obtenir le même résultat. En l’occurrence et sur la base des données de la BCE (au 19 mai 2014), il vous faudra placer un total de 14 640,5 euros répartis (je vous passe les détails) sur des émissions à 1, 2, 3, … 16 et 17 ans.Maintenant, prenons le cas d’un groupe d’individus qui, en moyenne, prennent leur retraite à 65 ans, peuvent compter sur une espérance de vie de 82 ans [1] et touchent une pension garantie par l’État de 32 400 euros par an. Comme précédemment, on peut estimer la valeur actualisée de cet avantage à environ 474 353 euros. C’est-à-dire que lorsqu’un des membres de ce groupe théorique [2] part à la retraite, il reçoit sous forme de rente l’équivalent de près d’un demi-million d’euros…

The x% puzzle

According to the Fed’s Survey of Consumer Finances (see table 1), the mean net worth of American families whose head is aged 65-74 has grown from 471.9 thousands of 2010 dollars in 1989 to 848.4 thousands in 2010 — a 2.8% annualized growth over 21 years. This is the fasted pace amongst all age groups in the survey and must be compared to a mere 0,65% for the average American family. Should we conclude from this that the group of elderlies has benefited from a higher return on capital that the rest of the population? Does that mean that the rate of return on capital is positively related to capital owners’ initial age? May we extrapolate that trend to infer that, in a few decade, these people or their heirs will hold all of America’s capital? Lastly, should we impose a punitive tax on elderlies’ wealth to avoid that?Quite obviously, the answers to these questions are — by order of appearance: no, no, no and no.Simply, the youngest of all these people aged 65-74 in 1989 — assuming he ha…

La structure du capital

Dans un article récemment publié sur Contrepoints, Bernard Zimmern reproche aux économistes de ne tenir aucun compte du risque entrepreneurial et de la prime de risque qui le rémunère. Il a mille fois raison. Non seulement — et Piketty en est une démonstration flagrante — les économistes tendent à négliger totalement cette notion mais surtout, c’est le principe le plus fondamental de ce système que nous appelons capitalisme. Puisque les économistes ne le font pas, je vous propose de nous y mettre comme des grands et, puisqu’il faut bien commencer quelque part, je vous propose ici un rapide aperçu de la notion de structure du capital.De manière assez amusante, c’est par analogie avec les Collateralized Debt Obligations (CDO), une innovation financière relativement récente [1], qu’il est le plus facile d’expliquer une notion qui remonte à la nuit des temps : la structure du capital. Afin d’éviter des complications inutiles, je vais donc commencer par vous décrire le fonctionnement d’un…

Pleins pouvoirs

« Cela ne doit pas être ; il n’est point d’autorité à Venise qui puisse changer un décret établi. Cela deviendrait un précédent, et on se prévaudrait de cet exemple pour introduire mille abus dans l’État. Cela ne se peut pas. »C’est ainsi que Portia, déguisée en avocat, répond à Bassanio qui demande à ce qu’on fasse plier la loi de Venise pour épargner à Antonio le sort cruel et injuste qui l’attend dans le cas contraire. Si vous avez lu Le marchand de Venise [1], vous en avez sans doute retenu le malaise qu’on ressent face au personnage de Shylock — Shakespeare était-il antisémite ? — et la brillante pirouette juridique grâce à laquelle Portia va finalement sauver Antonio. Tel n’est pas mon propos.Ce que cette scène du procès a de remarquable, c’est la description que nous fait l’auteur de Hamlet du système politique de Venise. La loi c’est la loi et rien n’y personne ne peut se soustraire à cette règle pour quelque motif que ce soit. Le doge de Venise lui-même n’y peut rien : comme …

Les bazookas mouillés de la BCE

« S’il n’y avait qu’un dollar à prêter et si quelqu’un désespérait de l’avoir, le taux d’intérêt serait usuraire. S’il y avait des trillions de dollars de crédit mais si personne, pour une raison ou une autre, ne voulait les emprunter, alors le taux serait de 0,01% comme il l’est aujourd’hui et l’a été au cours des cinq dernières années. »
— Bill Gross (février 2014)Les Longer-term Refinancing Operations ont toujours fait partie de la panoplie de la Banque Centrale Européenne : ce sont des prêts nantis comme les Main Refinancing Operations à ceci près qu’au lieu de ne porter que sur une semaine, ils permettaient aux banques d’emprunter sur (environ) trois mois. Mais à partir de 2008, la BCE va commencer à proposer des opérations de plus en plus longues : à six mois (189 jours) début avril 2008, puis à un an (371 jours) fin juin 2009 et enfin, les deux VLTROs (pour Very Long Term Refinancing Operations) à trois ans dont tout le monde parle : celle du 21 décembre 2011 (1 134 jours) et c…

Le détail du truc

À propos du truc de Piketty, vous êtes un certain nombre à me réclamer le détail des calculs. Les résultats que je vous propose sont le fruit de simulations que j’ai programmé sous R (ce blog vous sera peut-être utile). Ci-dessous, vous trouverez un exemple de code (simplifié pour une lecture plus facile) qui vous permettra de vérifier mes chiffres et de jouer avec.Nous allons faire un essai sur une population de N individus (ici 1 millions [1]) pendant T années (ici 25) :N <- 1e6 T <- 25On génère une distribution aléatoire des patrimoines initiaux avec la fonction rgamma (la distribution Gamma pour l’asymétrie [2]) et un paramètre de forme de 0,04 (pour encore plus d’asymétrie) et on multiplie le tout par 1 million pour que ça ressemble à des patrimoines plutôt qu’à de la menue monnaie (pure coquetterie) :Init <- 1e6 * rgamma(N, .04)À ce stade, vous pouvez vérifier qu’on obtient une distribution des patrimoines nettement asymétrique et que le 1% détient un peu plus de 40% du…

Le truc, compléments

En complément de l’épisode précédent, voici quelques petites simulations.On a toujours 1 million d’habitants mais cette fois-ci, leurs fortunes initiales respectives suivent une loi Gamma avec un paramètre de forme (alpha) de 0,04. En principe, vous devriez pouvoir vérifier que les 1% les plus riches de cette population détiennent un peu plus de 40% de la richesse totale ; ce qui, si l’on en croit les données du Crédit Suisse (Global Wealth Report 2013, page 22), correspond à peu près à la situation actuelle.Les dieux décident donc que le rendement annuel moyen du capital (r) sera identique pour tout le monde et suivra une loi normale avec une moyenne de 2% et un écart-type de 20%. Au bout de 25 ans, on obtient quelque chose du genre :Capital moyen: 2%
Capital du 1% : 3.3%
Capital du 0,1% : 5.1%
Capital du 0,01% : 7%En conséquence de quoi — et sur les conseils de Piketty — les dieux décident de pénaliser les riches (le 1%) de l’année 0 ; désormais, le taux de croissance annuel moyen d…

Le truc de Piketty

Soit un monde dans lequel vivent 1 millions d’individus qui, en l’année 0 disposent d’un capital moyen de 100 dollars [1].Or, il se trouve qu’en cette même année 0, les dieux ont décidé que dorénavant, la variation annuelle des fortunes des habitants de ce monde devra être purement aléatoire et, comme ces dieux sont un brin statisticiens, qu’elle devra suivre une loi normale avec une moyenne de 2% par an et un écart-type de 20%. C’est une loi divine ; il n’y a pas moyen d’y échapper ; que vous soyez riche ou pauvre, roi ou simple paysan, votre capital est désormais soumis à l’aléa.De fait, au cours des vingt-cinq années suivantes et conformément à la décision des dieux, la fortune moyenne des habitants de ce monde est passées de 100 dollars à 164 dollars, soit une progression annuelle de 2%. Seulement voilà, chemin faisant, il s’est passé quelque chose d’assez étrange :En l’année 0, le 1% (c’est ainsi que, dans ce monde, on désigne les 10 000 personnes les plus riches de la population…

La main dans le pot de confiture

Dans son Capital au XXIe siècle, Thomas Piketty nous propose une analyse des données du classement des milliardaires que le magazine Forbes publie chaque année depuis 1987 [1]. Voici ce que l’auteur a trouvé : en 1987, les 0,000005% les plus riches du monde (une personne sur vingt millions, soit environ 143 personnes en 1987 et 234 en 2013), disposaient en moyenne d’un patrimoine évalué à 2,8 milliards de dollars actuels [2] or, en 2013, la fortune moyenne de ce groupe était passée à 14 milliards. Ainsi, nous dit Piketty, en vingt-six ans ces ultrariches se sont enrichis de 6,4% net d’inflation alors que le patrimoine moyen du commun des mortels ne progressait que de 2,1%. Pis encore, si on procède au même calcul pour le 0,000001% (une personne sur cent millions), leur fortune moyenne a progressé de 6,8%.De là, l’auteur conclue que le capitalisme porte en lui une force de divergence qui fait qu’inexorablement, plus on dispose d’un capital important au départ, plus on s’enrichit rapide…

Les héritiers

Thomas Piketty nous annonce le retour des grandes fortunes héréditaires et dénonce le mythe selon lequel les milliardaires gagnent leurs fortunes. Sans grandes ambitions scientifiques, je vous propose une rapide analyse de la destinées des dix hommes les plus riches du monde en 1987 et des origines des dix hommes (et femmes) les plus riches d’aujourd’hui.En 1987, donc, lorsque Forbes publie son premier classement des milliardaires, cinq des dix hommes les plus riches du monde sont japonais et sont arrivé là grâce à leurs activités dans le secteur immobilier. Dans l’ordre : Yoshiaki Tsutsumi, l’homme le plus riche du monde avec une fortune estimée à (environ) 20 milliards de dollars, Taikichiro Mori (2nd, $15 milliards), Shigeru Kobayashi (4ème, $7,5 milliards), Haruhiko Yoshimoto (5ème, $7 milliards) et Yohachiro Iwasaki (9ème, $5,6 milliards). En troisième position, on trouve Sam Walton, le co-fondateur avec son frère James de Wall-Mart ($8,5 milliards), le sixième était saoudien (Sa…