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Articles

Affichage des articles du septembre, 2013

Le paradoxe des oignons

Cette fois-ci, c’est l’inénarrable Paul Jorion qui s’y colle dans un article publié le 26 septembre 2013 sur challenges.fr : « il faut, nous assène l’histrion médiatique, supprimer la spéculation. »Nous-y revoilà. C’est une antique tradition. Déjà, sous l’Ancien Régime, on avait coutume de faire porter le chapeau des aléas climatiques et des politiques imbéciles aux accapareurs ; aujourd’hui, force est de constater que rien n’a changé et qu’on trouve toujours, à la barre du tribunal révolutionnaire, un accusateur public prêt à dénoncer les méfaits des spéculateurs. Si les prix montent, qu’on les pende ; si les prix baissent, qu’on promène leur tête au bout d’une pique ! Au royaume du mensonge, la dénonciation de l’ennemi du peuple tient toujours lieu de pensée.Plutôt que de rentrer dans un débat théorique, je vous propose une approche purement expérimentale, une vérification empirique qui, si elle ne satisfait sans doute pas les conditions requises sur une paillasse – c’est le lot com…

Un peu de magie

Ce matin à 9 heures (heure de Paris), le marché des actions parisien ouvrait en même temps que celui de Londres (où il était 8 heures) tandis qu’à Hong Kong (où il était 15 heures) on entrait dans la dernière heure de cotation.À Paris, le titre HSBC Holdings ouvrait à 8,19 euros exactement tandis qu’à Londres, où le marché est nettement plus liquide, on se l’échangeait pour 684,8 pence [1] et qu’au même moment, à Hong Kong, l’action HSBC Holdings valait 85,55 dollars locaux (HKD). Une demi-heure plus tard, à 9 heures 30 donc, le titre négocié à Paris était en baisse de 0,73% à 8,13 euros. Même constat à Londres et à Hong Kong, même si la baisse est moins accentuées : l’actions HSBC vaut 681,3 pence (-0,47%) et 85,15 dollars de Hong Kong (-0,51%) respectivement. Encore une demi-heure plus tard, Hong Kong ferme. À Paris le titre HSBC continue à baisser : il vaut désormais 8,1 euros ; à Londres et à Hong Kong, en revanche, il se stabilise à 681,7 pence et 85,2 dollars respectivement (+0,…

Incompétence ou mensonge ?

Considérons le prix d’entrée du dernier iPad d’Apple (avec écran Retina), qui, en France coûte 509 euros.C’est effectivement le même prix qu’au Portugal et en Irlande ; en cherchant un peu, on peut même trouver plus cher comme en Finlande, où il coûte 514 euros, et surtout en Suède et au Danemark où vous devrez débourser l’équivalent 522 euros (4 495 SEK) et 537 euros (3 999 DKK) respectivement.En revanche, sans aller très loin, on trouve le même engin bien moins cher. Aux Pays-Bas, il vous coûtera 505 euros tandis qu’en Espagne, en Italie, en Autriche, en Allemagne et en Belgique, vous pourrez en acquérir un pour 499 euros. Poussez encore un peu et vous trouverez des iPad flambant neufs pour l’équivalent de 487 euros en Norvège (3 890 NOK), à 474,26 euros au Luxembourg et – record européen à ma connaissance – à environ 457 euros en Suisse (562 CHF).En résumé, les propos tenus par madame Filippetti sur RTL ne peuvent s’expliquer que de deux façons : (i) elle dit absolument n’importe q…

L'Économie positive - Copyright J. Attali

Invité sur BFM Business ce lundi 16 septembre, l’inénarrable Jacques Attali – polytechnicien, énarque, haut fonctionnaire, professeur, écrivain, acteur, chef d’orchestre et d’entreprise [1] et accessoirement conseiller spécial du prince – nous dévoilait un coin de l’épais mystère qui enveloppe le rapport sur l’Économie positive qu’il doit remettre au Président de la République ce 21 septembre de l’an de grâce 2013.À commencer par la question que tout le monde se pose – du moins dans les lieux suffisamment éloignés du pouvoir pour ne pas être au courant mais pas assez pour s’en moquer éperdument – à savoir : mais qu’est-ce donc que l’Économie positive ? Eh bien, « l’économie positive, nous révèle l’intéressé, c’est l’économie qui s’intéresse au long terme, c’est-à-dire qui prend ses décisions en fonction de l’intérêt des générations suivantes. »Nous voilà édifiés.Quoi que… Peut être une illustration serait-elle utile pour mieux comprendre de quoi il retourne ; c’est l’indéboulonnable J…

De l’indépendance de la Fed

Le 10 septembre 2008, cinq jours avant la faillite de Lehman Brothers, la Réserve fédérale américaines détenait un portefeuille de titres de créance émis par le Trésor des États-Unis évalué à 479,8 milliards de dollars. Cinq ans plus tard, ce 11 septembre 2013, ce montant atteint 2 041 milliards – soit une augmentation de 325% – ce qui fait de la banque centrale américaine, qui détient désormais 17% de la dette publique négociable, le premier créancier du gouvernement des États-Unis [1].C’est, naturellement, le résultat de la politique monétaire mise en œuvre par le Federal Open Market Committee (FOMC) ces dernières années, politique qui a principalement consisté, dans un premier temps, à faire baisser le taux moyen du marché interbancaire (les Fed Funds) puis, constatant que cette politique ne produisait pas les effets escomptés (c’est-à-dire une expansion du crédit bancaire ), à agir directement sur la partie longue de la courbe des taux au travers de ce que la presse désigne sous l…

La stratégie du toc

Notre histoire commence en 1956, lors de la signature d’un accord de coopération entre l’Université Catholique du Chili et celle de Chicago ; accord grâce auquel l’université chilienne peut envoyer ses étudiants les plus prometteurs poursuivre un troisième cycle au sein du très prestigieux Department of Economics de l’Université de Chicago ; le département dans lequel enseigne Milton Friedman. L’origine de cette coopération est pour le moins incertaine : on sait que c’est un des responsables du programme d’aide humanitaire américain à Santiago qui a vendu à Theodore Schultz, le président de l’UC, l’idée qui consiste à exporter les idées de Chicago au Chili mais on ne sait pas s’il agissait de sa propre initiative ou si, comme Naomi Klein le suggère [1], il était en mission commandée pour le département d’État. Toujours est-il qu’après avoir essuyé un refus de la part de l’Université du Chili, c’est avec l’Université Catholique que l’affaire se conclue : vu depuis Santiago, c’est l’occ…

Leçon de propagande appliquée

Le dernier papier de Jérôme Leroy sur Causeur.fr est un véritable bijou. En 5 284 caractères, notre ami communiste résume si bien l’œuvre et le style de Naomi Klein qu’il en devient inutile d’acheter ses bouquins. Tout y est ; dans le fonds, bien sûr, mais aussi dans la forme : cet art subtil qui consiste à le suggérer sans l’écrire, à faire passer une idée sans jamais prêter le flanc à une contre-démonstration factuelle.De Klein, Jérôme Leroy dégage les quatre idées centrales :La première, c’est celle qui veut qu’Allende fût une sorte de héro populaire ; un président largement soutenu par le peuple chilien qui, nous suggère-t-on, était en passe de réussir une « expérience démocratique de transition vers le socialisme » avant que la junte de Pinochet ne vienne réprimer cette tentative dans un bain de sang.La seconde, c’est la stratégie du choc elle-même. Une organisation secrète, à la solde du grand capital, domiciliée dans les murs de l’université de Chicago ou au sommet du mont Pèle…

Si monumentum requiris, circumspice

« La vérité est que le capitalisme n’a pas seulement multiplié la population, mais en même temps amélioré le niveau de vie des gens d’une façon inouïe jusqu’alors. Ni la réflexion économique, ni l’expérience historique ne suggèrent qu’aucun autre système social puisse être aussi avantageux pour les masses que l’est le capitalisme. Les résultats parlent d’eux-mêmes. L’économie de marché n’a pas besoin d’apologistes ni de propagandistes. Elle peut s’appliquer à elle-même les mots de l’épitaphe de Sir Christopher Wren, l’architecte de la cathédrale Saint-Paul : Si monumentum requiris, circumspice. »— Ludwig von Mises, L’Action Humaine (6ème partie, chap. XXXV, 5)Notez, pour bien comprendre, que Sir Christopher Wren a été inhumé dans la cathédrale de Saint-Paul. Merci à Laura de m'avoir rappelé ce passage.

Le tabac, un marché bien organisé

C’est passé relativement inaperçu, on l’a appris le 30 août : Bercy a renoncé à l’augmentation des prix du tabac initialement prévue pour ce mois d’octobre. C’est l’occasion de refaire un petit point sur le marché du tabac en France.Primo, il faut bien comprendre que « la vente au détail des tabacs manufacturés est un monopole confié à l’administration des douanes et droits indirects qui l’exerce par l’intermédiaire des débitants de tabac et des revendeurs » [1]. C’est-à-dire que les débitants de tabac sont, tout à fait officiellement, des « préposés de l’administration », que leurs prix de vente sont fixés par arrêté [2] et que leurs marges – et donc ce qui reste aux fabricants – sont fixées par l’État [3].Deuxio, il faut aussi savoir que sur le prix fixé pas ses bons soins, l’État se réserve la part du lion : par exemple, au 1er janvier 2013, le moindre paquet de cigarette vendu 6,2 euros chez votre buraliste générait 3,97 euros de droits de consommation (i.e. droits d’accise) et 1,…

Le fond de l’obsolescence

Une petite réflexion supplémentaire sur l’obsolescence programmée ; réflexion inspirée par la lecture de nombreux commentaires sur mon dernier papier à ce sujet (ici-même, sur Contrepoints mais surtout sur Causeur).Fondamentalement, l’idée selon laquelle l’obsolescence programmée est une stratégie courante repose sur la croyance, très largement répandue en France, selon laquelle on gagne plus d’argent en étant malhonnête qu’en faisant de bons produits et en respectant ses clients.Ça en dit long et ça explique pas mal de choses…« It takes twenty years to build a reputation and five minutes to ruin it. If you think about that, you’ll do things differently. »
- Warren Buffet

L’économie du cartel

Quand plusieurs entreprises se mettent d’accord pour éviter de se faire concurrence entre elles – accord sur les prix, la qualité… – on appelle ça un cartel. La logique économique qui préside à la signature de cet accord, c’est qu’en instaurant des règles qui limitent la concurrences entre elles, ces entreprises peuvent augmenter leurs marges sans risquer de réduire leurs ventes ; c’est-à-dire qu’elles peuvent faire plus de profits sans améliorer leurs offres.Mais les cartels ont deux grandes faiblesses.Le premier, c’est le dilemme du prisonnier : à chaque instant, chacun des membres du cartel a intérêt à trahir les autres. S’ils se sont mis d’accord sur les prix, il a tout intérêt à trahir en baissant unilatéralement les siens pour rafler des parts de marché. S’ils se sont mis d’accord sur une standard de qualité (i.e. obsolescence plus ou moins programmée), il a tout intérêt à trahir en améliorant ses produits et en dénigrant ses concurrents. C’est pour cette raison que, dans les fa…

Dressel 1

À la fin du printemps, la CMA CGM a inauguré son Jules Verne à Marseille. Pendant quelques jours, avant que les danois de Mærsk ne lancent à leur tour un monstre encore plus grand [1], le Jules Vernes a été le plus gros porte-conteneurs au monde avec une capacité de 16 000 conteneurs. On a, bien sûr, entendu quelques voix dénoncer la mondialisation au motif que ce géant des mers a été construit en Corée du sud – par Daewoo qui forme, avec Hyundai et Samsung, le big three sud-coréen – mais peu de commentateurs, à l’exception notable d’Alexandre Delaigue [2], ont noté que ce qui symbolise vraiment la mondialisation dans cette anecdote, ce n’est pas tellement le lieu de construction du bateau mais plutôt les conteneurs eux-mêmes.En effet, peu de gens réalisent à quel point l’invention, à la fin des années 1950, du conteneur – c’est-à-dire de l’idée qui consiste à stocker et transporter des marchandises dans des boîtes standardisées – a profondément révolutionné le commerce international …

Dépense moyenne par élève

Dépense moyenne par élève, en euros constants aux prix de 2011 :1980199020002010Premier degré3 0073 7405 2685 869Second degré6 0097 1799 2559 817Supérieur7 6508 3869 77111 671Tous niveaux4 5375 6417 5668 312J’observe donc que la dépense moyenne par élève a augmenté continuellement depuis – au moins – les années 1980 et que la décennie écoulée n’échappe pas à la règle. De là, je conclue que celles et ceux qui affirment que les difficultés rencontrés par l’Éducation nationale sont dues à une réduction des moyens qui lui sont alloués sont des fumistes.La réalité, c’est que nous n’avons jamais dépensé autant et que, pourtant, notre système éducatif n’a jamais été aussi déficient. C’est un fait.Source : Insee.

Comment j’ai déprogrammé l’obsolescence

C’est arrivé ce matin. Notre lave-vaisselle familial, que nous avions programmé pour tourner la nuit dernière, n’avait pas fonctionné. Mon épouse, étonnée par cette inhabituelle défaillance, a essayé de le relancer : rien à faire, le bestiau ne fonctionnait plus. Dépités, nous convînmes donc, ma dulcinée et moi-même, qu’il était temps de lui trouver un remplaçant. Cette fois ci, nous disions nous pas plus tard que ce matin, nous n’achèterons pas la première camelote venue à 300 euros : rendez-vous fût pris en début de soirée pour faire l’acquisition d’une bête de course qui, nous l’espérions, durerait vingt ans, comme celle de belle-maman.Dans les entrailles de la bêteMais la journée avançant, cette histoire ne sortait pas de ma tête. Le lave-vaisselle en question, nous l’avions tout de même acheté il y a à peine plus de trois ans : ce n’est pas Dieu possible que ce machin, même s’il ne nous avait objectivement pas coûté grand-chose, nous lâche aussi vite. Si ça se trouve, me disais-j…